RAGE
Maladie virale inoculable, la rage
est une maladie neurologique à évolution fatale susceptible
d'atteindre tous les mammifères ainsi que l'homme.
Elle est transmise par la morsure
ou les griffures d'animaux eux-mêmes contaminés. Le plus souvent
cette transmission est assurée par des mammifères carnivores
sauvages : renard, loup, coyote, moufette, mangouste, vampires,
etc. Les carnivores domestiques qui peuvent être au contact
de ces animaux sauvages enragés constituent le lien épidémiologique
de la transmission à l'homme et à d'autres mammifères domestiques.
Connue et redoutée depuis la plus
haute antiquité, la rage est considérée par beaucoup de personnes
comme étant l'apanage des carnivores. La première description
de la maladie remonte au 23ème siècle avant J.C. dans le Code
Eshuma à Babylone et le mot rage proviendrait
de la langue sanskrite où Rabhas signifie faire
violence. Les herbivores paient cependant un lourd
tribut à l'infection rabique et sont parfois à l'origine de
contaminations humaines d'autant plus graves que ce risque
de transmission demeure sous-estimé.
Etiologie
La rage est provoquée
par un Rhabdovirus, du grec rhabdos signifiant baguette.
C'est un virus ARN en forme de balle de fusil possédant
une ribonucléocapside hélicoïdale enfermée
dans une enveloppe lipidique à double paroi portant
des spicules ou glycoprotéines G. Le virus rabique
mesure de 130 à 380 nm de long et 50 à 95
nm de diamètre. Le virus rabique fait partie du genre
Lyssavirus (du grec lyssa signifiant folie) et de
la famille de Rhabdovirus. Le genre Lyssavirus comporte
7 génotypes différents répartis en
2 groupes phylogéniques :
Groupe Phylogénique
1 = pathogène pour la souris par voie IC
et IM, réaction sérologique croisée
entre les 5 génotypes
- génotype 1 - virus rabique sensu stricto : mammifères,
homme. (RABV)
- génotype 4 - Duvenhage virus : chauve-souris,
homme (DUVV)
- génotype 5 - European Bat Lyssavirus 1 : chauve-souris,
homme (EBLV-1)
- génotype 6 - European Bat Lyssavirus 2 : chauve-souris,
homme (EBLV-2)
- génotype 7 - Australian Bat Lyssavirus : chauve-souris,
homme (ABLV)
Groupe Phylogénique
2 = pathogène pour la souris par voie IC
uniquement, réaction sérologique croisée
entre les 2 génotypes
- génotype 2 - Lagos Bat Virus : chauve-souris
(LBV)
- génotype 3 - Mokola Virus : musaraigne, mammifères,
homme (MOKV)
Les 6 derniers sérotypes
sont considérés comme des virus voisins du
virus rabique. Ils peuvent engendrer une maladie similaire
à la rage et sont présents essentiellement
en Afrique (et en Australie pour ABLV), à l'exception
cependant des souches EBLV, isolées de chauve-souris
insectivores en Europe, mais qui sont susceptibles de contamination
humaine et animale. Il n'y a pas de réaction sérologique
croisée entre les 2 groupes phylogéniques.
On peut observer quelques différences
dans la pathogénicité et l'adaptation des
souches du virus rabique en fonction des espèces
animales. En Europe la souche rabique du RABV adaptée
au renard (source presque exclusive de la contamination
rabique) se montre létale pour près de 80%
des renards d'une zone. Cependant on observe une sensibilité
décroissante pour le lièvre, la souris, les
bovins, le singe, le cheval, le cobaye, le furet, le chien
et le chat. C'est ainsi que chiens et chats se montrent
relativement résistants à la souche vulpine
du virus rabique, ce qui nécessitera de fortes quantités
de virus pour les infecter, alors que le cheval se montre
beaucoup plus sensible.
Le virus rabique est peu résistant
dans le milieu extérieur. Il est sensible aux
solvants des lipides, à la plupart des désinfectants
(formol, savon, ammonium quaternaires, etc.) et aux agents
tensioactifs. Il est rapidement détruit par la chaleur
et la lumière solaire. Il reste stable à basse
température et peut se conserver plusieurs jours
dans l'encéphale des animaux morts de rage même
lors de décomposition cadavérique avancée.
Epidémiologie
Le virus rabique est excrété
dans la salive des animaux enragés et est principalement
transmis lors de morsure ou de griffure. Occasionnellement
il peut être transmis à travers des muqueuses ou des plaies
au contact de la salive contaminée par un animal infecté.
La contamination par voie aérienne peut être observée chez
l'homme pénétrant dans des grottes où vivent des chauves-souris
infectées. Des contaminations humaines ont été observées
à la suite de greffes de cornée.
La période d'incubation est
très variable, fonction de la pathogénicité de la souche,
de l'endroit de la morsure, de la réceptivité du sujet contaminé.
Sur le plan expérimental elle est estimée à :
- chien : 9-125 jours (moyenne 24 jours)
- chats : 9-51 jours (moyenne 18 jours)
- chevaux : 8- 99 jours (moyenne 12,5 jours)
- renards : 9- 82 jours (moyenne 21 jours).
Après contamination naturelle,
la période d'incubation est généralement plus longue de
1 à 2 mois en moyenne chez les animaux domestiques mais
elle peut atteindre 6 mois et plus. Chez l'homme on a pu
décrire des périodes d'incubation beaucoup plus longues
(de 18 mois jusqu'à 7 ans !).
En Europe, la source principale
de contamination des chevaux demeure le renard. Le mode
d'élevage des herbivores (souvent laissés seuls au pré pendant
la belle saison), leur faible crainte des renards (surtout
les yearlings) sont autant de facteurs qui les prédisposent
à de fréquentes contaminations. Cependant la rage peut être
transmise aux équidés par les carnivores domestiques, qui
sont beaucoup plus souvent responsables de la transmission
à l'homme.
L'épidémiologie générale de
la rage en Europe est liée à la contamination des renards.
Au XIX ème et au début du XX ème siècle, la contamination
rabique était liée au chien domestique qui en était le réservoir
principal. On parlait alors de rage citadine ou de rage
canine (cette forme de rage subsiste encore en Afrique,
en Asie et dans certains pays de l'Europe Orientale). Dans
les années 1920 cette rage canine a pratiquement été éradiquée
en Europe. Dans les années 1930/1940, le virus rabique d'origine
canine s'est adapté à une autre espèce animale : le renard.
A partir d'un foyer situé en Pologne et profitant des grandes
perturbations engendrées par la deuxième guerre mondiale
en Europe, la population vulpine enragée a progressé de
façon fulgurante dans toute l'Europe de l'Ouest, pour atteindre
la frontière française en 1968. D'où la notion de rage vulpine
ou sylvatique.
Les différents plans d'éradication
de la population vulpine se sont montrés insuffisants pour
contenir cette épizootie. La vaccination par voie orale
des renards débutée dans certains pays européens dès 1972
a permis une nette régression du front de la rage. Pendant
les 30 années où la France était contaminée ce sont plus
de 350 chevaux qui ont été atteints de rage. En rapportant
ce nombre à l'ensemble de la population équine située dans
les départements contaminés, on peut estimer que, toute
proportion gardée, les chevaux ont été les animaux les plus
souvent contaminés par le virus rabique.
En 2001, de nombreux pays
européens sont indemnes de rage vulpine : Royaume Uni
et Irlande (depuis des décennies du fait de leur position
insulaire), France, Portugal, Espagne, Italie, Suisse, Scandinavie.
Depuis quelques années, des chauve-souris insectivores contaminées
par les virus EBLV ont été identifiées dans plusieurs pays
européens (UK, France, Benelux, Danemark, Suède). Les risques
de contamination rabique par ces virus sont réels mais restent
limités aux personnes qui suivent les migrations et observent
la biologie de ces chiroptères.
Pathogénie
La contamination du cheval se
fait essentiellement lors de morsure par un renard enragé.
Chez le renard, la rage entraîne, entre autre, des troubles
du comportement qui inhibent son instinct de peur de l'homme
ou des animaux domestiques. L'excrétion du virus rabique
dans sa salive est permanente quelques jours avant et pendant
toute la durée de l'évolution de la maladie. Une fois inoculé,
le virus rabique se multiplie activement dans les monocytes
au lieu de la morsure pendant plusieurs semaines ; cette
phase d'incubation est totalement asymptomatique.
Puis le virus se localise dans
les terminaisons nerveuses locales et va migrer de façon
centripète pour atteindre le système nerveux central (moelle
épinière puis encéphale). Pendant cette période de multiplication
et d'invasion, on n'observe pas de mobilisation de la réponse
immune de l'animal contaminé. L'atteinte du système nerveux
central s'accompagne d'une diffusion du virus dans d'autres
organes comme les glandes salivaires, les yeux, la peau,
certaines muqueuses, etc. La présence du virus rabique dans
la salive de chevaux enragés a été démontrée expérimentalement
à des concentrations comparables à celles trouvées dans
l'encéphale. Cependant
on connaît mal la durée de cette excrétion virale et surtout
on ne sait si cette excrétion débute ou non avant l'apparition
des symptômes. La multiplication
du virus dans l'encéphale entraîne une encéphalite diffuse
et une dégénérescence neuronale qui vont entraîner les symptômes
de la rage.
Bien que rarement observés, les
risques de transmission de la rage équine à l'homme ne sont
pas nuls. De 1982 à 1992, 293 cas de rage équine ont été
diagnostiqués en France entraînant un traitement antirabique
préventif pour 1.751 personnes. Les risques de contamination
concernent principalement le propriétaire du cheval, le
personnel qui s'en occupe et le vétérinaire. Par contre
l'existence d'un cas de rage équine dans un club d'équitation
a du nécessiter de traiter préventivement les dizaines de
cavaliers ayant été en contact avec le cheval atteint. Comme
dans toutes les espèces animales et l'homme, l'évolution
de la rage est toujours mortelle. Il a été cependant
observé quelques cas de guérison spontanée d'équidés ayant
été contaminés.
Signes cliniques
Les symptômes dominants
sont ceux d'une encéphalite d'évolution
suraiguë. Dans la très grande majorité
des cas la maladie évolue vers la mort en 1 à
2 jours chez le cheval. On observe beaucoup plus rarement
des signes cliniques ayant évolué pendant
6 à 7 jours.
- Les premiers signes cliniques,
souvent discrets ou absents, sont observés
une huitaine de jours avant la phase aiguë de la
maladie. Ce sont essentiellement des troubles du comportement
qui se traduisent par des hennissements répétés,
une certaine apathie, de l'anorexie et des difficultés
à se déplacer. Parfois, l'endroit de la
plaie d'inoculation (souvent cicatrisée) entraîne
des douleurs locales et du prurit.
- La phase d'état
peut se présenter sous une forme paralytique ou
une forme furieuse. Elle débute généralement
par une agitation subite du cheval, une démarche
titubante ou ébrieuse, un décubitus latéral
ou sternal ainsi qu'une profonde modification du comportement.
L'animal peut se montrer exceptionnellement agressif ou
au contraire trop amical.
- Dans la forme paralytique on note de l'ataxie,
une paralysie ascendante des postérieurs, une
paralysie du pharynx, de l'hypersalivation, des piaffements
répétés, des crises d'agitation
entrecoupées de phases d'apathie, des coliques,
de l'anorexie, de la fièvre.
- Dans la forme furieuse (moins de 15% des
cas) l'animal est extrêmement agressif et agité.
Il essaie de mordre tout ce qui est à sa portée,
effectue de nombreuses ruades, se précipite
contre les murs ou les barrières. Dans les
2 formes il peut exister d'autres signes cliniques
beaucoup moins fréquents : mydriasis, prurit,
ténesme, pica, automutilation, hydrophobie,
etc.
- Dans un délai variable (1 à 4 jours) le
cheval est en décubitus permanent, dans un état
semi-comateux avec des périodes de convulsions
et de pédalage qui précèdent la mort.
Diagnostic
Le diagnostic clinique
n'est pas aisé dans la mesure où les symptômes
évoluent en peu de temps et sont très variables
dans leur expression et leur intensité.
Un diagnostic clinique différentiel
doit être évoqué vis-à-vis de
la myéloencéphalite à protozoaires,
la maladie d'Aujeszky, la forme nerveuse de l'EHV1, les
hepato-encéphalopathie, les méningites bactériennes,
le botulisme, les traumatismes du système nerveux
central, etc.
Le diagnostic expérimental
est réalisé au laboratoire après envoi
de la tête du cheval mort. Il comporte cependant des
difficultés dans la mesure où, dans certains
cas, le virus n'est pas isolable de l'encéphale mais
uniquement de la moelle épinière. Plusieurs
tests expérimentaux sont réalisés :
inoculation à la souris ou à des cultures
cellulaires, immunofluorescence.
Traitement et prévention
de la rage humaine
Le schéma vaccinal de
la vaccination préventive avant exposition
se compose de 3 injections par voie intramusculaire
dans le deltoïde aux jours J0, J7, J21 ou J28 puis
d'un rappel 1 an plus tard suivi de rappels tous
les 5 ans.
Le traitement après exposition commence par le traitement
non spécifique : nettoyage, parage des plaies,
antibiothérapie et prophylaxie antitétanique.
Le traitement spécifique comprend la vaccination
et la sérothérapie antirabiques.
Les vaccins antirabiques utilisés
dans le monde sont encore en majorité des vaccins
produits sur encéphale d'animaux adultes ou nouveau-nés,
types Semple ou Fuenzalida. Les vaccins produits sur culture
de cellules ou oeufs embryonnés tendent à
les remplacer. Ils sont à la fois plus immunogènes
et mieux tolérés. En particulier, les accidents
neuro-immunologiques liés à la présence
de myéline, de phospholipides ou de gangliosides,
ne se voient plus avec les vaccins produits sur culture
de cellules. La vaccination antirabique peut se faire selon
deux protocoles de traitement par voie intramusculaire validés:
l'un en 5 injections pratiquées à J0, J3,
J7, J14 et J28, l'autre simplifié en 4 injections
2 pratiquées à J0 en deux points différents,
1 à J7 et à J21. Les injections doivent être
faites dans le deltoïde, par voie intramusculaire profonde.
La sérothérapie
est indiquée dans les contaminations de catégorie
III de l'OMS. Les immunoglobulines disponibles sont d'origine
équine ou humaine. Les immunoglobulines humaines
n'ont pas les effets indésirables allergiques des
immunoglobulines équines, mais sont rares et coûteuses.
Les immunoglobulines doivent être infiltrées
localement au niveau de la morsure pour l'essentiel de la
dose, le reste étant injecté de façon
controlatérale par voie IM profonde. La posologie
est de 20 UI/KG pour les immunoglobulines humaines et de
40 UI/KG pour les immunoglobulines équines.
Référence
Lepoutre A.
Contribution à l'étude de la rage équine en France de 1968
à 1980
Thèse Doct Vét, Lyon, 1982
Aubert M.
Rabies in Virus infections of equines
Ed Elsevier Science BV, Amsterdam, 1996, p 245-264
Hudson LC, Weinstock D, Jordan T, Bold-Fletcher NO.
Clinical presentation of experimentally induced rabies in
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Zentralbl Veterinarmed [B] 1996 Jul; 43(5): 277-85
Fekadu M, Shaddock JH, Sanderlin DW, Smith JS.
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Sureau P.
New vaccines for immunization of man: new approaches towards
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Parassitologia 1988 Jan-Apr; 30(1): 141-8
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