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DERMATOPHYTOSES EQUINES

Les Dermatophytoses ou Teignes sont des mycoses dermatologiques superficielles, infectieuses et contagieuses, dues à l'action pathogène de champignons épidermotropes et kératinophiles, les Dermatophytes, capables d'une longue survie dans le milieu extérieur.

Etiologie

Les Dermatophytes ont une grande affinité pour l'épiderme kératinisé et les phanères. Certains sont des parasites stricts, ne survivant dans le milieu que sous la forme de spores (M. equinum et T. equinum), d'autres peuvent vivre et se développer dans le milieu, ils sont dits telluriques (M. gypseum, T. mentagrophytes). Certaines espèces sont spécifiques mais la plupart sont ubiquistes et facilement inter-transmissibles.
Ils sont adaptés à la digestion de la kératine et élaborent des protéases kératolytiques. La longévité d'un mycélium de Dermatophyte est de quelques semaines, mais les arthrospores dispersées à partir du mycélium créent de nouvelles colonies au voisinage de la lésion primitive.
Plusieurs espèces sont susceptibles de parasiter les équidés :

Trichophyton equinum : agent d'une teigne trichophytique, forme la plus fréquente des teignes chez les équidés. C'est une espèce spécifique et non zoonosique (à l'exception d'une sous-espèce Trichophyton equinum autotrophicum). Cette spécificité est liée à une dépendance métabolique vis-à-vis de l'acide nicotinique que seuls les équidés possèdent physiologiquement en quantité suffisante pour permettre la croissance de ce Dermatophyte.
Microsporum equinum : agent d'une teigne microsporique, représentant plus de 40% des teignes équines. Pouvant infecter l'homme.
Trichophyton mentagrophytes : agent d'une teigne suppurée. Il s'agit d'une forme rare de Teigne pouvant être observée chez les équidés. Peut également parasiter les bovins, les ovins, les caprins, les porcins, les canidés et l'homme.
Microsporum gypseum : agent d'une teigne microsporique. Peut également parasiter les canidés et les félidés.

Espèces

Tous les équidés: chevaux, poneys, ânes, mulets ainsi que différentes espèces animales et l'homme en fonction des espèces de Dermatophytes.

Epidémiologie

Parasites cosmopolites évoluant le plus souvent sous forme d'épidémie dans les collectivités (chevaux de centre équestre, haras).

Les teignes ont un caractère saisonnier et se développent surtout l'hiver lorsque les animaux sont maintenus à l'écurie. En règle générale, les teignes ne sont pas des affections graves sur un plan médical, cependant leur grande contagiosité associée à des traitements coûteux et longs en font des affections économiquement pénalisantes.

Les teignes peuvent affecter tous les équidés quel que soit leur âge. Cependant les jeunes animaux paraissent plus réceptifs que les adultes. Les sujets présentant des affections cutanées et notamment des ectoparasites, certaines carences en vitamines et oligo-éléments ainsi que les traitements prolongés par les antibiotiques sont autant de facteurs qui peuvent favoriser le développement des Dermatophyties.

La contamination est directe ou indirecte, de sujet infesté à sujet sain. Cette contamination nécessite un contact étroit et prolongé entre les animaux. Cette situation est plus fréquemment observée l'hiver lorsque les animaux restent à l'écurie. Les contaminations indirectes sont fréquentes par l'intermédiaire du matériel de pansage, couvertures, tapis de selle, harnachement, etc.

Signes cliniques

L'incubation des teignes dure en moyenne de 8 à 10 jours. Les lésions siègent habituellement sur la tête et la ligne supérieure du corps, mais peuvent se développer sur l'ensemble du corps. Elles débutent par une lésion typique commune à toutes les espèces de Dermatophytes. Il s'agit d'une touffe de poils hérissés, ternes, émergeant d'une croûtelle l'enserrant à la base de 5 à 10 mm de diamètre. Par la suite, les lésions et les signes cliniques vont différer.

Trichophytie due à T. equinum
Les lésions débutantes sont similaires à celles observées dans la microsporie, mais les squames sont plus grosses et le tégument est infiltré, humide et suintant. Les lésions sont plus nombreuses et de plus grande taille (50 à 60 mm de diamètre). La contagion à l'homme reste exceptionnelle.

Microsporie due à M. equinum
Les touffes de poil tombent et laissent apparaître de petites dépilations à l'aspect de tonsure et couvertes de squames grisâtres. Le tégument sous-jacent reste sec. Lésions et poils prélevés sont parfois fluorescents en lumière de Wood. Ces lésions sont peu nombreuses, peu étendues et de 20 à 25 mm de diamètre.
En règle générale cette forme de teigne évolue vers la guérison spontanée en quelques semaines des premières lésions. Du fait de la dissémination des spores, d'autres foyers peuvent se former rendant ainsi l'évolution de l'affection beaucoup plus longue. M. gypseum donne des lésions très voisines mais non fluorescentes en lumière de Wood. La contagion à l'homme est possible.

Teigne suppurée due à T. mentagrophytes
Ce sont des formes rares de teigne chez les équidés. La chute des touffes de poil laisse apparaître de nombreuses petites dépilations (2 à 3 mm de diamètre), avec un épiderme luisant, recouvert de squames croûteuses. Ces lésions se sèchent et se pigmentent de noir. Cette forme est appelée "Herpès miliaire" et les lésions ne sont pas fluorescentes.
Une forme particulière de cette teigne, "le kérion du cheval", s'observe exceptionnellement. Les lésions sont localisées à la tête et aux naseaux, mais peuvent envahir le corps. Il s'agit de placards larges (5 à 6 cm de diamètre) saillants portant des poils agglutinés et hérissés. Après la chute des poils, le tégument est enflammé, infiltré, constellé de pustules folliculaires qui laissent sourdre un pus gris-rougeâtre. Les lésions ne sont pas fluorescentes en lumière de Wood. Cette teigne est contagieuse à l'homme.

Pathogénie

Dans les lésions cutanées, les Dermatophytes se présentent sous la forme de fins filaments de 2 à 6µm de diamètre et de 15 à 50µm de long et sont plus ou moins ramifiés. Ces filaments commencent à envahir le poil en surface avant de pénétrer vers la profondeur du follicule pileux. Ils n'envahissent jamais le bulbe pileux qui n'est pas kératinisé.
La reproduction des Dermatophytes se fait par l'intermédiaire de petits fragments du mycélium appelés arthrospores, qui constituent de véritables boutures et qui vont donner naissance à d'autres filaments permettant ainsi une extension rapide des zones cutanées parasitées. Suivant la taille de ces arthrospores on distingue des microspores (2 à 3 µm ) et des mégaspores (5 à 10 µm).
Certaines espèces de Dermatophytes (essentiellement les Microsporum) produisent un pigment spécial, la ptéridine, qui donne une fluorescence verdâtre lorsque l'on soumet les prélèvements à une lumière ultraviolette émise par une lampe de Wood.
La localisation et la répartition des Dermatophytes est quelque peu différente suivant les espèces.

disposition de type endo-ectothrix : les éléments parasitaires sont localisés sous forme de filaments intrapilaires et sous forme d'arthrospores péripilaires, peu nombreuses et en chaînettes. C'est le cas de T. equinum, de M. gypseum et de T. mentagrophytes. Dans ces formes, les poils parasités ne sont pas fluorescents en lumière de Wood.
disposition de type microsporiques : présence d'un amas de microspores, très nombreux, formant une gaine péripilaire. C'est le cas de M. equinum. Dans le cas de M. equinum, les poils lésés peuvent être fluorescents en lumière de Wood.

Certains Dermatophytes sont des parasites stricts (leur survie dans le milieu extérieur, sous forme de spores, est de plusieurs mois), mais d'autres sont telluriques et peuvent survivre, à l'état saprophytique, sur le sol: M. gypseum et T. mentagrophytes, pour des durées illimitées. Ils sont résistants aux rayons solaires mais sensibles à certains agents chimiques (formol à 1%, soude caustique à 2%, crésyl à 10%).

Diagnostic

Le diagnostic clinique est basé sur l'aspect des lésions cutanées (nettement délimitées, à contour circulaire) dépilées et avec des squames, sur l'absence habituelle du prurit (exception faite pour la forme kérion), sur une évolution lente et une certaine contagiosité.
La recherche d'une fluorescence des poils et des squames à l'aide d'une lampe de Wood (lumière à ultra violet) permet parfois de confirmer le diagnostic dans de cas de teigne à M. equinum. Des examens microscopiques de poils et de squames permettent facilement de mettre en évidence les filaments et les spores. Un traitement préalable du prélèvement avec du lacto-phénol est recommandé. Les prélèvements cutanés peuvent être mis en culture sur le milieu de Sabouraud, cette culture est parfois difficile, notamment pour T. equinum.

Traitement des teignes

Il associe un traitement local et un traitement général.

Traitement local
Dans un premier temps il est nécessaire d'éliminer le plus possible les éléments infestés par une tonte (les poils tondus devront être brûlés pour éviter toute dissémination des parasites).
Un traitement local sera également entrepris. De très nombreuses substances ont été proposées (acide undécylénique, sels d'ammonium quaternaires, sels de cuivre, préparations iodées, etc.). Elles ont un certain intérêt mais ne peuvent assurer une stérilisation totale. Les dérivés de l'Imidazole (énilconazole) sont efficaces et peu toxiques en application par voie externe. L'emploi de l'énilconazole (en solution à 0,2%) est possible pour détruire les spores dans l'environnement et sur le matériel souillé. On peut également l'utiliser pour traiter les animaux contaminés ne présentant pas encore de lésions.

Traitement général
La griséofulvine administrée par voie orale a une excellente activité vis-à-vis des Dermatophytes dont elle inhibe la formation de la paroi des filaments et leur pouvoir kératolytique. Son emploi nécessite une durée variable en fonction des agents de teigne, de 10 jours à 3 semaines à la posologie moyenne de 10 mg/kg/jour. Le traitement sera plus court pour les teignes trichophytiques, dans la mesure où ces Dermatophytes entraîne une réaction immuno-inflammatoire intense et une élimination beaucoup plus rapide des champignons que lors des infections à Microsporum.
Pour faciliter l'appétence de la griséofulvine qui est très amère, il est possible de la mélanger à du miel ou à de la confiture. Etant tératogène, son emploi est contre-indiqué chez les juments (comme d'ailleurs pour tous les mammifères) en gestation.

Des mesures sanitaires classiques sont également à appliquer : isolement des sujets infestés, désinfection du matériel de pansage et des locaux, etc.

Références

Euzeby J.
Cours de Mycologie Médicale Comparée, 1969, Vigot Frères Editeurs

Chermette R., Bussièras J.
Parasitologie Vétérinaire - Mycologie, 1993, Service de Parasitologie, ENVA.

 
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