| Grippe Equine
Memento pratique d'identification
de la grippe équine
Trois virus différents de la grippe
sont identifiés chez les équidés :
- Equine-1 (H7N7) ou A/equi
1/Prague/1/56 (H7N7),
- Equine-2 (H3N8) ou A/equi 2/Miami/1/63
(H3N8),
- Un autre sous-type différent
(H3N8) isolé en Chine (A/Equi 2/Jilin/89).
Le premier virus de la grippe équine
fut isolé à Prague en 1956 (A/Equi 1/Prague/56). Des études
sérologiques ont montré que ce virus était présent dans
la population équine en Europe dès 1948 et aux USA à partir
de 1957. De nombreuses épizooties ont été décrites, mais
depuis une vingtaine d'années les épizooties dues à A/
equi 1 sont très rarement rapportées, à l'exception, peut-être,
de quelques cas en Europe centrale et en Asie.
Le virus A/equi 2 fut isolé pour la première fois à Miami
en 1963 sur un cheval provenant d'Argentine. Depuis de très
nombreuses épizooties dues à des virus A/equi 2 sont observées
régulièrement dans le monde entier. C'est le sous-type majeur
de virus influenza qui infecte les équidés et il présente
des dérives antigéniques régulières.
Plus récemment, un sous-type différent a été à l'origine
d'une sévère épizootie en Chine (A/Equi 2/Jilin/89). Plus
de 80% de la population équine fut affectée par ce virus
qui provoqua des taux de mortalité de plus de 35% dans certaines
zones. Ce virus est très vraisemblablement d'origine aviaire
et a donné lieu à des épizooties successives de 1989 à 1994
en Asie.
Epidémiologie
Les épizooties
de la grippe équine sévissent dans le monde entier à l'exception
de l'Australie, la Nouvelle-Zélande et de l'Islande qui sont
les seules régions indemnes. En Europe et aux USA d'importantes épizooties
sont observées régulièrement depuis une trentaine d'années.
L'Inde et l'Afrique du Sud ont été contaminées il y a une
quinzaine d'années par l'introduction de chevaux venant d'Europe
ou des USA. Alors que la dernière épizootie due à la souche
A/equi 1 a été observée en 1979, quelques foyers subsisteraient
encore en Europe centrale sur des chevaux non vaccinés.
En Amérique du Nord et en Europe, de très nombreux foyers à allure épizootique
dus à A/equi 2 ont été observés entre 1978 et 1981 à la fois
sur des chevaux vaccinés et non vaccinés. Depuis, on observe
des foyers beaucoup plus localisés. De 1993 à 1997, plusieurs
foyers ont été rapportés en Suède, Suisse, France, Grande
Bretagne et Europe Centrale.
La climatologie est un facteur favorisant de la propagation
de la maladie (hivers froids et humides), mais ce sont
surtout les déplacements des chevaux qui assurent la plus grande
source de contamination. Un cheval infecté peut contaminer
d'autres chevaux jusqu'à 35 mètres de distance uniquement
par l'aérosolisation du virus lors d'épisodes de toux. De
même la contamination par le vent peut se faire jusqu'à 8
kilomètres autour d'un foyer de grippe équine. Les objets
inanimés (vans, licols, sellerie, mangeoires) ainsi que le
personnel jouent également un rôle non négligeable dans la
transmission du virus. Pendant l'été, les mouches peuvent également
constituer une source de contamination. Les chevaux partiellement
immunisés font des formes sub-cliniques, mais sont excréteurs
de virus.
Dérive antigénique
des souches A/equi 2
Actuellement
on ne connaît pas de dérive antigénique des souches du
type A/equi 1. La souche A/equi 1/Prague/56 ne présente
aucune dérive antigénique par rapport aux souches correspondantes
isolées très récemment en Europe Centrale. Par contre les
souches de type A/equi 2 connaissent une dérive antigénique
plus ou moins régulière. C'est ainsi que la souche d'origine
A/equi 2/Miami/63 a une communauté antigénique inférieure à 50%
vis-à-vis des souches actuellement isolées sur le terrain.
Historiquement, ces variations antigéniques ont donné lieu à des
changements des souches vaccinales. Au début les vaccins
contenaient la souche Miami/63, puis Fontainebleau/79 ou
Kentucky/81 (ces 2 souches sont quasiment identiques) et
ensuite Suffolk/89.
Dans les années 90, plusieurs foyers de grippe équine ont été observés
sur des chevaux vaccinés. L'isolement des virus en cause
a permis de mettre en évidence l'existence de deux nouveaux
variants du sous-type A/equi 2. Une de ces souches semblait
prédominer en Europe (Type A/equi 2/Newmarket/2/93 ou Type "Européen")
alors que l'autre, antigéniquement différente, semblait prédominer
en Amérique du Nord (Type A/equi 2/Newmarket/1/93 ou Type "Américain").
Ces deux souches entraînent une immunité croisée relativement
limitée. En réalité ces 2 souches peuvent cohabiter, le type "Américain" a
donné lieu à plusieurs foyers de grippe équine en Europe
et le type "Européen" est identifié en Amérique
du Nord.
- Dérive antigénique des virus
A/equi 2
• 1963: A/equi/2/Miami/63
• 1972: A/equi/2/Algiers/72
• 1979: A/equi/2/Fontainebleau/79 = A/equi/2/Kentucky/81
• 1989: A/equi/2/Suffolk/89
• 1989: A/equi/2/Jilin/89
• 1992: A/equi/2/Hong Kong/92
• 1993: A/equi/2/Newmarket/2/93 = Type "Européen"
• 1993: A/equi/2/Newmarket/1/93 = Type "Américain"
• 1993: A/equi/2/Kentucky/94 = Type "Américain"
• 1998: A/equi/2/Grosbois/98 = Type "Européen"
Pathogénie Après
inhalation, le virus grippal se multiplie dans les cellules épithéliales
du tractus respiratoire et provoque leur lyse lors de l'émergence
des virions. Il s'en suit une excrétion massive de virus dans
tout l'appareil respiratoire incluant la muqueuse nasale, les
sinus, le nasopharynx et la trachée. La lyse des cellules infectées
provoque une large desquamation de l'épithélium, une destruction
des cils, une hypersécrétion de mucus et une nette altération
du transport mucociliaire. De ce fait les défenses locales
sont amoindries et des bactéries pathogènes opportunistes vont
pouvoir se multiplier (Streptococcus zooepidemicus ou Pasteurella/Actinobacillus
spp.).
L'inflammation des tissus infectés entraîne une infiltration
lymphocytaire massive ainsi qu'un œdème. La récupération complète
des tissus lésés demande plus de 6 semaines et lors d'atteinte
respiratoire sévères, les chevaux sont incapables de participer à des
compétitions pour des périodes pouvant aller au-delà de 3 mois.

Signes Cliniques
Après
contamination l'incubation est de courte durée (1 à 3 jours)
et les sujets infectés excrètent le virus pendant 2 à 3 semaines.
Les premiers signes cliniques apparaissent conjointement et
très soudainement: fièvre marquée (39° à 41,5°C) oscillante
et biphasique, toux sèche et quinteuse, jetage nasal séreux,
inappétence, léthargie et contagion très rapide aux autres
chevaux. Pendant cette phase aiguë de la maladie, l'auscultation
révèle des sifflements à l'inspiration.
Le syndrome fébrile dure de 1 à 5 jours, alors que la toux
peut persister plusieurs semaines. L'évolution de la symptomatologie
peut varier en fonction du statut vaccinal et des éventuelles
complications bactériennes de surinfection. Dans ce dernier
cas, on assiste le plus souvent à un nouvel épisode fébrile
survenant 2 à 3 jours après le premier, nettement plus marqué (40° à 41,5°C)
et de plus longue durée. Ce deuxième pic d'hyperthermie s'accompagne
d'un jetage mucopurulent, de toux et d'une aggravation de l'état
général. L'auscultation révèle des râles muqueux inspiratoires
et des râles crépitants à l'expiration.
L'infection virale modifie la flore bactérienne normale des
voies respiratoires supérieures. On note une forte multiplication
de Staphylococcus aureus et de Streptococcus zooepidemicus
qui vont faciliter le développement d'une flore bactérienne
pathogène.
Diverses autres complications peuvent survenir: bronchite,
bronchiolite, pharyngite, pleurésie, infection des poches gutturales
et myocardite. Ces complications sont principalement observées
sur de jeunes poulains ou sur des chevaux plus âgés mis à l'entraînement
pendant ou juste après un épisode de grippe équine. Certaines
de ces complications vont entraîner une augmentation de la
résistance des bronches et de la trachée à l'écoulement de
l'air d'où le plus souvent un allongement de la période de
convalescence après une grippe équine. De nombreuses études
ont montré la relation entre l'infection par le virus grippal
et la maladie obstructive respiratoire chronique (COPD).
Dans certains cas, lorsqu'en particulier les chevaux ne sont
pas observés quotidiennement, la première phase virale de l'infection
peut paraître évoluer de façon plus discrète et n'incite pas à une
consultation vétérinaire jusqu'à ce que des symptômes plus
sévères n'apparaissent lors de surinfections bactériennes et/ou
de broncho-pneumonie.
Contrairement à une idée répandue, les ânes sont particulièrement
sensibles à l'infection par le virus grippal et dans ce cas
manifestent des signes cliniques beaucoup plus sévères que
les chevaux.
Diagnostic
- Diagnostic de suspicion :
- Fièvre modérée (39 à 40°C)
- Toux sèche et fréquente
- Contamination très rapide de l'effectif.
- Diagnostic de confirmation
:
- Réaliser des écouvillonages naso-pharyngés
le plus tôt possible pour mise en évidence du virus par tests
ELISA, immunofluorescence, mise en culture du virus ou par
PCR.
- Confirmation a posteriori :
- Deux prélèvements sanguins (1 très
précoce, le second 2 à 3 semaines plus tard) pour examen sérologique
:
- HI Test (anticorps inhibant l'hémagglutination): minimum
pour la positivité = augmentation du titre de quatre dilutions.
- SRH Test (hémolyse radiale): minimum pour la positivité =
augmentation de la surface d'au moins deux fois.

Traitement - Prévention
La
nature très contagieuse de la grippe équine impose une mise
en quarantaine de tous les chevaux atteints de troubles respiratoires
pendant au moins 15 jours pour prévenir toute diffusion du
virus à d'autres chevaux ou élevages. Les poulains et yearlings
seront tenus à la plus grande distance possible des chevaux
infectés. La mise en quarantaine (pendant 15 jours) de tout
cheval nouvellement introduit devrait être appliquée en routine
afin de prévenir l'introduction de la grippe ainsi que d'autres
maladies infectieuses.
Le repos au box est l'élément essentiel du traitement. Il doit
durer en nombre de semaines le même nombre que de jours d'hyperthermie
(5 jours de fièvre = 5 semaines de repos) du fait de la longue
période nécessaire à la récupération de l'intégrité de la muqueuse
respiratoire. Une remise trop précoce à l'entraînement ou à la
compétition peut se traduire par des performances médiocres
mais surtout par un risque élevé de voir apparaître une maladie
obstructive respiratoire chronique. Les animaux doivent être
maintenus dans des locaux bien ventilés et le moins poussiéreux
possible.
L'antibiothérapie ne sera utilisée que lors de confirmation
d'infection secondaire (fièvre persistante, présence de râles
crépitants). Lors d'hyperthermie prolongée on pourra avoir
recours de façon limitée aux anti-inflammatoires non stéroïdiens.
En cas d'insuccès du traitement antibiotique, il faut réaliser
une culture bactérienne à partir d'un lavage trachéal ainsi
qu'un antibiogramme. Certains traitements spécifiques antiviraux
sont parfois utilisés (amantadine, rimantadine). Ils ont un
intérêt dans la prévention de chevaux en contact avec des chevaux
infectés ou dans la prévention des complications secondaires.
La vaccination d'urgence d'un effectif contaminé est parfois
pratiquée. Les résultats en sont limités du fait d'un délai
minimum de 10 jours avant que l'immunité post-vaccinale ne
soit à un niveau suffisant.
Immunité :
L'immunité vis-à-vis
du virus grippal est essentiellement une immunité humorale
liée à la présence d'anticorps dirigés contre l'Hémagglutinine(HA)
et la Neuraminidase(NA). Il y a une corrélation directe entre
le taux d'anticorps mesurés par SRH et la protection vis-à-vis
des signes cliniques et de l'infection. Lors d'infection par
le virus grippal, il y a production d'anticorps sécrétoires
(IgA) au niveau de la muqueuse respiratoire. Cependant ces
anticorps locaux auraient un pouvoir protecteur limité en l'absence
de taux élevés d'anticorps SRH. L'infection par le virus influenza
entraîne également la production de cellules cytotoxiques qui
sont spécifiques.
Des titres en anticorps humoraux SRH ³ 100 mm2 sont considérés
comme protecteurs vis-à-vis des signes cliniques dans la majorité des
cas. Cependant il faut des titres de l'ordre de 150 mm2 pour
protéger contre les symptômes et l'infection.
Chez le poulain, la transmission des anticorps maternels entraîne
une protection passive de durée variable (de 3 à 6 mois). En
présence d'un taux élevés de ces anticorps maternels la réponse
immune post-vaccinale sera inhibée. Il a même été démontré que
des vaccinations antigrippales pratiquées trop tôt chez le
poulain pouvait induire une tolérance au virus beaucoup plus
qu'une immunité solide; des vaccinations trop précoces ou trop
répétées peuvent induire une inhibition de la réponse immune
post-vaccinale pour une durée pouvant aller jusqu'à un an.
Il est donc recommandé de ne vacciner les poulains qu'à l'âge
de 6 mois surtout s'ils sont issus de juments régulièrement
vaccinées ou dont le dernier rappel vaccinal a été effectué dans
le dernier tiers de la gestation.
Vaccination :
Chez les chevaux, la vaccination contre la grippe équine
entraîne une protection souvent incomplète. Les chevaux vaccinés
sont protégés des signes cliniques majeurs et des complications,
mais peuvent manifester de très courts épisodes fébriles tout
en excrétant le virus. La vaccination évite cependant les longues
périodes de convalescence qui s'imposent pour les chevaux infectés
non vaccinés et une reprise beaucoup plus rapide des activités
d'entraînement ou de compétition.
Habituellement les vaccins contiennent au moins les deux types
de virus (A/equi/1 et A/equi/2) et sont associés à d'autres
valences vaccinales comme le tétanos ou les herpès virus équins.
Les souches vaccinales du type A/equi/2 varient en fonction
des dérives antigéniques. Les "anciennes souches" (Miami/63,
Fontainebleau/79, etc.) ne correspondent plus aux souches terrain
actuelles et ne peuvent assurer une protection suffisante.
Les recommandations de l'OIE et de l'OMS sont d'utiliser les
souches correspondants aux types "Américain" et "Européen".
Les souches A/equi 2/Newmarket/1/93 et A/equi 2/Newmarket/2/93
sont les souches de référence.
Le schéma classique de vaccination consiste en une primo-vaccination
(2 injections à 4/6 semaines d'intervalle) suivie d'un premier
rappel 6 mois plus tard et ensuite des rappels annuels. En
Europe depuis 1981, les Codes des Courses prévoient un schéma
voisin qui est adopté par la plupart des Jockey Clubs et des
Sociétés de Course:
• Deux injections séparées d'un minimum de 21 jours
et d'un maximum de 92 jours.
• Ensuite un premier rappel doit être pratiqué dans un délai
compris entre 150 et 215 jours à compter de la date de la deuxième
injection de la primo-vaccination.
• Ensuite des rappels réguliers sont à réaliser à des intervalles
inférieurs à 365 jours.
• Les chevaux ne peuvent participer à une épreuve dans les
10 jours qui suivent les injections de rappel.
• Dans le cas où les délais des rappels seraient dépassés,
il faut reprendre tout le schéma vaccinal à partir des 2 injections
de la primo-vaccination.
Suivant les pays ou les Sociétés de Courses, le premier rappel à 6
mois n'est pas exigé, ou alors, comme en Allemagne, les rappels
sont obligatoires tous les 6 mois.
Dans les haras, les juments seront vaccinées un mois avant
la mise-bas et les poulains à partir de 6 mois d'âge.
Le niveau et la durée de la réponse immune post-vaccinale dépendent
de la quantité d'antigènes HA incorporés dans le vaccin, du
pouvoir immunogène de l'adjuvant, du niveau de purification
des antigènes vaccinaux ainsi que du nombre d'injections. Les
yearlings et les jeunes chevaux sont considérés comme de mauvais
répondeurs ou ont une réponse immune protectrice de courte
durée. Avant la mise à l'entraînement un jeune cheval devrait
avoir reçu au moins 4 injections vaccinales et 5 injections
vaccinales avant de participer à une compétition.
L'amélioration de la protection vis-à-vis des signes cliniques
mais aussi de l'infection, l'industrie vétérinaire développe
de nouvelles voies vaccinales qui vont de vaccins vivants atténués
administrés par voie intranasale (pour stimuler la réponse
immune locale), à des vaccins recombinants plus immunogènes
et permettant une vaccination en présence d'anticorps maternels.
Références
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foyer de grippe?, Prat Vét Equine, 1999, 31 (124).
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