| L'HYPODERMOSE OU VARON
DU CHEVAL
Bien que beaucoup
plus fréquemment
rencontrée chez les ruminants, l’infestation
des équidés par des larves d’hypodermes
n’est pas exceptionnelle, surtout dans les zones
où l’hypodermose bovine est observée.
Généralités
Différentes espèces
d’Hypodermes sont susceptibles de parasiter les équidés.
Les plus fréquemment observées sont Hypoderma
bovis et Hypoderma lineatum chez les ruminants domestiques,
Hypoderma diana et Hypoderma acteon chez les cervidés
sauvages.
Les équidés, comme les bovins, sont considérés
comme des hôtes obligatoires pour H. bovis, cependant
les autres espèces d’hypodermes sont susceptibles
d’infester les chevaux même si leur cycle de
développement n’est pas toujours complet.
- Espèces affectées :
Les ruminants domestiques : bovins, ovins, caprins.
Les cervidés sauvages.
Tous les équidés: chevaux, poneys, ânes,
mulets.
Exceptionnellement l’homme.
- Répartition géographique :
Parasites cosmopolites rencontrés sur tous les continents
dans l’hémisphère Nord entre le 25ème
et le 60ème parallèle.
- Importance :
Affection peu fréquente chez les équidés,
son incidence médicale est généralement
peu importante. Cependant la migration erratique des larves
d’hypoderme peut occasionner des troubles nerveux très
sévères lors de localisation à la moelle épinière
ou à l’encéphale.
Biologie
Les hypodermes sont des insectes
de l’ordre des Diptères et de la famille des
Oestridés.
Les adultes ressemblent à des mouches très
velues, de teinte jaunâtre avec des rayures foncée
et mesurent 12 à 16 mm de long. Ils n’ont pas
de pièces buccales et ne peuvent donc se nourrir.
De ce fait leur vie est très courte (3 à 5
jours) et leur seule activité est de se reproduire
et pour les femelles d’assurer la ponte de leurs œufs.
En règle générale les adultes apparaissent
durant l’été (juin/juillet) mais on peut
remarquer de fortes disparités en fonction des régions
du fait de la longueur du cycle larvaire. Immédiatement
après accouplement les mouches volent dans un rayon
de 5 kms en zone prairiale pour aller pondre.
Les femelles sont fortement attirées par les bovins
ou les équidés et viennent parfois en très
grand nombre pondre leurs œufs sur le poil des animaux
principalement sur les membres, l’abdomen et les flancs.
L’abondance d’hypodermes adultes et leur bourdonnement
entraîne très souvent des mouvements de nervosité ou
de panique chez les animaux. Chaque femelle peut pondre jusqu’à 800 œufs
sur le même individu. Ces derniers sont disposés
par "grappes" de 6 à 8. Ils sont fixés
aux poils par l’intermédiaire par un appendice
terminal en forme de crochet. Ces œufs mesurent 1 mm
de long.
Au bout de 4 à 7 jours les œufs éclosent
et donnent naissance à de minuscules larves qui vont
pénétrer au travers de la peau créant
ainsi de très fortes irritations locales.
Dans le cas d’Hypoderma lineatum, les larves cheminent
ensuite dans le tissu conjonctif pour gagner le diaphragme
tout en augmentant en taille. De là, elles migrent
pour gagner la paroi de l’œsophage où elles
vont demeurer jusqu’à l’été ou
l’automne en atteignant une taille de 12 à 13
mm de long. En janvier/février les larves migrent
alors en direction du tissu conjonctif sous-cutané de
la région dorsale de l’animal. Les larves d’H.
lineatum ne traversent jamais le canal rachidien et en aucun
cas ne peuvent induire de symptomatologie nerveuse. Les larves
y séjourneront 2 à 3 mois et mesurent alors
2,5 / 3 cm. Elles sont appelées communément
varons (vient du latin varus signifiant une pustule). Elles
provoquent la formation d’un nodule à coque
fibreuse épaisse dans le tissu sous cutané dorsal
et se nourrissent au dépens du liquide nécrotico-hémorragique
contenu dans ce nodule. Elles respirent par un pertuis ouvert
au sommet de l'abcès.
Dans le cas d’Hypoderma bovis, Les larves migrent le
long des trajets nerveux du tissu sous-cutané vers
le canal rachidien. Les L1 demeurent durant de nombreuses
semaines (toute la période hivernale) dans le canal
rachidien, en position lombaire. Arrivée à une
taille de 15-17 mm, elles reprennent leur migration en traversant
la masse musculaire lombaire pour gagner le tissu conjonctif
sous-cutané dorso-lombaire et y former des nodules
varoneux. Les mues de la L1 à la L3 ont lieu dans
ces nodules. Les larves s’y développent environ
11 semaines, puis la L3 sortira par l’orifice cutané,
tombera au sol puis se transformera en pupe en 24 à 36
heures. Les mouches naissent 30 à 40 jours après la
pupaison. Il faut un degré hygrométrique particulièrement
bas (10%) pour que la nymphe puisse se transformer en adulte.
Le cycle est bouclé en un an.
Les varons peuvent être détectés en France
de fin mars à fin juillet et arrivent par vagues successives
dans le dos des animaux. Dans le cas d'infestation moyenne
on peut en dénombrer de 10 à 40 par animal,
ce qui représente au cours d'une saison une charge
parasitaire totale de 20 à 100 varons. Dans le cas
de forte infestation, le nombre de varons par animal peut
atteindre plus de 300, cette situation est encore visible
de nos jours dans certains pays n'ayant engagé aucune
mesure de contrôle. Le nombre moyen de varons diminue
avec l'âge des animaux mais n'atteint jamais le niveau
zéro, même chez les animaux les plus âgés.

Epidémiologie
- Epidémiologie analytique :
Le varon peut affecter les équidés de tout âge,
mais elle est plus fréquente chez les jeunes. C'est
une affection essentiellement printanière et survient
sur des animaux mis au pâturage l’été précédant.
La mise en place en Europe d’un plan d’éradication
des varons, basé sur une inspection et un traitement
systématique des bovins pourrait expliquer la recherche
de nouveaux hôtes par les hypodermes ne pouvant plus
"infester les bovins". - Epidémiologie descriptive :
En règle générale la contamination
des équidés par les hypodermes est en relation étroite
avec l’existence de cas de varon chez des bovidés
vivant à proximité. Ne pas oublier que
les mouches peuvent parcourir près de 5 kms pour
pondre leurs œufs. Il est par contre très
difficile d’estimer le rôle exact de l’hypodermose
des cervidés sauvages dans la contamination des
chevaux. Certaines publications font état de cette
possibilité mais toutefois sans que l’évolution
au stade varon ne soit possible.
Etude clinique
- Symptômes :
Lors du passage des larves au travers de la peau on peut
observer des lésions cutanées et rarement
du prurit.
Les nodules sous-cutanés en région dorsale
peuvent donner lieu à la formation d’abcès
plus ou moins volumineux. En règle générale,
et hormis le cas d’infestation massive, le varon
provoque peu d’incidence sur l’état
général de l’animal.
Cependant il peut y avoir des migrations erratiques des
larves qui peuvent se retrouver dans la moelle épinière,
l’œil, le cerveau
- Lésions :
Les larves d'hypodermes en fin de migration dans le tissu
sous cutané dorsal provoquent de longues traînées
oedémateuses, l'importance de ces réactions
augmente avec le nombre de varons.
Lors de localisation dans le tissu nerveux on observe
des hémorragies et la formation d’un tissu
nécrotique entourant la larve.
- Diagnostic :
La localisation des lésions et la présence
de larves ressemblant aux larves de gastérophiles
dans les nodules sous-cutanés permettent de confirmer
le diagnostic.
- Hypodermose humaine :
Les cas d'hypodermose humaine sont devenus très
rares en France depuis l'application du plan varon en
1988. Ce sont surtout les enfants qui présentaient
cette pathologie au cours de l'automne. Chaque année
4 à 5 cas étaient déclarés.
Les signes cliniques se traduisaient par des accès
fébriles souvent une forte éosinophilie
et un syndrome de Larva migrans. Ces patients étaient
porteurs de larves infestantes d'hypoderme. Ils avaient
contracté le parasite au printemps précédant
en étant au contact avec des animaux sur lesquels
des oeufs d'hypoderme étaient en cours d'éclosion.
Chez les humains, comme chez les bovins, ces larves ont
un géotropisme négatif. Les larves d'hypoderme
atteignent après quelques mois de migration, les épaules,
la tête des patients et les localisations oculaires
sont fréquentes avec parfois pour conséquence
la perte de l’œil. Dans les cas d'hypodermose
humaine ces larves n'évoluent qu'exceptionnellement
au stade varon.

Méthodes de lutte En France de 1940 à 1978,
sur la base des dispositions du code rural, plusieurs
plans locaux ont tenté de faire chuter le niveau
de prévalence générale de l’hypodermose
bovine par un traitement curatif des jeunes animaux,
généralement plus varonnés. Mais
l’infestation se reporte sur les animaux plus âgés
qui jouent alors le rôle de réservoir
de l’hypodermose et assurent la ré-infestation
d’année en année. A partir de 1989,
le Ministère de l'Agriculture confie la maîtrise
d’œuvre d’un nouveau programme de
lutte contre l'hypodermose à la Fédération
Nationale des Groupements de Défense Sanitaire
(FNGDS). Les actions de lutte contre l’hypodermose
bovine font l’objet de programmes établis à l’échelon
régional. Lorsque moins de 5% des cheptels d’un
canton sont atteint d’hypodermose le canton est
considéré comme assainie et les traitements
généralisés sont suspendus. Des
traitements tactiques sont maintenus dans les exploitations
infestées.
- Les traitements curatifs :
Ces traitements visent à détruire les larves
lorsqu’elles sont en fin d’évolution
larvaire au stade varon, alors que la majorité des
dégâts ont été produits par
ces parasites.
L’élimination manuelle ou chimique par application
d’insecticides, au fur et à mesure de l’arrivée
des différentes vagues de varons demande beaucoup
de main d’œuvre et beaucoup de rigueur. L’application
locale de métrifonate ou trichlorfon n’est
pas autorisée chez les équidés.
- Les traitement préventifs :
Les
avermectines sont actives vis-à-vis de toutes
les formes larvaires d’hypodermose chez les bovins
par voie injectable, orale ou en "pour on".
La cible des traitement est la larve de premier stade
en migration, de septembre à décembre,
dans le tissu conjonctif profond des animaux. En intervenant
précocement au cours du cycle parasitaire les
dégâts occasionnés par ces parasites
seront limités.
Il faut éviter de traiter les animaux en janvier/février
lorsque les larves migrent de la muqueuse oesophagienne
vers le tissu conjonctif dorsal pour éviter des
réactions anaphylactiques.
Aucun des vermifuges équins à base d’avermectine
ne comporte l’indication de traitement des larves
d’hypoderme, cependant la très grande activité de
ces molécules chez les bovins peut laisser supposer
que ces produits sont également actifs contre
les formes larvaires d’hypodermose chez les équidés.
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