| PESTE EQUINE
Maladie infectieuse virulente et
inoculable, la Peste Equine (ou African Horse Sickness) affecte
essentiellement les Equidés et sévit sous forme enzootique
en Afrique. Elle est provoquée par un virus transmis par différentes
espèces d'arthropodes hématophages.
Cliniquement, elle se manifeste par de l'hyperthermie anticipant
des manifestations oedémateuses et cardio-respiratoires évoluant
le plus souvent vers la mort des sujets infectés.
Etiologie
Le virus responsable de la peste
équine appartient à la famille des Reoviridae et au genre
Orbivirus. Le genre Orbivirus comprend, entre
autre :
le virus de la fièvre catarrhale ovine ou bluetongue
qui comprend 24 sérotypes
le virus de la fièvre à tiques du Colorado
le virus de la maladie hémorrhagique du cerf de Virginie
le virus de l'encéphalose équine (comprenant 7 sérotypes),
etc...
C'est un virus ARN, non enveloppé,
de 65 à 80 nm de diamètre et qui comprend 9 sérotypes différents.
Comme beaucoup de virus non enveloppés, le virus de la peste
équine est assez résistant dans le milieu extérieur mais est
rapidement inactivé au contact de solutions acides (pH<6).
Il est formé de 7 protéines structurales (2 formants la capside
externe et 5 la capside interne ou core) et de 4 protéines
non structurales. Il est relativement facile à cultiver sur
lignées cellulaires (B.H.K. ou cellules Vero).
Vecteurs
De très nombreux arthropodes
hématophages sont reconnus ou soupçonnés intervenir dans
la transmission de cette affection. En Afrique et en Europe,
le vecteur principal est Culicoides imicola, mais
d'autres espèces de Culicoides interviennent également
(C. varipennis, C. pulicaris, C. obsoletus,
etc). D'autres espèces de moustiques interviennent également
dans la transmission tels les Aedes, Culex
et Anophèles. Ont été également impliqués des Tabanus,
Haematobia, Stomoxys, Chrysops ainsi
que certaines tiques (Hyalomma dromedarii et Rhipicephalus
sanguineus) qui peuvent héberger le virus pendant de
très longues périodes.
Ces insectes vecteurs sont responsables
de la saisonnalité de la maladie et de son apparition dans
des pays chauds et humides (régions marécageuses en particulier).
Ils sont également responsables de la rapide dissémination
des foyers car ces vecteurs peuvent, lors de vent, franchir
plus de 25 kilomètres par heure. En Afrique du Nord, Espagne
et Portugal, le vecteur le plus fréquent est C. imicola
qui ne semble pas présent dans le sud de la France. Par
contre on trouve dans cette région Culicoides obsoletus
connu pour transmettre le virus de la bluetongue en
Afrique.
Espèces sensibles et
réservoirs
Le cheval est de loin
l'espèce la plus sensible. Lors d'épisodes cliniques, la mortalité
se situe entre 80 et 100%. Les races chevalines autochtones
présentent une certaine résistance (immunité?) alors que les
races importées se montrent infiniment plus sensibles. D'autres
équidés comme les mulets et les bardots ont une moindre sensibilité
et pourraient constituer un des réservoirs du virus.
Mais se sont surtout les ânes et les zèbres
qui présentent des formes cliniques très discrètes et qui
constituent le réservoir principal du virus de la peste
équine. Les camélidés (dromadaire) ont un très fort
pourcentage de séropositivité sans présenter le moindre signe
clinique ; ils constituent, très certainement, un des réservoirs
les plus importants.
Les canidés (chien, coyotte, chacal) sont susceptibles de
s'infecter par ingestion de viande provenant d'un animal infecté.
Dans ce cas ils présentent une symptomatologie très voisine
celle observée chez le cheval.
La plupart des animaux de laboratoire sont sensibles à cette
virose alors que les ovins, bovins, félins et primates y sont
réfractaires.
Dans les espèces sensibles le virus est présent dans le sang
(virémie de 18 jours chez le cheval) mais on le retrouve dans
les sérosités, l'urine et le lait.
La contamination se fait essentiellement par voie trans-dermique,
plus rarement par ingestion et exceptionnellement par contact
direct.
Epidémiologie
Décrite pour la première fois
au Yémen en 1328, la peste équine a donné lieu à de très
nombreuses épizooties. Les plus récentes et les plus meurtrières
(1960) ont provoqué la mort de 300.000 chevaux en Irak,
Iran, Pakistan, Inde, Jordanie, Turquie et Chypre.
En 1965, elle fait une première réapparition au Maghreb
puis en Espagne en 1966.
En 1987, la peste équine apparaissait dans la région de
Madrid à la suite de l'introduction de zèbres de Namibie
dans une réserve d'animaux sauvages. Ce premier foyer entraîna
la mort de plus de 250 chevaux. Un an plus tard, un nouveau
foyer se déclare dans la province de Cadix (86 chevaux atteints).
En 1989, un groupe de chevaux de polo venant d'Uruguay et
ayant séjourné près de Tolède, présente les symptômes de
la maladie. D'autres foyers éclatent dans les provinces
de Huelva et de Séville, puis dans le Sud du Portugal entraînant
la mort de plusieurs centaines de chevaux.
En 1989, à partir des foyers du Sud de la péninsule ibérique,
le Maroc déclare ses premiers cas. L'épizootie va perdurer
jusqu'en 1991 et provoquer la mort de centaines de chevaux.
Dans toutes ces régions, la forte présence d'ânes a favorisé
le développement et la persistance des foyers. Les ânes,
infectés inapparents, ont servi de réservoir et de source
de contamination pour les Culicoides.
En 1990, des foyers plus limités sont à nouveau observés
en Andalousie. Le Portugal et l'Espagne sont déclarés indemnes
de cas en 1991. Le Maroc a été déclaré indemne de peste
équine en 1995.
Officiellement, la France
n'a jamais connu de foyers de peste équine (certaines
observations faites en 1966 peuvent laisser penser que quelques
chevaux ont présenté des signes cliniques troublants dans
la région de Marseille). Cependant la présence de zones
favorables au développement des arthropodes vecteurs et
la proximité géographique de foyers potentiels font que
l'éventuelle apparition d'un foyer dans le Sud de la France
est théoriquement possible.
Signes cliniques
Après inoculation, l'incubation
dure en moyenne de 1 à 2 semaines avec des écarts pouvant
aller de 2 à 21 jours. Cette incubation, le plus souvent asymptomatique,
se termine par l'apparition d'une hyperthermie diphasique
(pic thermique le soir) qui dure 3 à 4 jours et qui précède
les signes cliniques proprement dits :
- Forme pulmonaire aiguë
Après une très forte hyperthermie (41 à 42°C) pendant
2 à 3 jours accompagnée d'anorexie, de tachycardie et
de sudation, l'animal présente une intense dyspnée de
plus en plus marquée avec œdème pulmonaire. Des crises
de toux paroxystiques s'accompagnent d'un jetage spumeux
abondant en blanc d'œufs en neige. La mort
survient par asphyxie 24 à 48 heures après l'apparition
de la dyspnée.
- Forme pulmonaire subaiguë
L'hyperthermie reste modérée (39 à 39,5°C) pendant 2 à
4 jours. Les muqueuses sont congestionnées et on observe
des pétéchies sublinguales. Des troubles respiratoires
apparaissent ensuite : polypnée, toux convulsive et grasse,
jetage spumeux, râles humides crépitants, augmentation
du temps d'expiration. Une importante tachycardie, un
pouls faible et filant précèdent une phase intense d'asthénie,
puis d'hypothermie accompagnée d'un œdème pulmonaire.
La mort survient en 6 à 8 jours.
- Forme cardiaque subaiguë
La phase d'hyperthermie s'installe de façon progressive
(39 à 40°C en 10/12 jours). Les signes d'atteinte générale
sont plus discrets: légère anorexie, oedèmes sous-cutanés
de la tête, de l'encolure et plus nettement des salières
(à ce niveau la protrusion de la région sus-orbitale est
pathognomonique et représente un signe de gravité), œdème
palpébral, labial lingual, nasal et des zones thoraco-abdominales.
L'atteinte cardiaque se traduit par de la tachycardie,
un pouls filiforme ainsi qu'une péricardite exsudative.
L'animal éprouve de fortes douleurs abdominales et présente
de fréquentes mictions. La mort survient en 8/10 jours
par détresse cardio-respiratoire. La guérison peut cependant
survenir, mais la convalescence dure plusieurs mois.
- Forme fébrile subaiguë
On note une hyperthermie (40°C) pendant 1 à 5 jours avec
une légère dyspnée, de la tachycardie et de la conjonctivite.
L'évolution se fait vers une guérison rapide sans séquelles.
- Formes atypiques
Dans certains cas les troubles cardiaques et pulmonaires
apparaissent de façon simultanée, aggravant ainsi l'évolution
et le pronostic. Des manifestations neurologiques peuvent
survenir lors de la formation d'oedèmes au niveau cérébral.
Lors d'oedèmes sous-cutanés importants il peut y avoir
formation d'un œdème de l'œsophage entraînant sa paralysie.
- Examen nécropsique
A l'autopsie les lésions oedémateuses et hémorrhagiques
prédominent. Les muqueuses sont fortement congestionnées
avec le plus souvent des pétéchies, en particulier sur
la face intérieure de la langue, sur la muqueuse du tractus
digestif, sur la rate, les ganglions mésentériques ainsi
qu'au niveau du myocarde.
De nombreux oedèmes gélatineux et jaunâtre sont localisés
dans le tissu conjonctif sous-cutané et en particulier
au niveau thoracique.
Une écume blanche ou ocracée est présente au niveau des
naseaux ainsi qu'un liquide spumeux dans les bronches
avec œdème pulmonaire.
Pathogénie
Après inoculation par
l'insecte vecteur, le virus se multiplie au niveau des ganglions
lymphatiques proches ainsi que dans les tissus lymphoïdes
de la rate et des poumons. Ensuite une phase relativement
longue de virémie (présence du virus dans les érythrocytes
et les mononucléaires) permet au virus de se localiser dans
de nombreux organes : cœur, foie et cerveau.
La réplication secondaire du virus se fait ensuite essentiellement
dans les cellules endothéliales du poumon et des vaisseaux
sanguins. Il s'ensuit une augmentation de la perméabilité
vasculaire et une coagulation intravasculaire provoquant oedèmes
et suffusions.
La gravité des lésions et des signes cliniques est fonction
de la pathogénicité de la souche virale, de l'état d'immunité
du sujet, de l'espèce, etc.
Diagnostic différentiel
- charbon bactéridien : pas d'œdème
sous-cutané ; en revanche, syndrome digestif et hématurie
- anémie infectieuse : pas de
signes congestifs ; en revanche, anémie intense
- piroplasmose : pas d'œdème
sous-cutané, hémoglobinurie et ictère
- anasarque : absence d'hyperthermie
et de troubles pulmonaires, oedèmes localisés en zone déclive
- gourme septicémique : pneumonie
plutôt qu'œdème, oedèmes des zones déclives, formes suppuratives
- intoxications aiguës : pas d'hyperthermie,
pas d'oedèmes sous-cutanés
- typhose : importance des troubles
digestifs et urinaires
- coup de chaleur : pas d'œdème
sous-cutané, évolution plus rapide, importance des commémoratifs.
Diagnostic expérimental
Isolement du virus :
à partir du sang dès le début de la phase fébrile ou de
prélèvements de rate ou de cœur. Mise en culture sur lignées
sensibles, inoculation à des souriceaux nouveau-nés, tests
ELISA sont les techniques les plus employées avec la P.C.R.
Sérologie : recherche des anticorps fixant le complément
traduisant une infection récente (apparaissent 10 à 14 jours
après l'infection), les anticorps neutralisants apparaissent
plus tardivement mais persistent de nombreuses années et
des tests ELISA permettent de différencier les animaux infectés
des animaux vaccinés.
Prévention
Mesures sanitaires
Elles ont pour but d'éviter l'introduction du virus dans
un pays indemne et de limiter l'extension d'éventuels foyers.
Dans les pays accidentellement infectés, la prophylaxie
sanitaire est basée sur l'abattage des chevaux infectés,
l'épandage d'insecticides, la mise en quarantaine des foyers
recensés, l'interdiction des rassemblements d'équidés.
En France, la peste équine fait partie de la nomenclature
des maladies réputées contagieuses (Décrets du 7/12/66
et du 20/11/67). Des mesures complémentaires ont été prises
à la suite de l'épizootie espagnole des années 89/90 (Arrêté
Ministériel du 8/06/90).
Le Code Zoosanitaire de l'O.I.E. définit les conditions
d'importation des équidés et de classement des zones infectées
ou à risques ( Chapitre 2.1.11, 2000).
Au niveau de la communauté européenne, la directive 90/426/CEE
précise les conditions de police sanitaire régissant les
mouvements d'équidés et les importations d'équidés en provenance
des pays tiers.
Mesures médicales
La vaccination contre la peste équine n'est éventuellement
appliquée que dans les pays infectés ou dans les zones de
protection (rayon de 100 km autour d'un foyer) et reste
sous la décision des autorités sanitaires.
La difficulté de la mise au point de vaccins contre la peste
équine vient du fait de l'existence de différents sérotypes
qui ont ou pas de relations immunologiques. En Afrique,
au moins 8 sérotypes différents coexistent, en Egypte c'est
principalement le sérotype 9, alors que la dernière épizootie
au Maroc et dans la péninsule Ibérique était due au sérotype
4.
En Afrique on utilise des vaccins vivants atténués contenant
un ou plusieurs sérotypes. La réponse immune post-vaccinale
est rapide et durable, cependant ces vaccins sont susceptibles
d'entraîner des réactions post-vaccinales plus ou moins
importantes (avortements, hyperthermie, troubles nerveux).
En zone accidentellement infectée, ces vaccins vivants atténués
peuvent présenter le risque d'un retour à la virulence ou
d'éventuelles recombinaisons génétiques.
Lors de la dernière épizootie au Maroc et en Espagne, un
vaccin inactivé et adjuvé, correspondant au sérotype 4,
a été utilisé. Après 2 injections il induit une protection
complète d'au moins une année accompagnée d'une bonne tolérance
locale et générale.
Références
Zientara S.
Le Point Vétérinaire, 1996, 28; 176: 149-157.
Du Toit RM., Onderstepoort
J Vet Sci, 1994, 19: 7-16.
Dubourget P., Walton TE, Osburn BI
Bluetongue, African Horse Sickness and related Orbivirus
CRC Press,1992, 874-886.
Mellor PS.
Vet Res, 1993, 24: 199-212.
Zientara S. et al.
J Virol Methods, 1995, 53: 47-54.
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