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Diarrhée à Rotavirus

Chez le poulain, la diarrhée est une manifestation pathologique très fréquente qui concerne plus de 70% des animaux entre la naissance et l'âge de 6 mois. Les causes de cette diarrhée sont multiples et incluent les déséquilibres alimentaires, les stress, le retour en chaleur de la jument allaitante, ainsi que différents agents pathogènes qui interviennent le plus souvent comme éléments de complication mais qui peuvent se manifester de façon primitive du fait de leur pouvoir pathogène élevé. Pendant très longtemps, seuls des parasites (Strongyloides westeri) et des bactéries (salmonelles, actinobacilles, etc.) ont été incriminés dans la manifestation des diarrhées. Ce n'est que depuis une vingtaine d'années que l'étiologie virale a été considérée comme une des causes principales de ces diarrhées.
Parmi les virus en cause on trouve des Coronavirus (dont le rôle pathogène chez le poulain demeure mineur) et des Rotavirus qui pourraient intervenir (seuls ou associés à d'autres pathogènes) dans plus de 50% des cas de diarrhée du poulain.


Etiologie: Les Rotavirus sont des virus à ARN, non enveloppés, appartenant à la famille des Réoviridés et au genre Rotavirus lui-même divisé en 7 sérogroupes (de A à G). Le sérogroupe A renferme la plupart des rotavirus animaux et humains et en particulier les différents rotavirus isolés chez le cheval. Parmi les rotavirus équin de type A, le sérotype 3 ou G3 (comprenant les sous-types G3A et G3B) est le plus souvent isolé chez le poulain. Antérieurement ces souches équines avaient été classées en H-1 (sérotype G5) et H-2 (sérotype G3). Plus récemment deux nouveaux sérotypes G13 et G14 ont été identifiés. Ils appartiennent tous les deux au sérogroupe A.
Cette "classification" des rotavirus est basée sur les propriétés antigéniques de 2 des 6 polypeptides que renferme le virus: VP4 et surtout VP7. Le sous-type G3A est antigéniquement proche de souches de rotavirus porcins alors que le sous-type G3B est voisin du rotavirus humain de type 3 ainsi que du rotavirus canin. Les rotavirus équins sont spécifiques et il n'existerait pas de portage chez les animaux appartenant à d'autres espèces que les équidés.
Les rotavirus sont particulièrement stables et résistants dans le milieu extérieur. Ils survivent plus de 9 mois à température ambiante. Ils sont peu sensibles à la plupart des désinfectants. Ils résistent assez bien au dérivés chlorés, à la chlorhexidine et aux ammoniums quaternaires. Ils sont relativement sensibles aux dérivés phénolés ou iodés et plus particulièrement si ces derniers sont associés à des détergents anioniques, les seuls compatibles avec les sels de phénol.

Espèces: Tous les équidés: chevaux, poneys, ânes, mulets, etc.

Epidémiologie: L'infection se fait par voie oro-nasale à partir des pâturages ou des paddocks contaminés par les matières fécales des adultes qui sont des porteurs/excréteurs sains du virus. Une contamination massive de l'environnement se fait ensuite par les faeces diarrhéiques des poulains infectés. En effet, 1 gramme de faeces diarrhéique peut renfermer jusqu'à 109 particules virales infectantes. D'autre part la reproduction de la maladie chez le poulain n'ayant pas d'anticorps anti-rotavirus ne nécessite que 90 particules virales infectantes.
La contamination provient le plus souvent de l'excrétion du rotavirus par les chevaux adultes et plus particulièrement des juments suitées. De nombreuses études épidémiologiques ont mis en évidence un fort taux de séropositivité vis-à-vis du rotavirus chez les adultes, alors que la recherche du virus dans leurs matières fécales est souvent négative. En fait cette excrétion virale se ferait de façon très irrégulière et à un faible niveau ne permettant pas une détection facile avec les méthodes actuelles. Lors de cas de diarrhées à rotavirus chez les poulains on assiste à une nette séroconversion chez les juments, ce qui indique bien une contamination asymptomatique des adultes au contact d'animaux excréteurs.
La longue persistance du virus dans le milieu extérieur et tout particulièrement dans l'environnement immédiat du poulain représente la source majeure d'infection. L'infection se fait par voie orale par ingestion de matières souillées ou par léchage des murs ou du matériel eux-mêmes contaminés. Ce sont les jeunes poulains (de 2 jours à 2 mois) qui se montrent les plus sensibles à l'infection mais la diarrhée à rotavirus peut être observée sur des poulains jusqu'à 6 mois d'âge. Certains poulains peuvent présenter des infections sub-cliniques ou totalement asymptomatique, mais constituent une source non négligeable de contamination pour leur environnement.

Après une très courte incubation (18 à 24 heures) le virus colonise les cellules épithéliales du sommet des villosités intestinales du duodénum et du jéjunum. L'atteinte de ces cellules va perturber leur pouvoir d'absorption des nutriments et donnera lieu à un syndrome de malabsorption/maldigestion, en particulier des lactates et des sucres, provoquant des diarrhées plus ou moins sévères. La présence de lactose apporté par le lait maternel dans la lumière intestinale induit un appel d'eau vers le contenu intestinal aggravant ainsi le processus diarrhéique. Des fermentations de ces nutriments augmentent la pression osmotique dans la lumière intestinale et accélèrent également le phénomène. Dans la mesure où les cellules des cryptes intestinales ne sont pas affectées, elles vont pouvoir très rapidement remplacer les cellules lésées par le rotavirus.
Dans la majorité des cas et plus particulièrement en élevage, le taux de morbidité dépasse 70% chez les poulains, le taux de mortalité reste cependant très faible du fait que les traitements symptomatiques arrivent à juguler les signes cliniques assez rapidement.

Signes cliniques: Les signes cliniques principaux sont l'apparition brutale d'une diarrhée liquide ou semi-pâteuse (non hémorrhagique et de couleur jaune vif à gris-vert), d'anorexie, d'abattement et de déshydratation rapide du poulain. Il y a très rarement de l'hyperthermie associée à cette diarrhée.
Le plus souvent un certain degré d'hypothermie peut être observé ainsi que de l'hypoglycémie, de l'acidose sanguine, une hypokaliémie en particulier dans les formes les plus sévères.
En règle générale, l'épisode diarrhéique dure 5 à 8 jours mais des complications peuvent survenir: gastrite aiguë et ulcères, perforation de l'estomac, péritonite. La relation de cause à effet entre le rotavirus et l'apparition de ces signes aigus de gastrite demeure inconnue, mais ces complications sont souvent présentes.
La mortalité reste assez faible sauf lors d'atteinte de très jeunes poulains (moins de 3 semaines) ou lors de complications de gastrite aiguë.
L'excrétion virale a lieu pendant toute la période diarrhéique et cesse 3 à 4 jours après la fin des symptômes. Des rechutes de l'infection ne sont pratiquement jamais observées.

Diagnostic: Les diarrhées du poulain sont provoquées par différents agents pathogènes, mais ce n'est que dans moins de 50% des cas que les agents étiologiques sont clairement identifiés. Le diagnostic de certitude est basé sur la coprologie: recherche de virus, coproculture pour les bactéries et coproscopie pour les parasites.
La mise en évidence du rotavirus dans les faeces se fait par un test d'agglutination au latex utilisé en médecine humaine, un test immuno-enzymatique ou un test ELISA. Les antigènes capsidiques des rotavirus étant communs à toutes les souches, ce test permet une détection rapide et aisée du rotavirus équin dans les selles diarrhéiques. En cas de résultat négatif, il y a lieu de refaire le test pendant 3 jours consécutifs.
La microscopie électronique peut également être utilisée pour la mise en évidence des rotavirus dans les faeces. Il faut cependant des concentrations virales au moins égales à 105 par gramme de faeces pour que cet examen soit significatif.
La sérologie offre peu d'intérêt en matière de diagnostic. La séroconversion chez les poulains est tardive ou même parfois absente. De plus la présence d'anticorps séroneutralisants ne correspond pas forcément avec une bonnprotection. La séroconversion (augmentation minimale de quatre dilutions) chez la jument au contact de poulains infectés peut procurer une bonne indication de l'étiologie, cependant cette séroconversion n'est pas toujours présente.
Certaines bactéries (Salmonella spp., Rhodococcus equi, Clostridium spp.) ou des parasites (Strongyloides westeri, Parascaris equorum, Eimeria leukarti) sont susceptibles d'induire des diarrhées de même type. Il y a lieu de les rechercher, d'autant que ces pathogènes peuvent parfaitement coexister avec l'infection à rotavirus. La présence de Campylobacter spp. ou d'Escherichia coli est d'interprétation difficile car ces germes existent chez des poulains sains et leur rôle pathogène demeure incertain. De même, l'infection par Cryptosporidium est plus souvent rencontrée chez des sujets immunodéprimés mais peut aussi se produire chez des poulains immunocompétents.

Traitement: Le traitement des diarrhées à rotavirus est essentiellement basé sur la perfusion de solutés isotoniques de type lactate de Ringer. Du fait d'un certain niveau d'hypokaliémie et d'acidose, le choix des électrolytes doit être adapté. Il est recommandé de suspendre l'administration de lait, dont les constituants aggravent la diarrhée. Les solutions d'électrolytes sont également données par voie orale pour prendre le relais des perfusions intraveineuses.
Les compléments thérapeutiques sont nécessaires: pansements gastro-intestinaux (kaolin, salicylate d'aluminium, attapulgite, etc.), traitement anti-ulcère (omeprazole), antipyrétiques lors de forte hyperthermie (Ketoprofène, flunixine), administration de Lactobacillus (yaourts, probiotiques).
L'utilisation d'antibiotiques n'est pas justifiée dans la majorité des cas. Elle sera réservée aux infections bactériennes concomitantes.

Prévention - Vaccination: L'infection du poulain par le rotavirus est la conjonction du statut immunitaire du poulain et de la quantité et de la virulence du virus ingéré. Lors d'épizooties de rotavirus, il n'est pas rare d'observer des poulains présentant des signes cliniques discrets alors que d'autres vont présenter des symptômes plus sévères. La sensibilité des poulains pourrait être liée au niveau d'anticorps d'origine maternelle eux-mêmes variables en fonction du niveau des anticorps humoraux des mères. Il est donc recommandé de rentrer les juments gestantes au box un mois avant la date présumée du poulinage de façon à ce qu'elles soient exposées aux pathogènes du local et puisse induire une réponse immune humorale correspondante. La prise du colostrum pendant les premières heures de vie du poulain est également un élément capital dans la prévention de cette virose digestive.
La désinfection des locaux sera précédée d'un nettoyage efficace et des mesures hygiéniques (désinfection des mains, usage de gants ou de surbottes) seront à mettre en œuvre auprès du personnel ayant en charge les soins aux poulains malades. L'isolement des poulains atteints complétera l'ensemble de ces mesures.
La vaccination apparaît comme une des méthodes susceptibles d'assurer une bonne prévention de cette virose. Pendant très longtemps la vaccination des juments gestantes à l'aide de vaccins destinés aux bovins et porcins a permis une augmentation significative du taux des anticorps sériques et colostraux, assurant ainsi une protection significative des poulains pendant au moins les 3 premiers mois. Cependant il est difficile d'établir une relation entre le niveau de ces anticorps et le degré de protection. La vaccination des juments gestantes est basée sur le même principe appliqué sur les vaches allaitantes. La présence d'anticorps anti-rotavirus dans le colostrum puis le lait assurerait une neutralisation du virus au niveau de la muqueuse intestinale. Un vaccin destiné aux équins est actuellement disponible dans certains pays. Il induit une augmentation du titre des anticorps sériques et colostraux chez les juments et leurs poulains et semble diminuer l'incidence clinique de la maladie.

Références:
Dwyer RM., Rotaviral diarrhoea, Equine Practice, 1993, 9(2); 311-319.

Dwyer RM., Rotaviral diarrhoea outbreaks in foals: recommended controls and management. Equine Practice, 1991, 86(2); 198202.

Barrandeguy M. et al., Prevention of rotavirus diarrhoea in foals by parenteral vaccination of the mares: field trial. Dev Biol Stand, 1998, 92: 253-7.

Powell DG., Dwyer RM., et al., Field study on the safety, immunogenicity, and efficacy of an inactivated equine rotavirus vaccine. J Am Vet Med Assoc, 1997, 211(2); 193-8.

 
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