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TRICHINELLOSE

La trichinellose est une maladie parasitaire affectant principalement les animaux carnivores, rongeurs et omnivores ainsi qu’éventuellement les équidés. Peu pathogène pour l’animal, cette helminthose peut être à l’origine d’affections particulièrement sévères pour l’homme.
La trichinellose humaine est essentiellement provoquée par la consommation de viande de porc ou de sanglier insuffisamment cuite. C’est la présence de larves du parasite enkystées dans les muscles des animaux qui est à l’origine de cette zoonose.
Le parasite responsable fut découvert par J. Paget et R. Owen en 1835.

Etiologie

Les parasites en cause appartiennent à l’ordre des Nématodes, à la famille des Trichinellidés et comptent plusieurs espèces du genre Trichinella :

  • Trichinella spiralis est l’espèce la plus fréquente pouvant parasiter la plupart des mammifères.
  • Trichinella britovi est isolée de sangliers, de porcs élevés en liberté ainsi que d’équidés.
  • Trichinella murrelli est isolée de différents mammifères sauvages en Amérique du Nord, mais peut également contaminer le cheval.
  • Trichinella nelsoni est observée chez de nombreux carnivores sauvages en Afrique tropicale.
  • Trichinella nativa a été isolée chez le couguar, le morse, la baleine et les Ursidés (ours polaires, Grizzli).
  • Trichinella pseudospiralis est rencontrée chez les oiseaux sauvages, les carnivores et les rongeurs plus particulièrement en Asie, Australie et Amérique du Nord.
  • Trichinella papuae est semblable à T. pseudospiralis mais a été isolée uniquement en Papouasie Nouvelle Guinée.
Espèces affectées
En dehors de certaines espèces de Trichinella isolées d’animaux un peu particuliers, la trichinellose est un parasite majeur des porcins, des rongeurs sauvages ainsi que de l’homme. Cependant la plupart des mammifères sauvages et domestiques sont susceptibles de s’infester naturellement ou expérimentalement. Tous les équidés sont sensibles à cette parasitose: chevaux, poneys, ânes, mulets, etc..
Répartition géographique
T. spiralis est un parasite cosmopolite rencontré très fréquemment en Europe de l’Est et Amérique du Nord. La France, ainsi que la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest sont indemnes de trichinellose porcine ou équine.
Importance
Absente de façon autochtone en Europe de l’Ouest, la trichinellose humaine liée à la consommation de viande de cheval reste une affection extrêmement rare. Les seules données sur la prévalence de cette maladie proviennent de cas cliniques humains. Aux USA on enregistre une centaine de cas humains en moyenne par an (de 30 à 300), dont plus de 80% proviennent de la consommation de viande de porc ou de gibier.
Des enquêtes épidémio-sérologiques réalisées aux USA ont montré que le taux d’infestation humaine était passé de 16,1% en 1943 à 4,2% en 1970 et serait proche de 0,5% à l’heure actuelle.
En Thaïlande on dénombre de 200 à 600 cas humains par an liés également à la consommation de viande de porc. La prévalence est en revanche plus élevée en Asie du Sud-est et en chine où les cas sont dues à de la consommation de porcs mais aussi de chiens.
En Europe de l’Est, l’Organisation Mondiale de la Santé (mars 2001) estime que dans certains élevages porcins, le taux d’infestation par T. spiralis peut atteindre 50% de l’effectif.
Biologie
Les vers adultes de T. spiralis vivent fixés ou enkystés dans la muqueuse du duodénum et du jéjunum de l’hôte. Les mâles mesurent de 1,4 à 1,6 mm de long et les femelles de 3 à 4 mm de long. Après fécondation les mâles meurent et les femelles migrent dans la paroi intestinale, le mésentère, les plaques de Peyer et les ganglions mésentériques. Elles produisent près de 1.500 à 2.000 embryons ou larves L1 de 100 x 6 µm pendant une période de 4 à 16 semaines.

Ces larves L1 migrent par la voie lymphatique, arrivent dans le cœur droit par le canal thoracique, puis, au bout de 1 à 4 semaines, dans le cœur gauche qui les dissémine dans tout l’organisme mais principalement dans les muscles striés, sauf le muscle cardiaque, où elles s‘enkystent.
Elles forment ainsi une cellule nourricière dans laquelle la larve se développe très rapidement en s’enroulant en spirale pour atteindre une taille de 1 mm de long. Il se forme un kyste réactionnel tout autour (kyste trichinien en forme de citron) de 400 x 250 µm. Les larves peuvent survivre dans le kyste trichinien près de 25 ans chez l’homme et 11 ans chez le porc.

Ces larves ne peuvent se transformer en adultes chez l’hôte qui les héberge ; il est nécessaire pour cela qu’elles soient ingérées par un nouvel hôte. Dans ce cas, les larves sont libérées de leur kyste sous l’action des sucs gastriques et évoluent en quelques jours en adultes. Très rapidement (en 48 heures environ) ces adultes se reproduisent et donnent naissance à des milliers de larves qui vont migrer dans ce nouvel hôte et s’enkyster dans ses muscles.

Ce sont les rongeurs sauvages qui constituent le réservoir principal des Trichinella. Ils s’infestent par consommation de cadavres, cannibalisme ou lors de combats avec morsures profondes ; le porc se contamine en absorbant des rats infectés ou des débris contaminés de ses congénères (morsures de queue). L l’homme contracte la trichinellose en consommant de la viande de porc crue ou insuffisamment cuite contenant des larves enkystées.
Les risques d’infestation sont ainsi très limités chez le cheval. On a pu cependant mettre en évidence que la source principale d’infestation pouvait venir d’une contamination alimentaire (utilisation de déchets crus d’abattoirs porcins ou présence de cadavres de rats contaminés).

Epidémiologie
Epidémiologie descriptive
L’infestation des animaux sauvages concerne essentiellement les carnivores ou les omnivores qui consomment de la viande infestée.
Chez les animaux domestiques se sont essentiellement les chiens et chats qui peuvent consommer de la viande trichinée, ainsi que les porcs par ingestion de rats ou de leurs cadavres. L’infestation des porcins peut perdurer car des larves sont parfois rejetées dans les fèces ou bien il y a distribution de déchets d’abattoirs provenant de porcs contaminés.

Epidémiologie analytique
Les sources de parasites sont essentiellement les kystes trichiniens présents dans les muscles. Dans les carcasses ou les cadavres les larves enkystées peuvent résister plus de 3 semaines.
Les larves enkystées sont détruites par la chaleur, à condition de dépasser plus de 65°C au cœur de la viande. Le traitement par salaison de la viande de porc n’est pas suffisant pour inhiber les kystes trichiniens.
La congélation a des effets très variables : les larves de T. nelsoni sont très sensibles à la congélation mais les larves de T. britovi et de T. nativa résistent plusieurs semaines à –20°C.
Classiquement pour T. spiralis on recommande de congeler des morceaux de viande de moins de 15 cm d’épaisseur à une température de –15°C pendant 21 jours, à -23°C pendant 10 jours ou à –30°C pendant 6 jours.
En France de 1975 à 1998 on a observé 7 foyers successifs importants de trichinellose humaine comportant plus de 1.250 cas. Ces contaminations provenaient de la consommation de viande de cheval importée de Yougoslavie, des USA, du Canada et d’Europe de l’Est.
En Italie, pour la même période, on a enregistré 5 foyers touchant plus de 1.000 personnes toujours liés à la consommation de viande chevaline provenant de Pologne et d’Europe de l’Est.
Etude clinique
Signes cliniques
Chez l’animal, et le cheval en particulier, les signes cliniques de l’infestation par Trichinella restent très discrets. Dans les infestations massives on peut observer un épisode diarrhéique correspondant à la présence des adultes au niveau intestinal, puis à des troubles musculaires lors de la formation des kystes trichiniens.
Chez l’homme, après une incubation silencieuse de 8 à 15 jours (avant apparition des vers adultes), la contamination par Trichinella est le plus souvent asymptomatique. Par contre si la contamination a été importante ou massive (on peut compter jusqu’à 1.500 kystes trichiniens par gramme de viande consommée) des signes cliniques plus marqués vont survenir. On note alors des myalgies des masséters, des muscles inter-costaux et du diaphragme accompagnées de fièvre, de fatigue et d’un œdème palpébral assez constant et pathognomonique. Des complications d’encéphalite, de myocardite, de péricardite et d’insuffisance cardiaque aiguë surviennent ensuite avec une importante éosinophilie.

Lésions
Chez le cheval les kystes trichiniens sont essentiellement localisés aux muscles de la langue, des masséters et du diaphragme. Ils apparaissent sous la forme de petits kystes blanchâtres invisibles à l’œil nu à l’intérieur d’une fibre musculaire.
Diagnostic
Impossible sur l’animal vivant, le diagnostic est basé sur des tests sérologiques (IFI ou ELISA) mais surtout par l’examen trichinoscopique de fragments musculaires prélevés sur la carcasse de l’animal.

On prélève 10 grammes de muscles dans les piliers du diaphragme que l’on place dans de la pepsine chlorhydrique à 37 – 39°C pendant 18 à 20 heures. Après filtration et sédimentation on recherche la présence des larves libérées des kystes par examen microscopique grâce à un appareil particulier, le trichinoscope.
Méthodes de prévention
La plupart des anthelminthiques modernes sont actifs contre les adultes de Trichinella. En revanche, très peu le sont contre les larves enkystées (flubendazole, albendazole). Le traitement n’est utilisé qu’en Médecine Humaine en association avec des corticoïdes.

Chez les animaux la prévention est basée sur la dératisation et la stérilisation des déchets d’abattoir destinés à l’alimentation animale.

La trichinoscopie de la viande de cheval est rendue obligatoire pour les viandes locales ou importées (Directives 77/96/CEE et 94/59/CEE). La cuisson à cœur ou une congélation préalable sont également d’excellentes mesures de prévention de la trichinellose humaine.

Références

Pozio E, Tamburrini A, La Rosa G.
Horse trichinellosis, an unresolved puzzle.
Parasite 2001 Jun;8(2 Suppl): S263-5

Dupouy-Camet J, Soule C, Ancelle T
Recent news on trichinellosis: another outbreak due to horsemeat consumption in France in 1993.
Parasite 1994 Jun;1(2):99-103

Andrews JR, Ainsworth R, Abernethy D.
Trichinella pseudospiralis in humans: description of a case and its treatment.
Trans R Soc Trop Med Hyg 1994 Mar-Apr; 88(2): 200-3

Ancelle T, Renaud G, Dupouy-Camet J, Foulon G.
Evaluation of the medical and social cost of 2 trichinosis outbreaks in France in 1985.
Rev Epidemiol Sante Publique 1990; 38(3): 179-86

 
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