| Maladie de Borna La maladie de Borna est une affection virale
se manifestant par une polio-encéphalite
d'évolution le plus souvent fatale et qui
affecte principalement les chevaux, les moutons
et probablement l'homme. Son nom vient de
la ville de Borna en Saxe (Allemagne) où
fut observée en 1894 une importante épizootie
qui entraîna une importante mortalité des
chevaux d'un régiment de cavalerie. Depuis,
un certain nombre de cas plus sporadiques
ont été décrit en Allemagne, Autriche, Suisse,
Europe de l'Est.
Etiologie: Le virus de la maladie de Borna (BDV) est
un virus enveloppé, à ARN, de 90 nm de diamètre,
appartenant à l'ordre des Monomegavirales.
Il présente certaines similitudes avec les
Paramyxovirus et les Rhabdovirus. Comme la
plupart des virus enveloppés, le BDV est
sensible aux désinfectants acides, à la chaleur
et aux ultraviolets.
En culture cellulaire (neurones, cellules
de rein de chien ou de singe), la multiplication
intracellulaire est extrêmement rapide et
intense. Très peu de virions sont présents
dans le milieu de culture alors que les virions
intracellulaires sont très nombreux. La contamination
se fait de cellule à cellule par des ponts
cytoplasmiques. La persistance des virus
dans la cellule explique l'existence d'animaux
porteurs. En culture cellulaire le BDV n'a
pas d'effet cytopathogène par contre il induit
des inclusions intranucléaires.
Epidémiologie: Classiquement observée chez les moutons
et les chevaux, la maladie de Borna est susceptible
de se manifester dans d'autres espèces animales
comme les bovins, les chèvres, les autres
équidés, les chats, les autruches, les lapins,
etc..
Dans l'espèce humaine, il a été démontré
qu'une séropositivité vis-à-vis du BDV ou
d'agents viraux très proches était souvent
associée à différentes maladies psychiatriques
(schizophrénie, états dépressifs). Cependant
cette séropositivité peut être observée chez
des individus sains. Bien que la transmission
directe du cheval à l'homme ne soit pas formellement
démontrée à l'heure actuelle, des études
séro-épidémiologiques ont montré que la séroprévalence
vis-à-vis du BDV était plus importante dans
les populations humaines vivant au contact
de chevaux.
Chez le cheval, la maladie de Borna est à
l'origine de nombreux cas tout particulièrement
en Allemagne, Suisse et Autriche et ce depuis
une centaine d'années. Plusieurs cas de polio-encéphalite
équine ont été décrits en France, en Roumanie,
en Libye et au Moyen Orient pouvant faire
penser à l'existence de cas cliniques de
maladie de Borna dans ces différents pays.
Des études épidémiologiques ont montré des
pourcentages élevés de séropositivité dans
différents pays: Pays-Bas, Luxembourg, Grande
Bretagne, France, Israël, Japon, Iran, Australie,
USA. C'est ainsi qu'en Allemagne, le taux
moyen de séropositivité est de 11,5% pour
atteindre 22,5% en zone enzootique et parfois
plus de 50% dans certains élevages. Au Pays-Bas
la séropositivité sur les chevaux atteindrait
12%. Cette séropositivité est observée sur
des chevaux cliniquement sains et montre
la large diffusion du virus dans les effectifs
équins.
Le mode exact de transmission du virus demeure
inconnu à ce jour. Le BDV a pu être isolé
des sécrétions lacrymales et salivaires de
chevaux infectés latents. Les chevaux représenteraient
une des sources principales de conservation
et de diffusion du virus. Il a été observé
un cas de transmission transplacentaire.
Il existe une certaine saisonnalité de la
maladie. Les cas les plus nombreux sont observés
au printemps et en été et coïncideraient
avec la période d'activité de certains arthropodes.
Cependant le BDV n'a jamais pu être isolé
d'arthropodes comme les tiques qui sont cependant
responsables de la transmission d'encéphalites
équines proches de la maladie de Borna.
Signes cliniques: Malgré des taux relativement élevés de séropositivité,
la maladie de Borna est
relativement rare
mais peut sévir sous formes
de foyers dans
lesquels plusieurs chevaux
expriment la maladie.
Les facteurs exacts de
réceptivité à cette
affection restent inconnus,
bien qu'au niveau
expérimental il soit démontré
le rôle important
de l'immunodepression comme
facteur de réceptivité.
L'incubation peut durer
de 2 semaines à plusieurs
mois, mais, en moyenne,
elle se situe entre
2 et 3 mois. L'affection
peut évoluer sous
différentes formes de méningoencéphalite:
suraiguë, aiguë, subaiguë
ou chronique. Dans
les formes les moins sévères,
il peut y avoir
guérison spontanée malgré
une infection permanente
du système nerveux central.
Les premiers signes cliniques
sont peu pathognomoniques.
On observe une hyperthermie
modérée, de la
fatigue, des coliques,
de la toux et un sub-ictère.
Puis progressivement des
signes nerveux vont
apparaître. Le cheval présente
des phases
d'excitation entrecoupées
de phases de somnolence,
d'apathie et de stupeur.
L'animal a de grandes
difficultés pour coordonner
sa motricité.
Ses membres antérieurs
sont le plus souvent
croisés, sa tête est baissée
ou elle est
agitée en permanence de
mouvements de balancier.
Une nette ataxie sensorielle
est également
observée le plus souvent
aggravée par l'atteinte
oculaire (nystagmus, myosis,
cécité) qui
survient dans la très grande
majorité des
cas.
L'atteinte des nerfs moteurs
de la tête provoque
différents troubles: paralysie
du nerf facial,
impossibilité de mâcher
ou de déglutir. Cette
impossibilité de se nourrir
ou de s'abreuver
est observée dans plus
de 80% des cas et
entraîne une hyperbilirubinémie
ainsi qu'une
importante déshydratation.
Ces différents symptômes
sont souvent associés
à des convulsions liées
à une élévation de
la pression du liquide
céphalo-rachidien
du fait de la réaction
inflammatoire présente
au niveau de l'encéphale.
Ces convulsions
sont le plus souvent précédées
par des contractions
cloniques des muscles de
l'encolure et de
la tête. La motricité intestinale
est également
perturbée d'où des alternances
de diarrhée
et de constipation et des
épisodes de colique.
Dans les formes suraiguës
à sub-cliniques
l'évolution de la maladie
dure de 1 à 4 semaines
et se termine par la mort
précédée par un
coma dans plus de 90% des
cas. Une forme
chronique peut survenir
chez les survivants
consistant en des rechutes
cliniques fréquentes
mais de moindre intensité.
Les lésions observées sont
localisées au
système nerveux central,
à la moelle épinière
et à la rétine. Sur un
plan histologique
ce sont des lésions de
polio-meningo-encéphalomyélite
non suppurée avec infiltration
péri-vasculaire
et parenchymateuse par
des macrophages et
des lymphocytes T (essentiellement
CD4 et
CD8). Des inclusions eosinophiles
(corps
de Joest-Degen) sont parfois
observées dans
les noyaux des neurones
de l'hippocampe.
Ces inclusions, lorsqu'elles
existent, sont
considérées comme pathognomoniques
de la
maladie de Borna.
Pathogénie:
L'infection naturelle se fait par voie nasale
et la pénétration par les
terminaisons des
nerfs olfactifs ou bien
par voie orale et
migration vers le nerf
trigeminal. Ensuite
le BDV migre le long des
nerfs pour gagner
l'encéphale où il se réplique
à l'intérieur
des neurones et des cellules
gliales, de
préférence dans le système
limbique. De là,
le virus migre et se multiplie
dans les nerfs
périphériques et la rétine.
La réplication
virale entraîne la formation
d'une réaction
locale inflammatoire due
aux mononucléaires.
Les troubles cliniques sont plus la conséquence
de phénomènes immunopathologiques que ceux
liés directement à l'action directe du virus.
Expérimentalement, la maladie de Borna induit
des formes aiguës chez les animaux immunodéprimés.
Les lymphocytes T et en particulier CD4+
mais aussi CD8+ jouent un rôle majeur dans
l'apparition des troubles cliniques. Des
réactions inflammatoires d'origine lymphocytaire
ainsi qu'une nette augmentation de l'expression
des complexes majeurs d'histocompatibilité
de type I et II sont observés chez des chevaux
cliniquement atteints.
Diagnostic: Comme pour beaucoup d'affections du système
nerveux central, le diagnostic clinique de
la maladie de Borna n'est pas chose aisée.
Le diagnostic différentiel doit être fait
vis-à-vis des formes nerveuses de l'infection
par l'EHV1, de la rage, des encéphalites
transmises par les tiques, des encéphalites
virales, du botulisme, du tétanos ou de l'encéphalite
à protozoaires.
Les paramètres hématologiques et biochimiques
sont peu modifiés. L'augmentation importante
du taux de protéines dans le liquide céphalo-rachidien
avec présence de lymphocytes et de monocytes
est caractéristique d'une meningo-encéphalite
non suppurée. Dans les formes chroniques
ces paramètres sont peu modifiés.
La présence du BDV peut être confirmée par
mise en évidence d'anticorps spécifiques
dans le sérum ou le liquide céphalo-rachidien.
La recherche de ces anticorps se fait par
Western-blot, ELISA ou immunofluorescence
qui est la technique la plus fiable. Il n'y
a pas de corrélation entre le titre en anticorps
et la sévérité de l'affection. Les anticorps
sériques sont détectables dans les formes
aiguës ou subaiguës, mais sont souvent absents
dans les formes suraiguës. Dans les formes
chroniques les anticorps sont présents dans
le sérum mais pas dans le liquide céphalo-rachidien.
On peut également mettre le BDV en évidence
dans les cellules nerveuses par PCR ou par
examen immunochimique.
Traitement - Prévention:
Il n'existe pas de traitement spécifique
de la maladie de Borna. L'administration
d'amantadine (2mg/kg/j) a donné des résultats
encourageants sur un nombre très limité d'animaux.
Chez l'homme (Syndrome de Guillain-Barré,
schizophrénie) on réalise une filtration
du liquide céphalo-rachidien pour en éliminer
cellules et éléments solubles. Cette même
technique a été utilisée avec succès sur
2 chevaux (filtration de 400 ml de liquide
céphalo-rachidien par jour pendant 5 jours).
Un vaccin vivant atténué et lapinisé a été
utilisé il y a une dizaine d'années mais
est actuellement abandonné car son efficacité
réelle est très controversée. Il semblerait
que l'infection par le BDV induise peu ou
pas d'anticorps neutralisants. De plus la
pathogénie de la maladie étant provoquée
par des phénomènes immunologiques, l'utilisation
d'un vaccin dans une telle affection comporterait
plus de risques que d'avantages.
Références:
Richt JA., Grabner A., and Herzog S., Borna
disease in horses, Equine Practice, 2000,
16 (3); 579-595.
Grabner A., New methods in the treatment
of infections of the CNS: filtration of CSF,
In Proceedings of the Intern congress of
Equine medicine, Maastricht, 1999.
Katz JB., Alstad D., Jenny AL., et al: Clinical,
serologic and histopathologic characterization
of experimental Borna disease in ponies.
J Vet Diagn Invest, 1998, 10:338.
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