Strongylose équine à Strongylus vulgaris
La Strongylose équine à Strongylus vulgaris
est une parasitose digestive
responsable
d'une affection sévère
des équidés appelée
"artérite vermineuse".
Strongylus
vulgaris est un agent majeur
de coliques
chez le cheval.
Etiologie: Parmi les strongles digestifs des équidés,
Strongylus vulgaris a été
l'espèce la plus
étudiée tant au niveau
de son cycle de développement
qu'en ce qui concerne sa
pathogénie. Bien
que les traitements anthelminthiques
actuels
se montrent très efficaces
dans le contrôle
de cette affection, il
n'est pas rare d'observer
cette parasitose lorsque
les programmes de
traitement sont faits de
manière non raisonnée.
Strongylus vulgaris fait
partie du genre
Strongylus (ou plus communément
Grands Strongles),
de la sous-famille des
Strongylinés, de la
famille des Strongylidés
et de l'ordre des
Nématodes.
Ce sont surtout les larves
de S. vulgaris
qui, au cours de leurs
migrations complexes,
vont provoquer les lésions
et signes cliniques
de cette affection.
Espèces: Tous
les équidés:
chevaux, poneys, ânes,
mulets, etc.
Epidémiologie:
- Répartition géographique:
Parasite cosmopolite rencontré
sur tous les
continents.
- Importance:
Longtemps considérée comme
la parasitose
intestinale majeure des
équidés, son importance
relative est en décroissance
du fait de l'efficacité
des traitements actuels.
Sa prévalence est
nettement inférieure à
celle observée lors
d'infestations à cyathostomes
et d'après
les résultats d'examens
coproscopiques le
nombre d'œufs de Grands
Strongles présents
dans les fèces ne représente
qu'un très faible
pourcentage du nombre total
d'œufs de strongles.
Le taux de prévalence de
S. vulgaris varie
de 6% au Kentucky, à 14%
en Suède et à 28%
en Australie.
- Epidémiologie descriptive:
La strongylose équine à
S. vulgaris peut
être observée dans toutes
les catégories
d'âge. La gravité des signes
cliniques est
plus importante chez les
poulains et yearlings
que chez les adultes.
- Epidémiologie analytique:
Les sources de parasites
sont représentées
par les chevaux infestés
qui éliminent régulièrement
des œufs de strongles dans
leurs fèces et
par la longue survie des
larves L3 infestantes
dans les pâturages.
En zones tempérées la présence
de larves
L3 dans les prairies est
maximale en fin
de printemps et d'été et
minimale durant
l'hiver. Du fait de la
durée du cycle de
développement les larves
de S. vulgaris sont
en faible nombre dans les
artères au printemps
et en été mais en quantité
maximale en automne
et hiver.
Signes cliniques: Les adultes fixés sur la muqueuse intestinale
ont un rôle pathogène mineur
en comparaison
avec celui lié à la présence
des larves dans
le système artériel. Cependant
les adultes
peuvent être à l'origine,
d'hypoprotéinémie,
d'ulcérations de la muqueuse
du gros intestin
et surtout d'anémie. Leur
implantation sur
la muqueuse entraîne des
saignements qui
sont accentués par la présence
de facteurs
anticoagulants dans la
salive de S. vulgaris.
Les stades larvaires entraînent
tout d'abord
une réaction inflammatoire
de l'endothélium
des artères favorisant
ainsi la formation
de thrombus qui vont oblitérer
de façon plus
ou moins importante artérioles
et grosses
artères, en particulier
l'artère mésentérique.
En réaction à ce processus
inflammatoire
on note un épaississement
de l'intima des
artères et un rétrécissement
du calibre artériel,
d'où le nom d'artérite
vermineuse.
La symptomatologie correspondante
peut varier
en fonction de l'importance
et de la localisation
de ces lésions artérielles.
Mais en règle
générale on note de la
fatigue, de l'anorexie
le plus souvent associées
à des coliques
plus ou moins sévères,
et parfois de l'hyperthermie.
Lors d'infestation massive
sur de jeunes
sujets on peut observer
un syndrome abdominal
aigu avec coliques intenses
se terminant
par la mort en quelques
jours. Ces signes
cliniques sont dus à un
infarcissement et
à la nécrose de l'intestin.
D'autres signes cliniques
ont été signalés
lors de localisations inhabituelles
des larves
de S. vulgaris: thrombose
de l'artère coronaire
et insuffisance cardiaque,
thrombose de l'artère
rénale, boiteries intermittentes
à chaud
dues à des thrombus des
artères iliaques
ou fémorales, orchites
lors d'atteinte de
l'artère spermatique, et
même troubles neurologiques
par anévrisme des artères
de l'appareil cérébro-spinal.
- Lésions:
La situation et l'importance
des lésions
sont fonction du nombre
et de la localisation
des larves. Les lésions
les plus fréquentes
sont des thromboses et
des épaississements
des artères mésentériques
craniale et iléo-caeco-colique
et de leurs ramifications,
des hémorrhagies
des séreuses intestinales,
des thromboses
des artérioles intestinales.
Les ischémies et infarctus
des vaisseaux
intestinaux entraînent
des lésions de nécrose
et d'infarcissement localisées
au niveau
du caecum et du côlon.
Parfois, une dilatation
artérielle se crée
en amont de la zone de
rétrécissement correspondant
à l'endartérite. Il s'agit
d'un véritable
anévrisme susceptible de
se rompre en entraînant
la mort rapide de l'animal
par hémorrhagie
interne.
Pathogénie: S. vulgaris, comme tous les strongles du
cheval, a un cycle direct
comportant une
phase de développement
libre, sur le pâturage
puis un cycle larvaire
avec migrations dans
les tissus de l'hôte, durant
lequel les larves
vont se développer avant
de retourner dans
le gros intestin et d'y
devenir adultes.
Les adultes vivent fixés
à la muqueuse du
caecum, et plus rarement
à celle du gros
côlon. On observe un net
dimorphisme sexuel:
le mâle mesure 26 à 35
mm de long sur 1 à
1,3 mm de large, la femelle
est longue de
38 à 55 mm sur 1,8 à 2,25
mm de large. La
capsule buccale ovale est
équipée de dents
coniques assurant la fixation
du vers sur
la muqueuse digestive.
Après fécondation,
les femelles pondent des
œufs ellipsoïdes
segmentés de 92 x 54 µm.
Les œufs sont éliminés
dans les matières fécales.
Lorsque les conditions
climatiques sont favorables
(hygrométrie et température
comprise entre
+8° et +38°C), les œufs
qui ont été répandus
dans les crottins humides
ou les zones humides
du pâturage, se transforment
en quelques
jours en larves rhabditoïde
(L1), puis en
larves strongyloïde (L2)
qui muent à leur
tour sans quitter leur
enveloppe en larves
strongyloïdes infestantes
L3. Cette évolution
peut se faire en 7/8 jours
en été dans les
climats tempérés. Ces larves
infestantes
L3 peuvent survivre longtemps
dans le milieu
extérieur, même à des températures
proches
de 0°C. Dans les régions
tempérées, les hivers
doux n'entraînent pas la
destruction de ces
larves L3.
Les larves L3 sont ingérées
par le cheval
avec des végétaux verts
ou de l'eau de boisson.
Elles se débarrassent de
leur enveloppe dans
l'intestin grêle et pénètrent
au travers
de la muqueuse intestinale
où elles vont
commencer leur migration.
Très rapidement après leur
pénétration dans
la muqueuse et sous-muqueuse
de l'intestin
grêle et du gros intestin,
les larves L3
muent en larves L4 en 3
à 7 jours. Ces larves
L4 gagnent les petites
artérioles de l'intestin
et atteignent les artères
coliques et caecales
dans les quatorze jours
suivant l'ingestion,
puis l'artère mésentérique
craniale dans
les 7 jours suivants. La
présence de ces
larves L4, qui mesurent
1 à 2 mm au début
de leur évolution, entraîne
la formation
de thrombus dont la taille
va augmenter du
fait de la croissance de
ces larves qui vont
atteindre 1 à 2 cm au bout
de 3 à 4 mois.
Les larves L4 muent ensuite
pour donner des
stades d'adultes immatures
(ou Stade 5).
Ces pré-adultes vont émerger
des thrombus
et retourner par la voie
sanguine vers la
paroi intestinale où elles
forment des nodules
(essentiellement au niveau
du caecum et du
côlon) qui libéreront les
parasites dans
l'intestin où ils évolueront
en adultes en
6 à 8 semaines.
Entre l'ingestion des larves
infestantes
L3 et l'apparition des
œufs pondus par les
adultes il s'écoule une
période prépatente
de 6 à 7 mois.
Une certaine immunité vis-à-vis
de S. vulgaris
va se développer lentement,
au fur et à mesure
des infestations. Cette
immunité de type
humoral n'est jamais complète
et ne peut
assurer une protection
efficace contre des
ré-infestations. Par contre,
les chevaux
jeunes ou adultes n'ayant
jamais été en contact
avec ce parasite développent
le plus souvent
des formes sévères d 'artérite
vermineuse
lors de leur première contamination.
Diagnostic: Le diagnostic clinique est difficile à réaliser,
les symptômes n'étant pas
caractéristiques.
Dans la grande majorité
des cas les infestations
à strongles digestifs sont
mixtes et associent
grands et petits strongles.
Une forte suspicion
de strongylose digestive
sera formulée lors
de surpâturage, de traitements
anthelminthiques
peu réguliers, de perte
de poids ou de mauvaise
croissance, d'anémie, etc.
Une palpation ou un examen
échographique
par voie trans-rectale
permettent de déceler
la présence des anévrismes
de l'artère mésentérique.
Les examens coproscopiques
ne permettent
pas de différencier morphologiquement
les
œufs de S. vulgaris de
ceux des autres strongles
digestifs.
La coproculture permet
le développement des
larves infestantes L3 dont
la diagnose est
beaucoup plus aisée.
Anémie, neutrophilie, éosinophilie
et augmentation
des béta-globulines sont
souvent observées
lors d'artérite vermineuse.
Ces modifications
sanguines ne sont pas cependant
univoques
mais donnent des indications
relatives à
un parasitisme.
Méthodes de lutte:
- Traitement anthelminthique:
La plupart des anthelminthiques
sont actifs
contre S. vulgaris et les
phénomènes de résistance
vis-à-vis de ce parasite
sont rarement observés.
Les benzimidazoles, le
dichlorvos et les
macrolides antiparasitaires
(Ivermectine
et Moxidectine) sont efficaces
contre les
larves en migration et
les adultes de S.
vulgaris. Le pamoate de
pyrantel, non absorbé
par voie digestive, n'a
qu'une action adulticide.
- Prophylaxie:
Les traitements ont surtout
pour but de réduire
la population parasitaire
pour limiter la
contamination des pâturages.
Le rythme des
traitements à entreprendre
dépendra des molécules
utilisées. Par exemple
le traitement au pyrantel
et aux benzimidazoles est
recommandé toutes
les 4 à 6 semaines. Pour
les macrolides antiparasitaires
cet intervalle pourra être
de 8 à 12 semaines
selon les conditions épidémiologiques.
Sur un plan pratique, valable
dans les zones
tempérées, les périodes
essentielles de traitement
doivent coïncider avec
les époques où la
contamination des pâturages
sera maximale,
c'est à dire au printemps
et en début d'été.
Des essais de vaccination
avec des larves
irradiées de S. vulgaris
ont fait diminuer
la gravité des lésions
d'artérite en comparaison
avec des animaux non-vaccinés.
- Interventions dans le
milieu:
Il faut bien sûr éviter
le surpâturage et
pratiquer la rotation des
pâtures surtout
après chaque traitement
de façon à limiter
les risques de ré-infestation
par les larves
L3 présentes.
Les strongles digestifs
des équidés étant
spécifiques d'espèce on
peut utiliser les
pâturages contaminés pour
les ruminants.
Références:
Austin SM. Larges Strongyles
in horses. The
compendium, 1994, 16 (5);
650-57.
Duncan J, Love S. Parasitism
with S. vulgaris
in the horse. Point Vet,
1990, 21 (126);
849-857.
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