Infection
par le virus West Nile
Février 2004
L'infection par le West Nile virus
est une maladie transmise par des insectes vecteurs et
due à un arbovirus. Le réservoir principal du virus est
constitué par les oiseaux sauvages. Les animaux domestiques
se montrent peu sensibles à cette affection et constituent
un cul-de-sac épidémiologique pour cette virose.
Cependant cette affection est zoonotique en Afrique, Inde,
Europe du sud et plus récemment sur la côte est des Etats
Unis.
Etiologie
Le West Nile virus appartient à la
famille des Togaviridés et au genre Flavivirus (ou
Arbovirus du groupe B). Il a été isolé pour la première
fois en 1937 à partir d'un prélèvement sanguin d'un homme
atteint d'encéphalite.
Plusieurs virus du même genre induisent des encéphalites
zoonotiques : virus de l'encéphalite de la vallée de Murray,
virus de l'encéphalite de St Louis, virus de l'encéphalite à tiques,
virus de l'encéphalite japonaise, etc..
Dans le genre Flavivirus on peut noter le virus de la
fièvre jaune, le virus du louping ill, le virus
de la Dengue, virus de Welsselbronn, etc.
En revanche, les encéphalites infectieuses du cheval (encéphalites équines
de l'Est et de l'Ouest des USA, encéphalite équine du Venezuela)
sont dues à des virus différents appartenant au genre Alphavirus (ou
Arbovirus du groupe A) et n'entraînent aucune réaction croisée
avec le West Nile virus.
Les Flavivirus sont des virus à ARN, avec une enveloppe lipidique,
mesurant de 40 à 60 nm. Ils sont peu résistants dans le milieu
extérieur et sensibles aux désinfectants à base de détergents
ou de solvants des lipides.
La plupart des Flavivirus sont transmis par des arthropodes
(tiques et moustiques) et sont le plus souvent à l'origine
d'affections zoonotiques.
Il existerait plusieurs souches différentes dont au moins
2 sérotypes. La souche isolée aux USA en 1999 serait très
proche d'une souche isolée en Israël en 1998.
L'introduction du WNV se fait par l'intermédiaire d'oiseaux
migrateurs à partir de l'Afrique sub-saharienne vers l'Europe
via l'Afrique du Nord.


Vecteurs
Différentes espèces de moustiques
sont responsables de la transmission du West Nile virus
( Culex pipiens, Culex tritaeniorhynchus, Culex univittatus,
Aedes vexans, Aedes albopictus, Aedes aegypti, Anopheles
sp, etc..). La femelle de l'insecte s'infecte lors
du repas de sang pris sur un animal lui-même infecté. La
transmission verticale du WNV a été démontrée chez plusieurs
espèces de moustiques. Chez l'insecte, le virus est principalement
localisé dans les glandes salivaires.
Certaines espèces de tiques ont été trouvées porteuses du
WNV, cependant leur rôle en tant que vecteur de cette affection
doit être très limité.

Réservoirs - espèces sensibles
De nombreuses espèces d'oiseaux
constituent le réservoir principal de l'infection à WNV.
Passeriformes, corbeaux et corneilles ainsi que de nombreux
oiseaux migrateurs (hirondelles, flamands, etc.) peuvent
héberger le virus. Après contamination par un moustique infecté,
il se produit une virémie qui dure jusqu'à 14 jours chez
les oiseaux et qui permet ainsi la contamination d'autres
moustiques.
Les souches virales isolées en Europe du Sud, semblent peu
pathogènes pour les oiseaux alors que lors des récentes épizooties
sur la côte Est des Etats Unis, une très forte mortalité a été observée
sur les oiseaux sauvages (corbeaux en particulier), ainsi
que sur des espèces exotiques dans des parcs zoologiques.
Lors de différentes épizooties en Europe, une importante
séroprévalence du WNV a pu être observée chez plusieurs espèces
d'oiseaux domestiques (oies, canards, poules, dindes) et
migrateurs (hirondelles).
Chez les oiseaux sauvages, le WNV est isolé du cerveau, du
cœur, de la rate, du foie, des reins, de l'intestin, du pancréas,
des poumons et des ovaires. Les souches pathogènes induisent
une virémie ainsi que des lésions hémorrhagiques au niveau
du cerveau, des méninges et du cœur.
Certains mammifères peuvent être considérés comme des réservoirs
de virus bien que leur rôle soit très marginal dans la diffusion
et la conservation du virus. C'est ainsi qu'en Afrique du
Sud, la séroprévalence atteint plus de 35% des chiens, de
20 à 40% chez les ovins, les bovins, et les équins sans qu'il
y ait de relation avec des troubles cliniques.
L'inoculation expérimentale du WNV à des chiens SPF induit
quelques signes discrets de myopathie sans signes neurologiques.
Chez la brebis, le virus induit une hyperthermie limitée
ainsi qu'une virémie modérée et de courte durée. Cependant
chez la brebis gestante, le WNV provoque des avortements
ou des mortalités néonatales, en relation avec des lésions
cérébrales du fœtus.
Chez le singe Rhésus, l'infection expérimentale par le WNV
entraîne une très longue rémanence du virus (jusqu'à 5,5
mois) dans le système nerveux central, les ganglions lymphatiques
et les reins. Dans quelques cas cette inoculation provoque
une réaction fébrile et une encéphalite.
Les équidés ainsi que l'homme se montrent sensibles à l'infection
par le WNV. Cependant les cas cliniques observés ne représentent
qu'une proportion très faible par rapport à la séroprévalence
mesurée dans les foyers infectieux.

Epidémiologie
Chez l'homme, l'infection par
le West Nile virus sévit à l'état endémique dans de nombreux
pays africains (Afrique du Sud, Egypte, Kenya, Ouganda,
Congo, Vallée du Rift, etc.), en Inde, en Israël, et dans
les pays d'Europe du Sud-Est (Roumanie, Ukraine, Russie,
République Tchèque, Moldavie, Géorgie, etc.).
- En Israël, la dernière épidémie
(août/septembre 2000) a été à l'origine de 161 cas humains
dont 13 morts.
- En 1996, une épidémie de
WNV a sévi en Roumanie où près de 400 cas cliniques ont été observés
avec une mortalité proche de 15%.
- Quelques épidémies sont également
signalées dans les pays européens du bassin méditerranéen
( Albanie 1958, Espagne 1960, 1979, France 1962, 1975-1980,
Grèce 1970-1978, Italie 1965-1969, 1981, Portugal 1967-1970).
- En 1999, de nombreux cas
humains (62 cas d'encéphalite dont 7 mortels) ont été diagnostiqués
dans les états de la côte Est des USA. Cette épidémie,
plus fortement localisée dans la ville de New York, fut à nouveau
observée lors de l'été 2000 (21 cas d'encéphalite dont
2 décès) faisant craindre une persistance de l'infection
dans toute cette région. En effet l'isolement du WNV
a été possible à partir de très nombreux oiseaux sauvages
et de moustiques.
- En 2001, une nouvelle épidémie
est observée sur la côte est des USA (66
cas humains et 9 décès), mais la présence
de moustiques ou d'oiseaux sauvages contaminés
est décrite dans l'Ontario et le Michigan. Cette
zoonose a atteint 738 chevaux dont 150 morts. La persistance
de cette affection dans ces régions devient de
plus en plus une certitude.
- En 2002, aux USA on a comptabilisé 4.156
cas humains avec 284 morts. Le nombre de chevaux contaminés
ayant présentés des signes cliniques s'est élevé à 15.257
dont plus de 4.300 morts dans 40 états de ce pays,
un nombre supérieur de cas de plus de 95% par
rapport à 2001. De nombreux cas sont décrits
au Canada et d'autres espèces animales présentent
les signes cliniques de cette affection : chiens, cervidés, écureuils,
loups, animaux de zoos, etc.. Le 17/12/2002, les Services
Vétérinaires Américains ont placé l'infection
par le West Nile Virus dans la liste des maladies endémiques
aux USA, comme les Encéphalites virales de l'Est,
de l'Ouest et du Vénézuela.
- En 2003, l'infection persiste
toujours aux USA et au Canada. Des cas ont été signalés
en République Dominicaine et au Mexique. En Amérique
du Nord, les derniers chiffres à fin 2003 font état
de 9.122 cas humains avec 223 décès. L'épidémie
semble plus présentes dans certains états
comme le Colorado, le Nebraska et le Dakota du Sud (60%
des cas observés dans ces 3 états). Le
premier cas a été observé en Californie.
Concernant les chevaux on dénombrait à fin
2003, 4.636 cas.
- Toujours en octobre 2003,
sept cas humains ont été diagnostiqués
en France dans le département du Var.
Le plus souvent, ces foyers d'encéphalite
humaine due au WNV sont accompagnés de nombreux
cas d'encéphalite chez les chevaux.
Les cas d'équidés atteints les plus récents
ont été diagnostiqués en Roumanie (1996)
au Maroc (1996), en Italie (Toscane 1998), aux USA (1999,
2000, 2001 et 2002) ainsi qu'en France (2000). Dans ces foyers
la séroprévalence est parfois élevée
alors que le nombre des cas cliniques est relativement faible
avec une mortalité de l'ordre de 20% à 30%
des animaux ayant présenté des signes cliniques
(60 chevaux atteints lors de l'épizootie de 2000 aux
USA dont 23 sont morts ou euthanasiés).
En France, la dernière épizootie qui a eu lieu
en Camargue a touché plus de 80 chevaux, incluant
une vingtaine de morts . Une enquête sérologique
pratiquée sur 5.107 chevaux a révélé une
séropositivité de 8,5% (432). En septembre
2003, un premier cas positif a été observé sur
un cheval dans le département du Var.
Ces épizooties surviennent en fin d'été et
au début de l'automne et coïncident avec la période
d'activité maximale des moustiques vecteurs.

Signes cliniques chez l'homme
L'incubation est comprise entre
3 et 14 jours. Les signes cliniques n'apparaissent que
chez moins de 20% des individus contaminés. Les personnes âgées
ou atteintes d'affections intercurrentes sont beaucoup
plus prédisposées au développement de la symptomatologie.
La maladie due au WNV débute par des signes grippaux : fièvre,
céphalées, vomissements, asthénie avec dans plus de 50% des
cas un rash cutané érythémateux. L'évolution se fait suivant
3 modalités différentes :
- forme aiguë fébrile (la très
grande majorité des cas) évoluant vers une guérison spontanée
sans séquelle au bout de quelques jours
- méningite aiguë pouvant évoluer
vers la chronicité (parésie, ataxie) et la mort dans
2% des cas
- encéphalopathie aiguë avec
altération de la conscience, tremblements des extrémités,
ataxie, tétraplégie, etc. pouvant entraîner la mort dans
15% des cas.

Signes cliniques chez le cheval
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Chez le cheval, comme chez
l'homme, la virémie est beaucoup plus faible et limitée
que chez les oiseaux. Aussi dans de très nombreux cas
la contamination par un moustique infecté ne se traduira
par aucun signe clinique mais uniquement par une séroconversion.
Ce n'est que lorsque le virus atteint le système nerveux
central que les signes cliniques vont se manifester.
Après une courte période d'incubation (4 à 6 jours) les chevaux infectés font
un court épisode fébrile suivi par une ataxie plus ou moins importante des membres
postérieurs, de l'inappétence et de l'asthénie. La démarche devient hésitante,
voire impossible, la tête est portée inclinée, la mastication est difficile ou
impossible, et des contractions musculaires apparaissent. Dans les cas les plus
sévères on note une paraplégie voire une tétraplégie qui empêche le cheval de
se lever. A ce stade des convulsions peuvent être provoquées par des stimuli
extérieurs ou alors les lésions nerveuses entraînent un coma profond.
La récupération clinique peut survenir sans trop de séquelles importantes mais
lors de polio-encéphalomyélite avec hémorrhagies au niveau du système nerveux
central la mort survient inexorablement. |

Diagnostic
Le diagnostic différentiel doit être
fait vis-à-vis de la forme nerveuse de l'EHV-1, de la rage,
de la myélo-encéphalite à protozoaires, du botulisme, du
tétanos ou d'intoxications accidentelles.
Le diagnostic de certitude est réalisé par l'isolement
viral ou par PCR à partir de prélèvements post-mortem du
cerveau et de la moelle épinière. La sérologie est de peu
d'utilité dans la mesure où, expérimentalement, il a été démontré que
la séroconversion survient entre 30 et 42 jours après l'infection
chez le cheval.
Il n'existe pas de traitement spécifique ni de vaccin. Des
traitements symptomatiques permettent d'améliorer l'évolution
des signes cliniques.

Références
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