TENIASIS DU CHEVAL
Chez les chevaux, le parasitisme
digestif dû aux ténias est observé de façon très fréquente
et prédispose les animaux parasités à des épisodes diarrhéiques
ainsi qu'à des coliques parfois violentes.
Etiologie
Considérés pendant très longtemps
comme des parasites peu fréquents et peu pathogènes, des
études récentes ont montré que la prévalence des ténias
chez le cheval est souvent très élevée et qu'ils jouent
un rôle non négligeable dans la genèse de certaines coliques,
de troubles diarrhéiques et même de tumeurs de l'intestin.
Plusieurs espèces de ténias sont susceptibles de parasiter
les équidés :
- Anoplocephala perfoliata
- Anoplocephala magna
(ou A. plicata)
- Paranoplocephala mamillana.
Les Cestodes parasites des équidés
font partie de la famille des Anoplocéphalidés. Ils sont
inermes mais pourvus de très grosses ventouses leur permettant
de se fixer solidement à la muqueuse digestive. Sur un plan
biologique et épidémiologique, ils sont très proches
des taenias des ruminants du genre Moniezia.Le
ténisasis en France touche tous les équidés
: chevaux, poneys, ânes, mulets, etc...
Les ténias adultes sont localisés
essentiellement au niveau de la valvule iléo-caecale, qui
fait la jonction entre l'iléon, le caecum et le colon. Ce
sont des vers plats et segmentés qui ont un aspect très
plissé. Ils sont de taille variable :
- Anoplocephala perfoliata
= 4 à 8 cm de long / 1 cm de large
- Anoplocephala magna
= 20 à 80 cm de long / 2 cm de large
- Paranoplocephala mamillana
= 1 à 5 cm de long / 0.5 cm de large
La partie céphalique ou scolex possède
4 fortes ventouses musculaires qui lui permet de se fixer
solidement à la muqueuse digestive sans être entraînés avec
les aliments. Les premiers segments sont indifférenciés
et sont produits continuellement par une zone située juste
au-dessous du scolex. Ces premiers anneaux deviennent vite
plus larges que le scolex et s'accroissent jusqu'au milieu
du corps pour diminuer ensuite. Les derniers segments sont
sexuellement différenciés. Certains (près de 200) renferment
les testicules et les autres un système ovarien avec un
utérus d'abord tubulaire et transversal, puis sacculiforme
et lobé.
La reproduction est de type hermaphrodite, les anneaux "mâles"
fécondant les anneaux porteurs d'un utérus. Dans d'autres
cas des segments d'individus séparés peuvent s'accoupler,
chacun fécondant l'autre. Après fécondation, les appareils
génitaux dégénèrent pour laisser place à un utérus remplis
d'œufs (de 100 à 4.000 œufs par segment ovigère). Ce phénomène
survient sur les anneaux de la zone distale du vers. Ces
segments ovigères se détachent ensuite du reste du taenia
et se retrouvent dans le gros intestin. A ce niveau ils
peuvent se déchirer et libérer leurs œufs, ou bien ils sont
éliminés entiers dans le crottin. L'élimination des œufs
ou des segments ovigères dans les matières fécales est irrégulière.
De ce fait les examens coproscopiques doivent être répétés.
Ces œufs ainsi libérés dans le milieu extérieur sont infestants
pour de petits acariens qui pullulent dans les pâturages.
Ces acariens ou oribates appartiennent à la classe des Arachnides,
à l'ordre des Acariens et au sous-ordre des Oribatidés ou
Cryptostigmates. Ils sont proches des Sarcoptidés mais ne
sont pas des parasites. Ce sont de petits arthropodes de
0.2 à 1 mm de long qui vivent à la surface du sol, sur les
débris végétaux, les mousses et les lichens dont ils se
nourrissent. Ils jouent un rôle fondamental dans la fertilisation
des sols dans la mesure où ils assurent la décomposition
des végétaux et le recyclage des sels minéraux dans le sol.
Ils ne sont pas détruits par le froid ou les gelées car,
pendant la saison hivernale ils se mettent en diapause dans
le sol et reprennent leur incessante activité dès le printemps.
Leur présence est un excellent indicateur de la fertilité
du sol ou du pâturage.
Les oribates sont susceptibles d'ingérer les œufs d'anoplocéphale.
Une fois ingéré, l'œuf éclôt et libère une larve, cysticercoïde,
qui s'enkyste dans la cavité générale de l'acarien, devient
infestante au bout de 15 jours et reste en vie aussi longtemps
que l'oribate.
L'infestation des chevaux a donc lieu dès le printemps lorsqu'ils
consomment les herbages sur lesquels se trouvent les oribates
porteurs de cysticercoïdes. Après digestion de l'acarien,
les larves d'anoplocéphale sont libérées dans l'intestin
et se fixent à la muqueuse de l'iléon. En 6 à 10 semaines,
un ténia adulte est formé et va se mettre à éliminer œufs
et segments ovigères.
Cycle parasitaire du Ténia

Le cycle évolutif est relativement court et ne peut survenir
que sur des chevaux mis au pâturage. L'infestation, à caractère
saisonnier, se fait dès le printemps par ingestion d'oribates
contaminés. Après une période prépatente de 6 à 10 semaines
qui correspond au temps de développement de l'adulte, des
quantités importantes d'œufs sont éliminés par les chevaux
parasités. Ces œufs vont être ingérés par les acariens qui
seront à leur tour ingérés par les chevaux. De ce fait l'infestation
parasitaire ira crescendo du printemps jusqu'à l'automne.
Le parasitisme du aux ténias sera à son maximum en octobre-novembre,
car il y aura eu sommation d'infestations pendant plusieurs
mois.
La durée de vie des anoplocéphales adultes est de 4 à 6
mois. Pendant la saison hivernale, le parasitisme des chevaux
ira en diminuant, et la forme de résistance du parasite
et sa ré-émergence au printemps est essentiellement liée
à la persistance des oribates infestés dans les pâturages.
L'infestation parasitaire par les anoplocéphales induit
cependant une certaine réponse immunitaire. Des immunoglobulines
de type G sont produites en réponse à certains antigènes
excrétés ou sécrétés par les parasites. Le niveau de cette
immunité augmente avec l'âge (elle est plus faible sur les
jeunes entre 6 mois et 2 ans d'âge) ainsi qu'avec l'importance
du parasitisme. Cette immunité n'est pas suffisante pour
empêcher le parasitisme chez les chevaux adultes qui constituent
une source importante de ré-infestation des pâturages. La
réponse en anticorps peut être mise à profit pour le développement
d'un diagnostic sérologique.
Epidémiologie
Parasites cosmopolites rencontrés
en Europe, Amériques du Nord et du Sud, Afrique, etc...
Les enquêtes les plus récentes tant en Europe qu'en Amérique
du Nord font état d'un taux de prévalence supérieur à 60%.
Des taux d'infestation compris entre 64 et 81% sont décrits
aux USA, y compris dans des élevages très bien conduits.
En Europe, les pourcentages de chevaux infestés se situent
au même niveau : Grande Bretagne (69%), Scandinavie (65%),
France (62%), Irlande (51%). A. perfoliata
est l'espèce la plus fréquemment rencontrée (plus
de 90% des cas), A. magna est beaucoup moins fréquent
et P. mamillana est extrêmement rare.
Le téniasis du cheval peut être
observé dans toutes les catégories d'âge. C'est une parasitose
qui débute au printemps et qui atteint son maximum en octobre/novembre.
Les sources de parasites sont
représentées par les chevaux infestés par les formes adultes
d'anoplocéphales qui éliminent leurs œufs dans les matières
fécales ainsi que par des acariens qui hébergent les cysticercoîdes
correspondants et qui assurent la pérennité du parasite
pendant la saison hivernale.
Signes cliniques
L'importance des signes cliniques
est largement corrélée au nombre de parasites adultes attachés
sur la muqueuse intestinale.
- Un nombre de ténias inférieur
à 25 se traduira par des troubles digestifs discrets
: alternance de diarrhée et de constipation, amaigrissement,
mais le plus souvent aucun signe clinique ne sera perceptible.
- Dans des infestations plus importantes
- 25 à 200 adultes - les signes cliniques seront
plus nets. La localisation du parasite au niveau de la valvule
iléo-caecale entraîne une entérite avec reaction spastique
ou paralytique de cette valvule, d'où arrêt du transit intestinal,
fermentations bactériennes et coliques marquées. 80% des
coliques iléales sont dues à la présence de cestodes et
plus de 20% des coliques spasmodiques sont associées aux
anoplocéphales.
- Dans les infestations massives
- plus de 200 vers adultes - l'atteinte de la muqueuse
intestinale est beaucoup plus importante allant jusqu'à
la nécrose. Dans ces cas cette très forte irritation intestinale
peut provoquer une intussusception ou invagination intestinale
de pronostic souvent très réservé car cette invagination
entraîne de violentes douleurs, et peut aboutir à une rupture
de la paroi intestinale et une péritonite.
Dans de rares cas, Anoplocephala
perfoliata induit la formation de tumeurs bénignes
lors de sa fixation au niveau de la valvule iléo-caecale,
notamment des fibroleiomyomes nécessitant une exérèse
chirurgicale. Suivant le niveau de l'infestation parasitaire,
on notera des lésions d'entérite discrète avec quelques
foyers d'ulcération aux points de fixation des scolex
lors de faible infestation. Avec un parasitisme plus important,
les lésions de la muqueuse intestinale seront plus marquées
avec une entérite pseudo-membraneuse ou même nécrotique,
de nombreux ulcères, un épaississement de la muqueuse,
de la sous-muqueuse et de la lamina propria avec infiltration
de polynucléaires éosinophiles.
Diagnostic
Le diagnostic clinique est impossible
à réaliser, les symptômes n'étant pas caractéristiques.
Cependant certaines coliques doivent faire suspecter l'incidence
des ténias.
Les analyses coproscopiques permettent souvent de
mettre en évidence la présence d'œufs. Cependant la sensibilité
des techniques d'examen est variable (les méthodes par flottaison
sont plus sensibles que les techniques par sédimentation)
et un nombre d'adultes inférieurs à 20 anoplocéphales donnera
des résultats faussement négatifs. Il est donc recommandé
d'effectuer des dépistages de groupe, en recherchant
ces infestations à partir de 5 à 10 coproscopies selon la
taille de l'effectif. Pour un individu, il sera préférable
de répéter les examens, par exemple 3 coproscopies
à 8/10 jours d'intervalle. Ces recherches donneront des
résultats positifs plutôt en fin d'été, période où l'infestation
parasitaire est maximale.
Des tests sérologiques (recherche des IgG spécifiques vis
à vis d'antigènes de 12/13 kDa par des tests ELISA ou Western
Blot) permettent d'augmenter de façon nette la sensibilité
du diagnostic expérimental. Cependant ces techniques restent
du domaine du laboratoire de recherche et ne sont pas utilisables
en pratique courante.
Traitement - prévention
A l'heure actuelle deux molécules
autorisées chez le cheval sont actives contre les anoplocephales
:
- le pamoate de pyrantel qui
doit être administré à double posologie (14 mg/kg) et
dont l'efficacité n'est pas totale, 80% environ des anoplocéphales
seraient éliminés
- le praziquantel (1mg/kg)
à la posologie de 1 mg/kg et dont l'efficacité est supérieure
à 94% sur les trois espèces d'anoplocéphales
Pour limiter les risques d'infestation
des chevaux adultes et des poulains, il y a lieu de s'opposer
aux ré-infestations successives. La présence du parasite
doit être confirmée par examen coproscopique et des traitements
réguliers (1 à 2 par an) seront mis en place à l'aide d'un
taenicide. L'idéal est de pouvoir intervenir en juin et
en septembre. Les poulains seront traités 6 semaines après
leur sortie au pré.
Il serait illusoire et même néfaste
de vouloir éliminer la population d'oribates infestés. Par
contre on peut diminuer les risques d'infestation des pâturages
en isolant au box pendant quelques jours les chevaux qui
viennent d'être déparasités de leurs ténias. Ainsi les œufs
émis après le traitement ne pourront pas contaminer à nouveau
les prés.
Références
Rodriguez-Bertos A et al
Pathological alterations caused by anoplocephala perfoliata
infection in the ileocaecal junction of equids
Zentralbl Veterinarmed, 1999, 46 (5); 261-9.
Proudman CJ et al
Tapeworms as a cause of intestinal disease in horses
Parasitol Today, 1999, 15(4); 156-9.
Proudman CJ et al
Immunoepidemiology of the equine tapeworm Anoplocephala
perfoliata: âge-intensity profile and âge-dependency of antibody
subtypes response
Parasitology, 1997, 114(1);
89-94.
|