ENCEPHALOMYELITES VIRALES
On regroupe sous le vocable d'encéphalomyélites
virales des équidés des affections zoonotiques semblables,
à dominante neurologique, transmises par des insectes
hématophages, mais induites par des virus différents appartenant
à la famille des Arbovirus. En règle générale ces affections
virales sont très répandues dans les Amériques, l'Asie, le
Japon et l'Europe Orientale, mais restent inconnues ou
exceptionnelles en Europe.
Etiologie
La famille des Arbovirus est
divisée en deux sous-familles : les Togaviridae et
les Flaviviridae (virus susceptibles d'infecter les équidés).
Sous-famille des Togaviridae
Genre Alphavirus (ou arbovirus
du groupe A)
- Sinbis virus
- Virus de l'encéphalite
équine de l'Est
- Virus de l'encéphalite
équine de l'Ouest
- Virus de l'encéphalite
équine du Venezuela
- Getah virus
- Sagiyama virus
- Virus de la forêt
de Semliki
- etc...
Genre Rubivirus
Sous-famille des Flaviviridae
Genre Flavivirus (ou arbovirus
du groupe B)
Sous-groupe du virus de
la Fièvre Jaune
Sous-groupe des encéphalites
à tiques
- Virus de la Forêt de Kyasanur
- Louping ill
- Virus de la Fièvre hémorrhagique d'Omsk
- Virus de Povassan
- Virus de Langat
- Virus
de l'encéphalite verno-estivale russe
- Virus des encéphalites d'Europe Centrale
- Virus de Hanzalova
Sous-groupe du virus
du Rio Bravo
- Virus Bukalasa de la chauve-souris
Sous-groupe de l'encéphalite
japonaise
- Virus de l'encéphalite japonaise
- Virus de l'encéphalite de la vallée
de Murray
- Virus de l'encéphalite de St Louis
- Virus West-Nile
Sous-groupe du virus de
la dengue
- Virus de la dengue (4 sérotypes)
Sous-groupe apparenté
Genre Pestivirus
- Virus de la peste porcine classique
- Virus de la maladie des muqueuses
- Virus de la border disease
Genre Hepacivirus
Ce sont des virus sphériques
à ARN, avec une enveloppe lipidique portant des glycoprotéines,
ayant une nucléocapside isométrique, de 40 à
70 nm de diamètre.
Dans le genre Alphavirus on connaît plus de 30 espèces
différentes dont 6 sont pathogènes pour le cheval.
Dans le genre Flavivirus on dénombre plus de 80
espèces dont près de 30 ont un pouvoir pathogène
pour le cheval.
La plupart des virus "équins"
sont également pathogènes pour d'autres espèces
animales ainsi que pour l'homme. Ils cultivent et induisent
un effet cytopathogène dans de nombreux systèmes
cellulaires ainsi que chez le souriceau nouveau-né.
Alors que certains des virus de la famille des Arbovirus ne
sont pas transmis par des insectes vecteurs, les différents
virus responsables des encéphalites équines
ont un mode de transmission exclusivement par le biais d'arthropodes
hématophages, vecteurs chez lesquels les virus se multiplient.
Comme la plupart des virus enveloppés, les arbovirus
sont sensibles aux solvants lipidiques ainsi qu'à la
plupart des désinfectants.
Au sein des différents groupes il y a une certaine
communauté antigénique induisant des réactions
sérologiques croisées. Il existe, au sein de
chaque espèce, des sérotypes ou des variants
qui, dans certains cas, ont des propriétés pathogéniques
différentes.
Epidémiologie
Encéphalites d'Europe
Centrale
Sous cette appellation, on
peut regrouper un certain nombre d'encéphalites
à Flavivirus (encéphalite verno-estivale
russe ou encéphalite de la taïga, encéphalite
d'Europe centrale, encéphalite à tiques,
etc.) transmises essentiellement par des tiques du
genre Ixodes et localisées en Europe Centrale,
Russie, Scandinavie, Suisse, Allemagne, Autriche, Alsace,
etc. Chez l'homme, la contamination peut également
se faire par consommation de lait cru d'animaux infectés.
Il s'agit d'une zoonose affectant principalement
les humains, mais pouvant atteindre la plupart des mammifères
domestiques et sauvages qui constituent le réservoir
de cette virose.
L'incubation dure de 2 à 28 jours après
la morsure de tique infectée (1 à 2 semaines
en moyenne) et la maladie se traduit par un syndrome
de type grippal qui persiste quelques jours. Ce n'est
que dans moins de 10% des cas que se développeront
des troubles méningés d'évolution
rarement fatale. Il existe un vaccin inactivé
utilisé chez l'homme.
L'incidence clinique exacte de ces encéphalites
à tiques est très mal connue chez les
équidés. Quelques enquêtes sérologiques
ont pu mettre en évidence une séroprévalence
dans des foyers limités.
Louping ill
Encéphalite virale transmise
par des tiques du genre Ixodes, identifiée
pour la première fois sur les ovins en Ecosse et
en Angleterre, cette affection est également présente
dans la péninsule ibérique et est apparentée
aux autres encéphalites virales connues en Europe.
Les ovins représentent l'espèce animale
la plus concernée par cette maladie qui peut
cependant se manifester chez l'homme, le cheval, les
bovins et certains mammifères sauvages.
Chez les équidés le Louping ill se manifeste
par une affection fébrile qui dure de 1 à
4 jours, ce n'est que très exceptionnellement
que des troubles méningés vont se développer.
L'encéphalomyélite
équine de l'Ouest
Cette encéphalite virale
est transmise par des moustiques (Aedes aegypti
et Culex tarsalis), le réservoir du
virus étant constitué d'oiseaux sauvages
qui assurent la réplication du virus sans en souffrir.
La contamination de l'homme ou du cheval par ce virus
constitue un cul de sac épidémiologique.
Cette virose est localisée au Canada, à
la partie Ouest des Etats-Unis, au Mexique, en Amérique
Centrale, en Argentine et au Brésil. Elle sévit
sous forme d'épizooties localisées. Son
incidence était très importante avant les
années 50 et la mise en place des premières
vaccinations. C'est ainsi qu'en 1942, plus de 300.000
cas furent décrits chez les chevaux aux USA et
plus de 3.000 cas humains. L'épidémiologie
de l'encéphalomyélite équine de l'Ouest
est directement liée à celle des moustiques
vecteurs (zones chaudes et humides, présence d'oiseaux
sauvages, etc.).
L'encéphalomyélite
équine de l'Est
Très proche de la
précédente, l'encéphalomyélite
équine de l'Est est transmise par des moustiques
: Culiseta melanura et Aedes sollicitans
aux USA, Culex taenopius, Culex nigripalpus
et Culex panacossa en Amérique Centrale
et en Amérique du Sud. Le réservoir de
virus est assuré par des passereaux et des faisans.
C'est également une zoonose.
L'encéphalomyélite équine de l'Est
se rencontre sous forme de foyers épizootiques
dans les Etats américains de la côte atlantique
des USA, dans la zone des Caraïbes ainsi qu'en
Amérique Centrale et du Sud.
L'encéphalomyélite
équine vénézuélienne
L'encéphalomyélite
équine vénézuélienne est
due à plusieurs alphavirus regroupés au
sein d'un "complexe" de virus comprenant
6 sous-types, dont le sous-type I renferme lui-même
6 variants. Certains de ces sous-types, comme le IA,
IB et IC sont particulièrement virulents pour
l'homme et les équidés, alors que d'autres
sous-types ont un pouvoir pathogènes beaucoup
plus réduit.
La transmission de cette virose est réalisée
par plusieurs espèces différentes de
moustiques, le réservoir de virus est constitué
de petits mammifères sauvages qui diffèrent
en fonction des sous-types viraux.
A l'inverse des autres encéphalomyélites
virales équines américaines, l'encéphalomyélite
vénézuélienne provoque une très
forte virémie avec les sous-types IA, IB et IC.
Le cheval constitue donc un des réservoirs
de cette virose et la contamination humaine peut se
faire à partir de moustiques infectés
lors d'un repas de sang sur des chevaux.
De nombreux foyers ont été observés
au Mexique, en Amérique Centrale, dans la partie
Nord de l'Amérique du Sud, aux Caraïbes.
Quelques foyers ont été décrits
au Texas et en Floride. Actuellement l'incidence
de cette zoonose a considérablement baissé,
mais sa re-émergence reste à craindre.
Encéphalite japonaise
Cette encéphalite
virale d'allure zoonotique est observée au Japon,
en Chine, en Inde, en Indonésie, à Taiwan,
en Thaïlande, etc. La transmission de cette virose
se fait par des moustiques (Aedes spp
et Culex spp), le réservoir du virus étant
constitué de certains oiseaux aquatiques
(héron, aigrettes) et surtout du porc domestique.
Ces différentes espèces animales assurent
la multiplication du virus.
Chez le porc adulte l'infection est asymptomatique,
mais les truies gestantes avortent ou donnent naissance
à des ftus momifiés. Chez le jeune
porcelet, on observe des troubles nerveux. Chez l'homme
on observe régulièrement des épidémies
qui se traduisent par de la fièvre et des troubles
méningés pouvant se terminer par la mort
dans 25% des cas.
Les chevaux sont couramment infectés par le
virus de l'encéphalite japonaise qui détermine
de fréquentes épizooties.
Infection par le Getah virus
Le virus de Getah a été
isolé de nombreuses espèces de Culex
ainsi que de chevaux présentant des troubles
cliniques au Japon, en Chine, en Malaisie, en Inde,
en Thaïlande, etc.
D'autres espèces animales comme les porcs, la
volaille et le bétail peuvent également
être infectés par le Getah virus. L'espèce
porcine est considérée comme le réservoir
principal de ce virus. Il ne semble pas que ce virus
puisse être à l'origine de troubles cliniques
chez l'homme.
Des épizooties répétées
de cette affection sont régulièrement
observées au Japon, principalement sur des chevaux
de course avec des taux d'infection variant de 30 à
60%.
Signes cliniques
Les encéphalites virales équines
se traduisent par l'apparition d'un syndrome fébrile plus
ou moins intense accompagné d'anorexie et d'abattement.
Dans la majorité des cas les troubles cliniques s'estompent
en quelques jours mais peuvent s'amplifier lors de l'atteinte
du système nerveux central. Dans ces cas les manifestations
neurologiques peuvent être très variées : troubles de la
démarche, ataxie, photophobie, amaurose, difficultés pour
la déglutition, décubitus et paralysie, coma et mort. Il
peut exister des formes de type paralytique ou des formes
d'hyper-excitabilité avec comportement agressif, sudation
abondante, contractions musculaires, collapsus et mort.
Dans l'infection à Getah virus, les troubles nerveux sont
souvent absents. On note principalement de la fièvre, un
œdème des membres, des papules cutanés de type urticarien,
un jetage nasal séreux ainsi qu'une discrète polyadénite.
L'évolution de ces troubles se fait sur 1 à 2 semaines,
la mortalité est de l'ordre de 5 à 25% pour l'encéphalite
japonaise, de 20 à 40% pour l'encéphalite de l'Ouest, de
50 à 80% pour l'encéphalite vénézuélienne et de 90% pour
l'encéphalite de l'Est. Les autres arboviroses équines sont
très rarement mortelles.
Diagnostic
Le diagnostic différentiel de ces encéphalomyélites
virales doit être fait vis-à-vis de la rage,
de l'encéphalite à protozoaires, des méningites
bactériennes, de l'hépato-encéphalopathie,
des traumatismes, etc.
L'examen du liquide céphalo-rachidien montre une
augmentation du taux des protéines ainsi qu'une hyper-leucocytose.
La mise en évidence du virus (isolement ou PCR) n'est
pas aisée du fait que la virémie n'existe
plus lorsque les troubles neurologiques débutent.
La sérologie (ELISA, séroneutralisation, fixation
du complément) est souvent d'interprétation
délicate : réactions croisées entre
ces différents virus, faible séroconversion
ou séroconversion tardive.
Traitement - Prévention
Il n'existe pas de traitement
spécifique. On réalise des traitements
symptomatiques : anti-inflammatoires non-stéroïdiens,
corticothérapie, réhydratation, myorelaxants,
sédatifs, etc.
La prévention est basée sur la vaccination.
Des vaccins vivants atténués contre les encéphalomyélites
équines de l'Est et de l'Ouest sont très largement
utilisés en Amériques. Les vaccins vivants
atténués contre l'encéphalomyélite
vénézuélienne ne protègent que
vis-à-vis des sous-types IA et IB. Un vaccin inactivé
contre l'encéphalite équine japonaise est
couramment utilisé au Japon ainsi qu'un vaccin inactivé
contre l'infection par le Getah virus.
Contre les encéphalomyélites européennes
seuls des vaccins humains inactivés sont disponibles.
Le code zoo-sanitaire international prévoit certaines
mesures pour l'importation des équidés provenant
des zones infectées par les encéphalomyélites
de l'Ouest, de l'Est et Japonaises. Un certificat vétérinaire
international doit attester que :
les animaux n'ont présenté le jour de leur
chargement, ni durant les 3 mois précédents,
aucun signe clinique d'encéphalomyélite équine
de l'Est, de l'Ouest ou Japonaise
ont séjourné, durant les 3 mois ayant précédé
leur chargement, dans une exploitation dans laquelle aucun
cas d'encéphalomyélite équine de l'Est,
de l'Ouest ou Japonaise n'a été déclaré
officiellement pendant cette période
ou sont restés,
durant les 21 jours ayant précédé le
chargement, en station de quarantaine et ont été
protégés des insectes vecteurs pendant la
quarantaine et au cours du transport jusqu'au lieu de chargement
ou ont été vaccinés 15 jours au moins
et un an au plus avant leur chargement.
La réglementation est assez similaire en ce qui concerne
l'encéphalomyélite vénézuélienne,
s'y ajoute, pour les animaux non vaccinés, l'obligation
d'une épreuve expérimentale pour la recherche
de l'encéphalomyélite vénézuélienne
au plus tôt 14 jours après la mise en quarantaine.
Références
Sugiura T; Shimada K J
Seroepizootiological survey of Japanese encephalitis virus and Getah virus in regional horse race tracks from 1991 to 1997 in Japan
Vet Med Sci 1999 Aug; 61(8): 877-81
de Bellard ME; Levine S; Bonilla E
Venezuelan equine encephalitis
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Brown CM; Timoney P
Getah virus infection of Indian horses
J Trop Anim Health Prod 1998 Aug;30(4): 241-52
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