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TRYPANOSOMOSES

Les trypanosomoses sont des maladies parasitaires et infectieuses provoquées par différents protozoaires transmis pour la plupart par des insectes vecteurs hématophages. Ces affections sont particulièrement répandues en Afrique, en Amérique Centrale, au Moyen et en Extrême-Orient, au Nord de l'Australie ainsi qu'en Europe du Sud.
POUR EN SAVOIR PLUS SUR LA CLASSIFICATION

Etiologie

Les trypanosomes sont des protozoaires voisins des Leishmanies appartenant au genre Trypanosoma, famille des Trypanosomidés, sous-ordre des Trypanosomatina et à l'ordre des Kinetoplastida.
Ce sont des protozoaires très mobiles pourvus d'un flagelle délimitant avec le périplasme une membrane ondulante mesurant de 10 à 50 µm de long sur 3 à 12 µm de large, de forme lancéolée. Dans les préparations pour examen microscopique on utilise la coloration au May-Grundwald-Giemsa.

Après inoculation par l'arthropode vecteur hématophage, ils se multiplient dans le sang ou dans d'autres tissus après avoir traversé les parois des capillaires (ganglions lymphatiques, moëlle osseuse, tissu musculaire). Ils peuvent également franchir la barrière hémato-méningée. Certains d'entre eux peuvent se situer en position intracellulaire mais sous forme amastigote. Leur métabolisme est essentiellement glucidique et protidique à partir des éléments nutritifs présents dans le sang et les tissus. Ils se nourrissent par endocytose.

Chez l'hôte vertébré leur multiplication se fait par division binaire. Par contre, chez les vecteurs ils peuvent avoir un cycle biologique de reproduction avec concentration dans les glandes salivaires de l'insecte (T. vivax, T. brucei, T. congolense). D'autres espèces n'ont pas de cycle évolutif et sont transmises mécaniquement par les pièces buccales souillées du vecteur (T. evansi) ou éliminées par les faeces (T. cruzi). Enfin, rappelons que T. equiperdum, agent de la Dourine, est seulement transmis par contact durant le coït.

  • Trypanosomoses équines transmises par des glossines

    Les trypanosomoses transmises par les glossines (ou mouches tsé-tsé) sévissent en Afrique Noire sub-saharienne et peuvent affecter l'homme et les animaux provoquant une affection chronique entrecoupée d'accès aigus évoluant vers une anémie sévère et un état de tuphos (maladie du sommeil chez l'homme). Chez les équidés on a identifié trois espèces différentes de Trypanosoma pathogènes : Trypanosoma brucei brucei, T. congolense et surtout T. vivax.

    La répartition géographique des glossines détermine la zone d'endémie des trypanosomoses africaines. Elles sont présentes du Sud du Sahara au Nord de l'Afrique du Sud dans près de 40% du continent africain. Elles abondent dans la savane, les zones broussailleuses, le long des forêts ou des cours d'eau. Elles sont généralement absentes des zones cultivées ou dénudées. Leur activité est essentiellement diurne pendant les heures les plus chaudes. Les deux sexes sont hématophages, l'intervalle moyen entre 2 repas de sang est de 3 à 5 jours et leur durée est courte (20 secondes).

    Après fécondation, les glossines pondent 6 à 12 œufs dont un seul éclôt in utero 3 à 4 jours plus tard pour évoluer en mues successives, en une dizaine de jours, en larve L3, toujours à l'intérieur de l'utérus maternel. La larve est alors "pondue", s'enfonce dans le sol, se transforme en pupe qui 4 à 6 semaines plus tard donne naissance à un adulte. Les femelles, qui vivent 2 à 5 mois, ont plusieurs cycles de "ponte" dans leur vie.

  • Trypanosomoses équines transmises par des taons

    La trypanosomose équine à T. evansi a une répartition géographique beaucoup plus large et l'agent responsable serait en réalité une espèce dérivée de T. brucei brucei. On trouve des foyers en Europe du sud (Bulgarie, Russie Centrale, Zone de la mer Caspienne, etc.), en Afrique du Nord (de la Mauritanie à l'Egypte), en Afrique Occidentale (du Sahara au Sénégal et au Mali), en Asie (depuis les cotes de la Méditerranée jusqu'en Malaisie et aux Philippines), au Mexique, en Amérique Centrale et dans toute l'Amérique du Sud.

    Les vecteurs en sont essentiellement les taons (Tabanus sp, Haematopota sp, Chrysops sp) dont les femelles hématophages sont particulièrement attirées par les équidés et les bovins. D'autres mouches hématophages (Stomoxys sp) ou des moustiques (Culex sp, Aedes sp) interviennent également dans la transmission de la maladie. Du Mexique au Brésil les chauve-souris hématophages (Desmodus sp) sont un des vecteurs importants de T. evansi (et égalementi de la rage).

  • Signes cliniques

    Les trois espèces de Trypanosomes transmis par les glossines sont pathogènes pour les équidés mais aussi pour les camélidés (T. brucei), les ruminants (T. brucei et T. congolense) ainsi que pour les carnivores domestiques (T. brucei, T. congolense et parfois T. vivax).

    Après inoculation des chevaux par les glossines, on peut observer un chancre d'inoculation (ou trypanome) qui dure quelques jours. Après une phase d'incubation variable (quelques semaines à quelques mois), on constate un fort épisode fébrile correspondant au pic de la parasitémie, puis progressivement une anémie va s'installer (hématocrite entre 20 et 25%). Des signes cutanéo-muqueux apparaissent : papules prurigineuses, hypertrophie des ganglions lymphatiques, pétéchies des muqueuses conjonctivale et buccale. Un net amaigrissement, une kérato-conjonctivite et des troubles parétiques sont fréquemment observés.

    L'évolution se fait sur 6 à 8 semaines avec aggravation progressive des symptômes et une succession de crises liées à des parasitémies successives. La mort survient du fait de la cachexie et de l'épuisement des animaux.

    Lors d'atteinte par T. brucei, l'évolution est beaucoup plus rapide avec prédominance des troubles oculaires et nerveux. La trypanosomose des équidés à T. evansi (Surra ou Mal de Caderas) revêt une forme aiguë en Inde et en Asie alors qu'en Amérique du Sud prédomine une forme chronique. Les symptômes principaux de la forme aiguë sont des poussées fébriles, des oedèmes déclives, de l'anémie, des pétéchies des muqueuses ainsi qu'une atteinte oculaire. Dans les formes chroniques ce sont essentiellement des troubles locomoteurs, de la parésie et de l'ataxie pouvant évoluer vers une paralysie mortelle.

    Diagnostic

    Le diagnostic des trypanosomoses est essentiellement expérimental. La recherche des parasites dans le sang n'est réalisable que pendant les phases aiguës de la maladie. L'examen direct après coloration ne donne que 50% de résultats positifs et il est conseillé d'utiliser des méthodes d'enrichissement du plasma (hématocrite, buffy-coat). Une autre technique consiste à inoculer les prélèvements à la souris. Les méthodes sérologiques font appel à la séro-agglutination, à l'immunoflorescence indirecte, à la recherche des anticorps fixant le complément ou à l'ELISA. L'utilisation de la Polymerase Chain Reaction pour détecter l'ADN parasitaire a une très grande sensibilité.

    Traitement

    Que ce soit chez l'homme ou les animaux, les trypanocides utilisés depuis plus d'un demi-siècle ont entraîné des chimio-résistances ou ne se montrent actifs que vis-à-vis d'un nombre limité d'espèces de trypanosomes.Les différents trypanocides sont en règle générale des composés arsenicaux, des diamidines ou des dérivés de l'urée. Ce sont souvent des composés assez toxiques ou mal tolérés qui sont utilisés chez le cheval par comparaison avec les ruminants ou les camélidés.

  • Le Diminazène acéturate, surtout utilisé chez les ruminants, à la posologie de 3.5 ou de 7 mg/kg en une seule injection par voie IM est efficace vis-à-vis des trypanosomoses africaines et T. evansi. Vis-à-vis de T. brucei la posologie est de 7mg/kg.
  • L'Isométamidium (Trypamidium ou Samorin®) peut être utilisé à titre préventif (0,5 mg/kg 2 à 5 fois par an) ou à titre curatif (0,25 à 0,5 mg/kg) en injection IM ou IV se montre efficace contre les trypanosomoses africaines.
  • La Suramine sodique (Moranyl® ou Naganol®) a été un des premiers trypanocides actif vis-à-vis de T. evansi et des trypanosomoses africaines à la posologie de 7 à 10 mg/kg par voie IM, 3 à 4 injections à 8 jours d'intervalle.
  • La Pentamidine (Lomidine®) a été utilisée pour le traitement de T. evansi à la posologie de 2,5 à 3 mg/kg par voie IV, 3 injections espacées de 2 à 4 jours.
  • La Melaminophenylarsine (Cymelarsan®) utilisé entre 0,3 et 0,6 mg/kg par voie sous-cutanée chez les ruminants est active vis-à-vis de T. evansi.
  • Référence

    Euzéby J.
    Protozoologie Médicale Comparée, Vol I, 1986, Collection Fondation Marcel Merieux

    Monzon CM; Mancebo OA; Roux JP.
    Comparison between six parasitological methods for diagnosis of Trypanosoma evansi in the subtropical area of Argentina
    Vet Parasitol 1990 May;36(1-2):141-6

    Payne RC; Sukanto IP; Partoutomo S; Jones TW; Luckins AG; Boid R.
    Efficacy of Cymelarsan in Friesian Holstein calves infected with Trypanosoma evansi
    Trop Anim Health Prod 1994 Nov;26(4):219-26.

    Classification

    Dénomination
    Zone Géographique
    Espèces concernées
    Vecteurs
    Réservoirs
    T. brucei brucei
    Afrique de l'Ouest et de l'Est
    Equidés
    Camélidés
    Carnivores

    Glossina sp
    Animaux sauvages
    T. brucei var gambiense
    Afrique de l'Ouest et Centrale
    Homme
    Glossina sp
    Homme
    T. brucei var rhodesiense
    Afrique de l'Est et Orientale
    Homme
    Glossina sp
    Animaux sauvages
    Homme
     T. vivax
    Afrique de l'Ouest et Centrale, Soudan, Amérique Centrale et du Sud
    Equidés
    Ruminants
    (Carnivores)
    Glossina sp
    Tabanidés
    Stomoxys
    Animaux sauvages
    T. congolense
    Afrique sub-saharienne
    Ruminants
    Equidés
    Carnivores
    Porcins

    Glossina sp
    Animaux sauvages
     T. suis
     Afrique de l'Est tropicale (Tanzanie, Burundi)

    Porcins

     Glossina sp
     Porcins
    Phacochères

    T. cruzi
    Amérique tropicale
     Homme
    Animaux sauvages
    Carnivores
    Hétéroptères
    (punaises)
    Animaux sauvages
    Carnivores
     T. evansi
    Europe du Sud
    Proche-Orient
    Moyen-Orient
    Inde - Chine - Asie Mineure
    Afrique de l'Est et de l'Ouest - Mexique
    Amérique du Centre et du Sud
    Equidés
    Camélidés
    Ruminants
    Carnivores
    Tabanidés
    Chrysops
    Stomoxys
    Aedes
    Vampires
     Animaux domestiques et sauvages
    T. equiperdum
    Afrique
    Amérique

    Equidés
    (Dourine)
    Transmission par le coït
    Equidés

      Trypanosomose des Equidés

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