| Anémie Infectieuse L'Anémie Infectieuse des Equidés est une
maladie virale pouvant
évoluer sous forme
aiguë mais le plus souvent
de façon chronique
ou asymptomatique et dont
la caractéristique
principale est d'infecter
les chevaux de
manière permanente. L'Anémie
Infectieuse
des Equidés fut identifiée
pour la première
fois en France vers 1843
et son origine virale
fut démontrée par Vallée
et Carré en 1904.
Etiologie: Le virus de l'Anémie Infectieuse Equine (EAIV)
appartient à la famille des Rétrovirus et
à la sous-famille des Lentivirus. Il est
donc très proche d'autres espèces de Lentivirus
comme le virus du Visna-Maedi des ovins,
le virus de l'Immunodéficience Féline (FIV)
et du virus de l'Immunodéficience Humaine
(HIV). C'est un virus à ARN, enveloppé, de
115 nm de diamètre.
Comme tous les lentivirus, il est composé
de 3 parties distinctes:
- Le Core ou noyau viral renferme la ReverseTranscriptase (dont le rôle est de convertir l'ARN viral en ADN et d'assurer son insertion dans le matériel chromosomique de la cellule hôte), une protéine p11 et le génome viral qui code pour trois structures majeures du virus: le gag, qui code pour les protéines internes de structure, le pol, qui code pour la ReverseTranscriptase et une ribonuclease, et enfin l'env, codant pour les glycoprotéines gp90 et gp45 d'enveloppe.
- Une nucléocapside enveloppant le noyau viral
formé d'une protéine p26 associée à deux
autres protéines p9 et p15. La protéine p26
est l'antigène majeur de groupe, est génétiquement
stable et induit une forte réponse immunitaire
humorale qui est mise à profit pour les tests
sérologiques de diagnostic. La protéine p26
est très proche de la p24 rencontrée dans
le FIV et l'HIV.
- Une enveloppe extérieure formée d'une couche
lipidique et supportant deux glycoprotéines,
gp45 et gp90 dont le rôle principal est d'assurer
la pénétration du virus dans la cellule hôte
et qui induisent la production d'anticorps
séroneutralisants. Ces deux glycoprotéines,
et plus particulièrement la gp90, sont l'objet
de fréquentes mutations qui surviennent tout
au long du processus infectieux (tout comme
la gp 120 de l'HIV).
Comme tous les virus enveloppés, EIAV est
très rapidement inactivé par la plupart des
désinfectants à pH acide, aux détergents,
à la chaleur et aux solvants organiques.
Il est plus résistant vis-à-vis des aldéhydes.
Il peut-être cultivé sur des leucocytes d'origine
équine, des cellules spléniques ou dermiques
de cheval ainsi que sur des cellules fœtales
de rein d'équidés.
Espèces: Tous
les équidés:
chevaux, poneys, ânes,
mulets, etc.
Epidémiologie: L'Anémie Infectieuse des Equidés est connue
dans le monde entier. Son
incidence globale
demeure cependant très
faible et le taux
de prévalence est souvent
inférieur à 0,01%.
Cependant des foyers sporadiques
apparaissent
régulièrement.
Le mode essentiel de transmission
est réalisé
par l'inoculation de sang
ou de dérivés sanguins
d'un cheval infecté vers
un cheval naïf.
Cette transmission se fait
essentiellement
par le biais d'insectes
hématophages (Stomoxys
calcitrans, Chrysops spp.,
Tabanus spp.)
susceptibles d'ingurgiter
des volumes de
sang de l'ordre de 10 nanolitres.
Ces insectes
sont des vecteurs passifs
du virus dont le
temps de survie dans les
organes buccaux
ne dépasse pas 4 heures.
C'est donc essentiellement
lorsque le repas de sang
est interrompu par
les mouvements de défense
du cheval que les
risques de transmission
à d'autres équidés
sont maximums. Il a été
démontré que lors
de l'interruption d'un
repas de sang, les
taons cherchaient un autre
hôte dans un rayon
maximum de 50 à 100 mètres,
sinon ils reviennent
sur le même hôte. D'autre
part, les risques
de transmission par ces
insectes hématophages
sont directement liés à
l'importance du niveau
de virémie des chevaux
infectés. C'est essentiellement
lors des phases aiguës
de la maladie que
cette virémie est maximale.
D'autres voies de transmission sont possibles
comme par le biais de seringues ou d'aiguilles
contaminées, de matériel chirurgical mal
stérilisé, ainsi que lors de transfusions
sanguines. La transmission par voie vénérienne
a été également rapportée. Le sperme d'un
étalon infecté peut contaminer la jument
lors de la saillie. De même la transmission
transplacentaire peut survenir entraînant
soit l'avortement soit une mortinatalité.
La transmission du virus par le colostrum
ou le lait semble possible, mais n'a jamais
été démontrée expérimentalement.
L'EIAV ne peut se répliquer
dans d'autres
espèces que les équidés.
Chevaux, poneys,
ânes et mulets représentent
donc le seul
réservoir du virus. Tout
équidé séro-positif
doit être considéré comme
une source potentielle
de diffusion du virus.
L'épidémiologie de l'Anémie
Infectieuse est
directement liée à l'activité
des insectes
hématophages et plus particulièrement
des
taons. Elle peut donc varier
en fonction
des conditions climatiques,
de la proximité
de bois ou taillis qui
représentent l'habitat
préférentiel des taons,
de la densité des
chevaux dans la même pâture
et de l'existence
d'abris fermés qui attirent
très peu les
taons.
Il est difficile d'avoir
une idée précise
de la prévalence de l'Anémie
Infectieuse
dans la population équine.
Les tests sérologiques
permettant d'évaluer cette
prévalence ne
sont pas systématiques
et sont essentiellement
réalisés lors de l'importation
des équidés.
Aux USA, les estimations
les plus récentes
font état d'un nombre de
1.600 chevaux positifs
sur plus d'un million de
tests sérologiques
effectués. Mais il existe
de très grandes
disparités selon les Etats
et le mode de
vie des chevaux. C'est
autour du golfe du
Mexique, là où les insectes
sont les plus
actifs, que les taux de
prévalence sont les
plus élevés. De même l'incidence
dépasse
les 50% dans les populations
de chevaux sauvages.
Au Canada, entre 1993 et
1998, l'incidence
a été comprise entre 0,04
et 0,4 %. En France,
l'incidence est très faible
(près de 100
cas positifs entre 1988
et 1999). Cependant
en septembre 2000, un foyer
primaire a été
identifié dans le Var (36
chevaux positifs
et abattage de 56 équidés)
suivi d'un autre
foyer de 9 chevaux positifs
également abattus.
Signes cliniques: La symptomatologie de l'Anémie Infectieuse
peut varier d'une forme
suraiguë, à une forme
chronique, mais le plus
souvent la maladie
évolue de façon asymptomatique.
Ces différences
dans l'expression de la
clinique sont liées
à des différences de virulence
des souches
sauvages ou à la quantité
de virus inoculé.
- La forme suraiguë apparaît de façon brutale par une forte
hyperthermie (40,5° à 41,5°C), une thrombocytopénie
sévère, de la dépression, de l'anorexie ainsi
qu'une anémie modérée. Dans les cas les plus
sévères on note de l'épistaxis et un important
œdème ventral qui précèdent la mort de quelques
jours. Dans cette forme suraiguë, le virus
peut être isolé des macrophages du sang et
de la plupart des organes (foie, rate, ganglions
lymphatiques, moelle osseuse, poumons, reins).
- La forme récurrente est observée chez les sujets qui récupèrent
de cette forme suraiguë au bout de plusieurs
jours. Ils vont alors manifester de nombreux
épisodes fébriles accompagnés de thrombocytopénie
et de forte asthénie. Ces "crises"
s'accompagnent de phases de virémie et vont
décliner en intensité pour s'estomper dans
un délai de 10 à 15 mois.
- La forme chronique peut éventuellement faire suite à ces épisodes
fébriles. Les conditions générales s'altèrent
progressivement: amaigrissement, anémie prononcée,
oedèmes déclives et parfois mortalité.
- La forme inapparente reste la plus fréquente parmi les chevaux
infectés. Une légère
thrombocytopénie accompagnée
d'une faible hyperthermie
en sont les seuls
symptômes qui passent
généralement inaperçus.
Cependant ces chevaux
asymptomatiques constituent
un réservoir à vie.
- Des formes nerveuses sont parfois observées accompagnées ou non
d'autres signes cliniques.
Pathogénie:
Contrairement à ce que
l'on observe pour
la plupart des lentivirus,
la durée de l'incubation
de l'Anémie Infectieuse
varie de 6 à 30 jours.
La sévérité des signes
cliniques est proportionnelle
au niveau de la virémie.
Le début de la réplication
virale se fait au niveau
des macrophages
présents au niveau du site
d'inoculation.
puis très rapidement dans
les macrophages
des organes splanchniques
(foie, rate, ganglions
lymphatiques, poumons,
reins, etc.). Progressivement
les virus produits sont
relargués dans la
circulation sanguine. Cette
virémie s'accompagne
de la phase d'hyperthermie
et du début de
la réponse immune humorale
et cellulaire.
Des anticorps vis-à-vis
de la p26, de la
gp45 et de la gp90 sont
détectables 45 jours
après le début de l'infection.
Cependant la présence de
taux élevés d'anticorps
neutralisants ne peut assurer
une élimination
complète du virus. Ce phénomène
est lié aux
très fréquentes mutations
des glycoprotéines
d'enveloppe. La modification
des épitopes
viraux induit la formation
de nouveaux mutants
qui peuvent ainsi échapper
aux mécanismes
de l'immunité humorale
et vont provoquer
de nouveaux épisodes fébriles.
Dans les formes
récurrentes, il a été démontré
que lors des
épisodes fébriles, on isolait
à chaque fois
un virus ayant une structure
des glycoprotéines
différente des isolats
précédents.
La persistance du virus
dans l'organisme
est également assurée par
l'inclusion du
génome viral dans le matériel
chromosomique
de la cellule hôte. A ce
niveau, le virus
peut persister pendant
des années et être
réactivé lors de stimuli
dont on ne connaît
pas exactement l'origine.
La présence d'un niveau
élevé d'anticorps
circulants et d'une virémie
importante se
traduit par la formation
d'immuns complexes
formés par un virion entouré
de gammaglobulines
qui cependant ne peuvent
neutraliser le virus.
Ce sont ces immuns complexes
qui sont responsables
des troubles cliniques
les plus graves. De
plus, comme cela est le
cas dans d'autres
affections (Péritonite
Infectieuse Féline)
la présence de ces anticorps
neutralisants
favoriserait l'infectiosité
du virus et faciliterait
sa pénétration dans de
nouvelles cellules.
La thrombocytopénie est le résultat de la
fixation des immuns complexes sur les thrombocytes.
L'anémie est due à des phénomènes d'hémolyse
extra- et intra-vasculaires provoqués par
la fixation de ces immuns complexes sur la
membrane érythrocytaire au niveau des récepteurs
du complément.
Diagnostic: Le diagnostic de certitude doit être basé
sur des tests expérimentaux,
les seuls signes
cliniques peuvent prêter
à confusion avec
d'autres affections fébriles
et par ailleurs
beaucoup de chevaux infectés
font des formes
cliniquement inapparentes.
Le premier test
sérologique fiable a été
mis au point par
L. Coggins en 1970 (Test
de Coggins). Il
s'agit d'une immunodiffusion
en gélose (ou
AGID) basée sur la détection
des anticorps
précipitants spécifiques
de la protéine p26.
Le test de Coggins est
reconnu comme le test
international de référence
et permet de détecter
plus de 95% des animaux
infectés. Cependant
on peut observer des résultats
faussement
négatifs.
D'autres tests, basés sur
la technique ELISA,
sont commercialisés et
utilisés dans certains
pays. Ces tests d'ELISA
de compétition (C-ELISA)
détectent également les
anticorps dirigés
vis-à-vis de la p26 et
ont une excellente
corrélation avec le test
de Coggins.
Lors de résultats douteux avec ces 2 techniques,
on peut réaliser un Western Immunoblot pour
détecter les anticorps vis-à-vis des gp45
et 90. La Polymerase Chain reaction (PCR)
permet également de détecter des porteurs
inapparents. Cependant certains porteurs
ont des taux d'infection tellement bas que
même ces techniques très précises ne permettent
pas toujours d'obtenir des résultats positifs.
Prévention - Contrôle:
Plusieurs essais de vaccination
ont été réalisés
à partir de vaccins inactivés,
atténués ou
recombinants. Dans la plupart
de ces essais,
les animaux vaccinés se
sont montré soit
plus sensibles à une infection
expérimentale
soit non protégés vis-à-vis
de souches hétérologues.
En Chine un vaccin vivant
atténué est actuellement
utilisé. Il induirait une
protection de l'ordre
de 85%, mais le délai d'apparition
de cette
protection est d'au moins
3 mois et il n'est
plus possible de différencier
sérologiquement
les animaux infectés des
animaux vaccinés.
Le contrôle de l'Anémie
Infectieuse des équidés
est basé sur l'application
de mesure sanitaires
et sur la détection des
animaux séropositifs.
En France, l'Anémie Infectieuse
fait partie
de la liste des maladies
réputées contagieuses,
y compris pour les chevaux
séropositifs asymptomatiques.
Elle est également qualifiée
de vice rhédibitoire
sous sa forme sérologique.
Le dépistage sérologique
de l'Anémie Infectieuse
est rendu obligatoire par
les règlements
internationaux à l'occasion
de l'importation,
à titre temporaire ou définitif,
des équidés;
Un certificat vétérinaire
international doit
préciser :
- Que les animaux n'ont présenté le jour de
leur chargement, ni durant
les 48 heures
précédentes, aucun signe
clinique d'anémie
infectieuse.
- Qu'aucun cas d'anémie infectieuse n'a été
constaté dans les lieux où lesquels les animaux
ont séjourné durant les 3 mois ayant précédé
leur chargement.
- Que les animaux ont été soumis, avec résultat
négatif à une épreuve diagnostique pour la
recherche de l'anémie infectieuse pendant
les 30 jours ayant précédé leur chargement
(la durée de validité de ce résultat est
de 120 jours pour les importations temporaires).
La découverte d'un cas clinique dans un élevage
entraîne la mise en place d'un arrêté de
déclaration d'infection, l'isolement et le
recensement des animaux, leur marquage, un
test de Coggins sur tout l'effectif, l'abattage
des animaux infectés.
Références:
Sellon DC., Equine Infectious Anemia, Vet
Clinics of N. America; Equine Practice, 1993,
9,2, 321-337.
Zientara S., Conduite à tenir devant une
suspicion d'anémie infectieuse des équidés,
Bull des GTV, 1999, 1, 39-47.
Coggins L., Carriers of equine infectious
anemia virus, JAVMA, 1984, 184, 3, 279-281.
Issel CJ. And Foil LD., Studies on equine
infectious anemia virus transmission by insects,
JAVMA, 198, 3, 293-297.
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