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TIQUES DU CHEVAL

Chez les équidés, comme dans d'autres espèces animales, l'infestation par les tiques peut être à l'origine de manifestations pathologiques diverses provoquées soit par l'effet direct de ces arthropodes soit par les maladies qu'ils peuvent transmettre.

Espèces : La plupart des mammifères et en particulier tous les équidés.

Epidémiologie

Les tiques sont des arthropodes très ubiquitaires et susceptibles de prendre leur repas de sang sur de nombreuses espèces animales. Appartenant à la classe des Arachnides, à l'ordre des Acariens et à la famille des Ixodidés, on compte 8 genres de tiques regroupant chacun plusieurs dizaines d'espèces différentes. La répartition de ces espèces n'est pas uniforme et varie en fonction des régions et des continents. Nous aborderons les principales espèces rencontrées en Europe comme parasites fréquents des équidés.
En Europe, les espèces de tiques les plus fréquentes appartiennent aux genres Ixodes, Dermacentor, et Rhipicephalus.

Genre

Espèce

Localisation

Maladies transmises aux équidés

Ixodes

ricinus

Cosmopolite
Forêts

Borreliose de Lyme
Ehrlichia equi
Rickettsia sp
Rickettsia conorii
Louping ill virus
Bunyavirus

"

persulcatus

Europe Centrale
Forêts

Ehrlichia equi
Borreliose de Lyme
Maladie de Borna ?

"

hexagonus

Europe
Zones rurales

Borreliose de Lyme
Rickettsia sp

"

trianguliceps

Europe
Forêts

Borreliose de Lyme
Rickettsia sp

Dermacentor

reticulatus

Europe
Périurbain

Babesia caballi
Bunyavirus
Rickettsia sp
Rickettsia conorii

"

marginatus

Europe Centrale
Europe du Sud

Bunyavirus
Babesia caballi
Rickettsia conorii

Rhipicephalus

sanguineus

Europe du Sud
Habitations

Bunyavirus
Babesia caballi
Rickettsia conorii
Peste équine

"

turanicus

Europe du Sud
Périurbain

Rickettsia conorii
Rickettsia sp

"

pusillus

Europe
Zones rurales

Rickettsia conorii
Rickettsia sp

"

evertsi

Afrique du Nord

Theileria equi
Borrelia theileri

"

bursa

Europe
Afrique

Theileria equi
Bunyavirus

Boophilus

annulatus

Europe Centrale
Bassin Méditerranéen

Babesia caballi
Borrelia theileri
Bunyavirus

Margaropus

annulatus

Europe du Sud

Babesia caballi

Amblyomma

cajennense

Antilles

Theileria equi
Rickettsia sp

Haemaphylasis

concinna

Europe Centrale

Babesia caballi

"

truncata

Afrique du Nord

Babesia caballi

Hyalomma

lusitanicum

Italie Espagne Portugal

Babesia caballi

"

turanicum

Europe du Sud

Babesia caballi

"

dromedarii

Afrique du Nord

Babesia caballi
Borrelia theileri


Certaines espèces de tiques sont répandues dans toute l'Europe, et en particulier I. ricinus, R. sanguineus et D. reticulatus. Les autres espèces ont des répartitions géographiques plus ou moins large. La carte épidémiologique des différentes espèces de tiques est très fragmentaire en Europe. En fonction de leurs cycles et de leurs biotopes, certaines espèces sont plutôt localisées dans les massifs forestiers (comme I. ricinus) alors que d'autres comme R. sanguineus peuvent effectuer leur cycle à l'intérieur même des habitations ou des écuries.

Il y a peu d'études épidémiologiques sur l'importance de l'infestation par les tiques chez les équidés. La fréquence de ce parasitisme externe est mieux connue au travers des différentes maladies transmises et en particulier les babésioses ou la borréliose. Pour certains agents infectieux, l'espèce équine doit être considérée comme un réservoir potentiel de zoonoses. C'est le cas en particulier d'Ehrlichia equi, agent de l'Ehrlichiose Granulocytaire Equine, qui serait responsable de l'Ehrlichiose Granulocytaire Humaine, maladie très répandue en Scandinavie et Europe de l'Est.

Cycle de Vie

Les tiques sont des arthropodes hématophages stricts. Leur développement passe par 4 stades successifs: l'œuf, (pondu par la femelle après fécondation et repas de sang), la larve (de petite taille et ne possédant que 3 paires de pattes), la nymphe (de taille intermédiaire et ayant 4 paires de pattes), et enfin l'adulte (le mâle est nettement plus petit que la femelle et est rarement hématophage).
Les mues successives n'ont lieu qu'après un repas de sang unique pris sur des hôtes à chaque stade.
Suivant les types de biotopes préférentiels des tiques on peut les classer en tiques endophiles (locaux d'habitation, étables, fissures de murs), pholéophiles (cavernes), troglophiles (terriers de mammifères) ou exophiles (sol et végétation). De même, le cycle évolutif des tiques peut varier en fonction du nombre différent d'hôtes nécessaires aux mues. On parle de cycle monophasique (ou monoxène) lorsque les 3 stades évolutifs se déroulent sur le même hôte, de cycle diphasique (ou dixène) lorsqu'il n'y a qu'un seul hôte pour la larve et la nymphe, puis un autre hôte pour le stade adulte, et enfin un cycle triphasique (ou trixène) où un hôte différent est nécessaire pour chaque stade (cycle original des Ixodidés).
D'autre part, le choix des hôtes n'est pas identique à tous les stades évolutifs. Il existe des espèces monotropiques (larves, nymphes et adultes recherchent le même hôte), des espèces ditropiques (larves et nymphes se nourrissent sur des petits mammifères mais les adultes sur des grands mammifères) et des espèces polytropiques (larves et nymphes sont ubiquistes et les adultes sont plus spécifiques d'un hôte).

  • Rhipicephalus sanguineus ou tique domestique est une tique endophile, triphasique et ditropique. Elle effectue son cycle de préférence sur le chien, les larves et nymphes peuvent parasiter des petits rongeurs et la forme adulte peut parasiter des grands mammifères ainsi que l'homme. Dans le genre Rhipicephalus, certaines espèces peuvent transmettre la babésiose équine.
  • Ixodes ricinus ou tique des bois est une tique exophile, triphasique et polytropique. Elle n'est parasite, à chacun de ses stades évolutifs, que pendant quelques jours et sa vie en dehors de l'hôte peut durer plusieurs mois, voire une année. Le cycle complet de développement peut durer jusqu'à 3 ans. C'est le vecteur principal de la borréliose de Lyme, de la babésiose bovine, de l'ehrlichiose granulocytaire équine, etc.
  • Ixodes hexagonus est une tique troglophile, triphasique et ditropique. Elle intervient également dans la transmission de la borréliose de Lyme.
  • Dermacentor reticulatus, probablement la plus fréquemment rencontrée chez les équidés, est une tique exophile, triphasique et polytropique. Elle intervient dans la transmission de Babesia caballi et de rickettsioses. C'est aussi la principale tique parasite du chien, vecteur de la babésiose canine.

    Les tiques s'infectent lors d'un repas de sang pris sur un animal déjà contaminé. Pour la plupart des maladies l'infection se transmet de façon transtadiale (transmission de l'agent infectieux aux différents stades de développement), mais parfois également sur un mode transovarial (transmission de l'agent infectieux aux générations suivantes), ce qui est le cas pour les piroplasmes du genre Babesia.

Pathogénie

La première action pathogène des tiques est d'ordre mécanique, traumatique et irritatif. La pénétration de l'hypostome de la tique se fait par des mouvements de lacération de l'épiderme et par une sécrétion salivaire abondante. Autour du "canal" ainsi formé, les tissus de l'hôte sont digérés provoquant une rupture des capillaires sanguins et lymphatiques. Une matrice glycoprotéique formant un cément d'origine salivaire se constitue, qui assure une solide fixation de la tique sur son hôte.
La lyse tissulaire ainsi que la présence de différents enzymes salivaires (anticoagulants, lipases, protéases, prostaglandines) entraînent la formation d'une réaction oedémateuse, inflammatoire et prurigineuse. Les substances salivaires sont des allergènes pouvant déterminer des réactions de type anaphylactique. Après le détachement de la tique, la lésion nécrotique demeure indurée, prurigineuse et peut exsuder pendant plusieurs semaines. Des complications bactériennes avec abcédation ne sont pas rares.
Indépendamment de l'effet mécanique cytolytique et prédateur, les tiques peuvent manifester un pouvoir pathogène particulier par les toxines présentes dans la salive. Ces toxines neurotropes vont provoquer les paralysies à tiques. Bien que rarement observées sur les équidés en Europe, certaines espèces (I. ricinus et R. bursa en particulier) sont à l'origine de manifestations nerveuses chez les petits ruminants et l'homme.
Le pouvoir pathogène des tiques se manifeste le plus souvent par la possibilité de transmission de différentes maladies parasitaires ou infectieuses. Chez le cheval les maladies les plus fréquentes transmises par les tiques sont les suivantes :

1. Babésioses ou piroplasmoses équines
Elles sont dues à Babesia caballi transmis de façon trans-ovarienne et trans-stadiale par des tiques des genres Dermacentor et Rhipicephalus ou à Theileria equi (anciennement Nuttalia, Achromaticus ou Babesia equi) transmis uniquement de façon trans-stadiale par des tiques du genre Dermacentor et Rhipicephalus.
Elles se manifestent par des formes aiguës ou chroniques, sévères ou bénignes et sont caractérisées par l'association d'un syndrome fébrile et hémolytique, avec notamment de l'anémie, de l'ictère, des troubles locomoteurs, des oedèmes déclives et un degré plus ou moins marqué d'hémoglobinurie. L'incubation peut durer de 1 à 3 semaines. La babésiose à T. equi est généralement plus sévère que celle due à B. caballi.
POUR EN SAVOIR PLUS

2. Ehrlichiose Granulocytaire Equine
Ehrlichia equi est une rickettsiose spécifique des équidés, très proche d'une ehrlichia humaine responsable de l'Ehrlichiose Granulocytaire Humaine, et d'E. phagocytophila retrouvée chez les ruminants. Il s'agit d'une zoonose et des cas d'Ehrlichiose Granulocytaire dus à E. equi ont été décrits chez l'homme et chez le chien. Cette maladie infectieuse est transmise par différentes espèces d'Ixodes et de Rhipicephalus. L'infection des tiques ne se réalise pas par la voie trans-ovarienne, mais uniquement par voie trans-stadiale.
Après une incubation d'une dizaine de jours, les signes cliniques les plus fréquents sont de l'anorexie, de la fièvre, des oedèmes déclives, de l'ictère avec pétéchies sur les muqueuses. Dans quelques cas ataxie et orchite sont aussi observées. Les normes sanguines sont altérées: leucopénie, thrombocytopénie et anémie, avec présence d'inclusions dans le cytoplasme des neutrophiles et éosinophiles.
POUR EN SAVOIR PLUS

3. Ehrlichiose Monocytaire Equine ou Fièvre du Potomac
Une autre Ehrlichiose équine est décrite aux Etats-Unis, et quelques cas ont été observés en France et en Europe. Cette Ehrlichiose est provoquée par Ehrlichia risticii, mais l'on ne connaît pas, à l'heure actuelle, quel en serait l'arthropode vecteur. Des tiques du genre Dermacentor et des taons ont pu être contaminés expérimentalement et transmettre cette affection. Des articles récents font intervenir également de petits mollusques comme source de contamination. Les signes cliniques de cette maladie sont de la fièvre, une forte dépression ainsi qu'une diarrhée profuse. La mortalité peut atteindre 30% des chevaux infectés.
POUR EN SAVOIR PLUS

4. Autres Rickettsioses
D'autres espèces de rickettsies sont susceptibles d'infecter les équidés entraînant soit des états pathologiques divers, soit un état de portage chronique asymptomatique qui peut être à l'origine de la contamination des tiques et donc de la contamination d'autres espèces animales ou même de l'homme.

5. Borréliose de Lyme
En Europe, les tiques du genre Ixodes sont responsables de la transmission d'une maladie bactérienne, la Borréliose de Lyme. Cette zoonose peut atteindre l'homme, le chien, les ruminants mais aussi les équidés. Différentes bactéries sont incriminées: Borrelia burgdorferi, Borrelia afzelii, Borrelia garinii.
Chez le cheval, les signes cliniques de cette affection sont assez difficiles à mettre en évidence. La toute première lésion observable est un érythème cutané à l'endroit où la tique infectée s'est fixée. Puis, dans un délai variable, on peut observer une boiterie aiguë, de l'anorexie et de l'hyperthermie. Dans certains cas des arthrites aiguës et très douloureuses sont observées au niveau des articulations carpiennes et tarsiennes. Des complications neurologiques et oculaires sont plus rarement observées. Dans la majorité des cas, la Borréliose de Lyme se traduit par une baisse des performances, une moindre résistance à l'effort et une fatigue chronique.
POUR EN SAVOIR PLUS


Prévention - Contrôle

Il existe peu de spécialités vétérinaires autorisées chez le cheval pour prévenir ou traiter les infestations par les tiques. Les organophosphorés et les carbamates ont une bonne activité mais une rémanence de courte durée. Les pyréthrinoïdes sont efficaces et présentent une rémanence moyenne, cependant des résistances sont de plus en plus observées. L'Ivermectine a un effet létal immédiat sur les tiques et un effet protecteur d'environ 3 semaines. Cependant elle doit être utilisée sous forme injectable qui n'est pas autorisée chez les équidés.

La rotation des pâturages, combinée ou non à des traitements acaricides constitue une bonne solution pour faire décroître les risques d'infestation par les tiques.

 
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