Syndrome des Ulcères Gastriques
Equin = Equine Gastric Ulcer Syndrome = EGUS
Introduction
Etiologie
Epidémiologie
Pathogénie des ulcères
Symptomatologie
Facteurs de risque de développement d'ulcères
Diagnostic des ulcères
Traitement des ulcères
Conclusion
Bibliographie
Introduction
Les ulcères gastriques peuvent se
développer chez les poulains et chez les chevaux adultes,
quelles que soient leur race et leur utilisation.
Les chevaux athlètes sont particulièrement exposés. D'après
des examens gastroscopiques, jusqu'à 93% des chevaux de
course et 60% des autres chevaux de sport présentent des ulcères.
Même les chevaux qui n'ont pas une activité physique aussi
intense peuvent développer des ulcères : une étude réalisée
sur des chevaux de loisirs a montré la présence d'érosions
et d'ulcères chez 37% d'entre eux. Les poulains peuvent également
être atteints du fait de leur sensibilité au stress et de
leurs maladies particulières.
Les ulcères gastriques peuvent être difficiles à diagnostiquer
chez les chevaux, bien que certains signes cliniques soient
très évocateurs. La gastroscopie est l'unique technique diagnostique
fiable. Néanmoins, les vétérinaires prescrivent souvent des
traitements empiriques car ils sont peu nombreux à disposer
d'un endoscope assez long pour visualiser l'estomac chez un
cheval adulte.
Une issue médicale satisfaisante peut être apportée par des
améliorations dans la gestion hygiénique des chevaux ainsi
que grâce aux médicaments de traitement et de prévention.
Parmi ces derniers se trouvent de nouvelles molécules ou des
formes galéniques spécialement conçues pour les équidés. La
possibilité d'identifier les populations soumises à un risque
particulier et de leur apporter un traitement plus efficace
conduit à améliorer la santé et le bien-être des chevaux,
ce qui leur permet de revenir à leur niveau optimal de performance.

Etiologie
Le Syndrome des Ulcères
Gastriques Equin (EGUS) comprend un ensemble de lésions
provoquées par les acides digestifs et situées dans les
muqueuses oesophagiennes, gastriques ou duodénales du cheval.
Dans la plupart des cas, seul l'estomac est atteint. Les
animaux concernés peuvent présenter ou non des signes cliniques.
Ce syndrome comprend des cas présentant ou non des signes
cliniques, des lésions focales ou multi-focales, des atteintes
de la muqueuse glandulaire ou squameuse voire des deux,
et de la gastrite.
L'EGUS peut se présenter avec des degrés variables de sévérité,
allant d'un épithélium enflammé mais intact à des érosions
et des ulcères discrets ou étendus. Existent également des
érosions superficielles, des érosions et des ulcères hémorragiques,
des ulcères profonds avec des centres nécrotiques et enfin
des cicatrices.
L'EGUS se manifestant sous de nombreuses formes et à des
degrés divers de gravité, plusieurs systèmes de notation
ont été proposés afin de standardiser les descriptions entre
les chercheurs et les praticiens, et de préciser le traitement.
Récemment, un essai clinique a utilisé une notation en quatre
grades.
Notation de la gravité des
ulcères
- Ulcère de grade 0 : épithélium
muqueux intact (possibilité de rougeur et/ou d'hyperkératose)
- Ulcère de grade 1 : petits ulcères,
unique ou multiples
- Ulcère de grade 2 : grands ulcères, unique ou multiples
- Ulcère de grade 3 : vastes
ulcères (souvent fusionnés) avec des zones de profonde ulcération

Epidémiologie
Les lésions gastriques
sont fréquentes chez les chevaux adultes, les yearlings
et les poulains de toutes races. Les premières publications
rapportaient des découvertes d'autopsie, alors que les enquêtes
épidémiologiques les plus récentes se sont appuyées sur
des évaluations de la muqueuse gastrique in vivo. L'allongement
des endoscopes jusqu'à 3 mètres permet maintenant de visualiser
l'intégralité de l'estomac du cheval. Les vétérinaires,
les entraîneurs et les propriétaires ont donc pris conscience
de la prévalence des ulcères et de leurs caractéristiques
uniques.
Yearlings et adultes
Une enquête réalisée sur 187 chevaux (71 Pur-Sang, 3 Standardbreds
et 113 autres chevaux) a montré que les ulcères étaient
presque systématiques (92%) chez des chevaux présentant
des symptômes de maladie gastro-intestinale (douleur
abdominale, baisse de l'appétit, mauvais état général ou
amaigrissement, et/ou diarrhée). Lors d'une récente étude
gastroscopique, 84% des 143 chevaux présentés pour des troubles
gastro-intestinaux avaient des ulcères gastriques. Dans
la publication de 1989, les ulcères étaient également
largement répandus (52%) parmi les chevaux asymptomatiques.
Parmi des chevaux à l'entraînement, les ulcères étaient
présents chez 100% des chevaux présentant des signes cliniques
et chez 78% de ceux n'en présentant pas. Pour les chevaux
n'étant pas à l'entraînement, ces proportions étaient respectivement
de 86% et 37%.
D'autres études ont montré que la prévalence des ulcères
peut être très élevée chez les chevaux athlètes. Des autopsies
réalisées sur des chevaux de courses à Hong Kong ont montré
que 66% de tous les chevaux examinés avaient des ulcères
gastriques, avec une prévalence de 80% chez les chevaux
de courses à l'entraînement. Les ulcères étaient également
plus fréquents chez ce type de chevaux que chez des chevaux
au repos. Des examens post-mortem pratiqués sur 169 chevaux
(150 Pur-Sang, 4 Standardbreds, 12 Quarter Horses et 3 Appaloosas)
décédés sur les hippodromes californiens ont mis en évidence
la présence d'ulcères chez 87% d'entre eux. Plusieurs études
gastroscopiques récentes au cours desquelles des centaines
de chevaux ont été examinés ont clairement démontré la forte
prévalence (de 82% à 93%) des ulcères gastriques chez les
chevaux de courses. Le régime alimentaire et la gestion
au quotidien sont parmi les facteurs de risque, mais l'exercice
lui-même pourrait être l'agent responsable majeur. Les
ulcères peuvent être provoqués par certains programmes de
travail. L'augmentation de pression intra-abdominale liée
à l'exercice provoque un déplacement du contenu gastrique
acide vers la muqueuse squameuse où la majorité des ulcères
se forment.
Poulains
Une première étude a rapporté en 1964 la présence d'ulcères
gastriques chez les poulains, et de nombreux cas au cours
des années 1980 ont attiré l'attention sur ce problème.
L'Université de Floride a compilé en 1986 les autopsies
de 500 poulains réalisées en 4 ans et a ainsi mis en évidence
la présence d'ulcères dans 25% des cas, sans rapport avec
la race ou le sexe. Les ulcères gastriques ont été considérés
comme le problème principal et/ou la cause de la mort chez
la moitié de ces poulains, démontrant ainsi la gravité de
ce syndrome. En Virginie et au Maryland, une étude gastroscopique
a mis en évidence des ulcères gastriques chez 94 poulains
sur 183 (>50%). En 1990, une étude similaire effectuée en
Angleterre et en Irlande portant sur 75 poulains Pur-Sang
a donné une prévalence équivalente. La prévalence augmentait
radicalement chez les poulains présentant des signes de
maladies, en particulier d'origine gastro-intestinale.
Bien que les poulains secrètent significativement des acides
stomacaux dès l'âge de 2 jours et aient un contenu gastrique
fortement acide entre deux tétées, l'origine exacte des
ulcères chez ces équidés n'a pas été élucidée. Il a été
démontré que le stress augmente le risque d'apparition d'ulcères
chez les poulains et que les infections gastro-intestinales
sont probablement aussi un facteur. Le stress lié au transport,
au sevrage et à la vie en groupe sont soupçonnés d'augmenter
le risque de formation d'ulcères chez les poulains.

Pathogénie
Les ulcères gastriques surviennent
lorsque les facteurs d'agression tels que les acides et
les enzymes digestives surpassent les capacités de protection
de la muqueuse. L'acidité est une condition indispensable
à la formation d'ulcères, ce qui à conduit au vieux dicton
de Schwartz Pas d'acide, pas d'ulcère.
La sécrétion acide
Alimentés ou non, les chevaux secrètent des acides gastriques
de manière continue. L'acidité atteint d'ailleurs un pic
en l'absence d'ingestat. La production d'acide est stimulée
par les aliments, mais ces derniers en absorbent la majorité.
De plus, les bicarbonates contenus dans la salive neutralisent
une partie des acides de l'estomac. L'effet global de
l'ingestion d'aliment est donc une diminution substantielle
de l'acidité gastrique. Certains auteurs pensent que c'est
pour cela que les chevaux qui restent tout le temps au
pré pour brouter ne développent pas de lésions gastriques.
Quand les chevaux sont privés de nourriture ou ne s'alimentent
pas, le pH gastrique diminue rapidement et des érosions
de la paroi peuvent survenir en moins de 24 heures.
Lorsque des chevaux ont été soumis à une alternance quotidienne
de jeûne et de libre accès au foin, des ulcères hémorragiques
sont apparus en 48 heures. Chez les poulains, le pH gastrique
diminue drastiquement dans les minutes suivant la fin
de la tétée et donc plus les tétées sont espacées et plus
un poulain risque de développer un ulcère. Les régimes
comprenant des périodes d'alimentation normale suivies
de périodes de jeûne, comme c'est souvent pratiqué chez
les chevaux de courses, peuvent augmenter le risque d'apparition
d'ulcères. Les aliments sont souvent retirés aux chevaux
de courses dans les heures précédant l'exercice, ce qui
conduit à une élévation de l'acidité gastrique. L'hébergement
en box est associé à des troubles du comportement alimentaire
et est un facteur important de formation des ulcères.
La muqueuse dorsale non-glandulaire
(squameuse)
Les ulcères situés dans la région proventriculaire dorsale
de l'estomac du cheval sont dus à une exposition plus
intense aux sécrétions acides, tandis que ceux situés
dans la zone glandulaire ventrale résultent de défenses
muqueuses déficientes.
Le fundus dorsal de l'estomac du cheval, proche de l'œsophage,
est recouvert d'un épithélium squameux stratifié non glandulaire.
Cette paroi est extrêmement sensible aux acides qui peuvent
abîmer les cellules en quelques minutes. La plupart
des ulcères gastriques se forment à cet endroit et ressemblent
à la maladie humaine appelée Reflux Gastro-Oesophagien
(GERD ou Gastro-Oesophageal Reflux Disease).
Cet épithélium squameux est composé de nombreuses épaisseurs
de cellules recouvertes par une couche superficielle kératinisée.
La protection de la muqueuse est ici essentiellement assurée
par des jonctions serrées entre les cellules qui forment
une barrière contre les acides. Ce barrage n'est pas très
efficace et même les acides faibles (acétique ou propionique)
peuvent l'attaquer, particulièrement si le pH est bas.
Une couche de phospholipides hydrophobes a récemment été
mise en évidence sur la surface de la muqueuse squameuse
et pourrait participer à la protection.
Chez les poulains nouveau-nés, l'épithélium squameux gastrique
en cours de développement est mince et probablement plus
susceptible aux attaques acides que l'épithélium de l'adulte.
Du fait de l'évolution normale de l'estomac chez les poulains,
l'épithélium s'épaissit au cours du premier mois de vie,
probablement à la suite de l'exposition à l'acide chlorhydrique.
L'épithélium plus jeune résiste moins bien aux acides
et est donc prédisposé aux lésions d'origine peptique.
La salive vient s'ajouter aux protections physiques car
elle permet une neutralisation naturelle des acides ainsi
que l'apposition d'un film protecteur sur l'épithélium.
Une crête irrégulière, le margo plicatus, sépare la zone
squameuse de la zone glandulaire de l'estomac. La plupart
des ulcères sont localisés à cette région.
L'estomac ventral
La muqueuse gastrique ventrale est un tissu glandulaire
très différencié qui contient de nombreux types cellulaires
différents, comme ceux qui sécrètent l'acide chlorhydrique
et les enzymes digestives mais aussi ceux qui stimulent
ou inhibent la sécrétion acide. A la différence de la
muqueuse squameuse, la muqueuse glandulaire dispose de
mécanismes d'autoprotection extrêmement développés.
Elle est capable de produire une couche muqueuse protectrice
riche en bicarbonates au sein de laquelle le gradient
de pH réduit l'acidité au niveau de la surface de la muqueuse
à des valeurs proches de la neutralité. Le mucus contient
des phospholipides qui permettent de repousser le contenu
acide, et sont retrouvés dans les canaux sécrétoires des
cellules glandulaires. La zone oxyntique de la muqueuse
glandulaire se situe dans le corps de l'estomac. C'est
là que se trouvent les cellules pariétales sécrétant l'acide,
les cellules principales sécrétant le pepsinogène, les
cellules sécrétant l'histamine ainsi que celles sécrétant
la somatostatine. Ces cellules sont superposées depuis
la lumière jusqu'à la musculaire muqueuse, ce qui implique
que l'acide est transporté vers la lumière par le biais
de canaux. Le nombre de glandes oxyntiques diminuent du
corps de l'estomac vers l'antre. Cette dernière région
compte de nombreuses cellules produisant de la mucine
et du mucus mais aussi des cellules endocrines. Ces cellules
G, qui sécrètent la gastrine, sont situées dans cette
portion de l'estomac.
La pompe à proton
L'acide chlorhydrique est produit dans les cellules pariétales
par le biais d'une enzyme H+,K+-ATPase
(la pompe à proton ou pompe acide) qui permet la sortie
active des protons vers la lumière de l'estomac. Un système
de co-transport sécrète simultanément des ions chlorures
pour fabriquer des HCl. La pompe à proton est le point
focal de la production d'acide. Trois mécanismes distincts
régulent l'activité de la pompe à proton.
- la voie neuroendocrine, qui libère de l'acétylcholine
(ACh) depuis les terminaisons nerveuses dans la paroi
gastrique.
- la voie endocrine, qui implique l'hormone gastrine
produite par les cellules G de l'antre. Les médiateurs
endocrines atteignent leur cible par le flot sanguin.
- la voie paracrine, dont les médiateurs sont l'histamine
(qui stimule la pompe), la somatostatine (qui l'inhibe)
et à un moindre degré les prostaglandines (qui l'inhibent
également). Les médiateurs paracrines sont issus de cellules
adjacentes à leurs cibles et leur effet est immédiat.
Bien que ces voies puissent être inhibées individuellement
par des médicaments et donc aboutir à une réduction de
l'acidité gastrique, la pompe à proton peut toujours répondre
aux stimulations des autres circuits. Par conséquent,
bloquer la pompe à proton elle-même stoppe les effets
des trois voies - neuroendocrine, endocrine et paracrine.
Le rôle de la pepsine
La pepsine est une protéine protéolytique qui est produite
par les cellules principales dans les glandes gastriques
et activée à un pH acide (<3.0). La pepsine facilite la
digestion des protéines alimentaires mais peut également
s'attaquer aux protéines de la paroi de l'estomac et ainsi
contribuer à la formation des ulcères. La pepsine n'est
cependant pas indispensable à l'ulcération.
Les autres facteurs de
protection
La muqueuse gastrique dispose de moyens de défense supplémentaires
contre les agressions peptiques. La cicatrisation rapide
des lésions est une caractéristique des épithéliums squameux
et glandulaire et est facilitée par des facteurs de croissance
et l'irrigation sanguine. Le flux sanguin dans la muqueuse
glandulaire permet sans doute d'éliminer l'acide qui aurait
pu traverser la barrière de mucus protecteur. Le débit
sanguin est favorisé par les prostaglandines et l'oxyde
nitrique, et donc une inhibition de ces médiateurs augmentera
la sensibilité aux ulcères. La muqueuse glandulaire a
la capacité de restaurer l'épithélium de surface en quelques
minutes, ce qui permet de supporter le décollement normal
des cellules causé par le passage des aliments.
Les facteurs microbiens
La plupart des ulcères gastriques chez les humains sont
maintenant associés à la bactérie Helicobacter pylori,
qui entretient une infection chronique de la muqueuse
glandulaire gastrique. De nombreuses espèces animales
sont porteuses de leur propre variété d'Helicobacter
dans leur muqueuse gastrique, avec des conséquences diverses.
A partir de tissu gastrique de cheval, aucune espèce d'Helicobacter
n'a pu être cultivée mais de l'ADN a été isolé, ce qui
peut faire envisager la contribution de cette bactérie
à certains ulcères du poulain et du cheval.

Symptomatologie
Adultes et yearlings
Les symptômes d'ulcères sont fréquents chez les yearlings
et les adultes mais ne sont pas toujours reliés à de l'EGUS
par les vétérinaires et les entraîneurs. Peuvent être
observés : une baisse de l'appétit, un mauvais état général,
de l'apathie ou un changement de caractère, ainsi que
des coliques modérées.
Les ulcères devraient être recherchés chez les chevaux
présentant ces signes. Si l'endoscopie n'est pas une option,
il est possible d'administrer un traitement inhibiteur
des acides pendant 15 jours pour tenter un diagnostic
thérapeutique. Si une amélioration est constatée, le traitement
devrait être poursuivi et des mesures hygiéniques mises
en place pour démarrer la cicatrisation. Un examen plus
complet est souvent nécessaire pour déterminer la cause
de ces symptômes et un vétérinaire devrait toujours être
consulté en cas de douleur abdominale.
Poulains
Les poulains atteints d'ulcères gastriques sévères peuvent
présenter des coliques, un appétit capricieux, du bruxisme,
un décubitus dorsal et du ptyalisme. Cependant ces symptômes
n'apparaissent que chez une minorité de poulains qui sont
sans soute atteints par une maladie requérant une intervention
urgente. Les signes modérés et non spécifiques incluent
de l'agitation, un mauvais appétit, de la diarrhée, un
poil piqué et un ventre ballonné. Les poulains ne présentent
souvent aucun symptôme avant que les ulcères ne soient
très graves voire perforés. Les ulcères sont souvent
associés à d'autres maladies chez les poulains. L'endoscopie
est toujours indiquée quand des ulcères sont suspectés
chez un poulain et cet examen peut permettre d'évaluer
la présence et la gravité des ulcères. Un traitement empirique
améliorant les signes en 2 ou 3 jours augmente la suspicion
d'ulcères, mais du fait des conséquences potentiellement
graves chez les poulains, un traitement complet de 28
jours doit être donné si le traitement n'est qu'empirique.
Symptomatologie typique
d'EGUS
Impact des ulcères
Les ulcères peuvent être mortels chez les poulains et provoquer des lésions irréversibles dans l'estomac des poulains et des chevaux adultes. Ils peuvent également occasionner des coliques. Les ulcères peuvent altérer les performances d'un cheval en influençant son entraînement, son appétit et son tempérament.

Facteurs de risque de développement d'ulcères
De nombreux facteurs de risque
n'ont pas encore été élucidés, et des chevaux qui ne sont
pas soumis aux risques classiques peuvent néanmoins développer
des ulcères. Parmi ces agents connus se trouvent :
Exercice intensif
L'entraînement est associé de manière certaine à la formation
d'ulcères gastriques chez le cheval. La prévalence peut
atteindre 93% lors d'entraînement intensif de courses,
et reste élevée même si le niveau est moins intense. L'élévation
de l'acidité gastrique, la réduction du débit sanguin
et l'augmentation du contact entre les sécrétions et la
muqueuse squameuse sensible sont parmi les causes proposées.
Il a été démontré que pendant l'exercice le débit sanguin
diminue et que l'augmentation de pression intra-abdominale
propulse les acides vers la zone squameuse de l'estomac.
Régime
Le comportement alimentaire
et l'accès à la nourriture influent sur l'ulcération gastrique.
En général, les contraintes imposées par l'hébergement
en box par rapport au pré augmentent la probabilité d'apparition
de cette lésion.
Le type d'aliment peut également influencer le développement
des ulcères. Le niveau de gastrine post-prandiale augmente
plus lors de consommation de céréales ou de granulés que
lors de consommation de foin.
L'alimentation concentrée peut également diminuer l'apport
en fibres et le temps passé aux repas.
Le type d'aliment peut influencer la formation des ulcères.
Une publication a montré que le pH gastrique était plus
élevé et les lésions de la muqueuse squameuse moindres
lors d'alimentation à base de foin de luzerne et de céréales
que lorsque le régime était à base de foin de broméliacées.
Stress physique, maladie
et hospitalisation
Les ulcères gastriques peuvent survenir en réponse à un
stress physiologique comme cela a été démontré chez des
humains gravement malades et des poulains atteints de
divers troubles. La réduction du débit sanguin, l'ischémie
et les lésions de reperfusion sont considérés comme des
agents importants dans le développement des ulcères de
stress. Le choc, la septicémie, les coagulopathies, les
affections respiratoires et la gravité des traumatismes
sont parmi les facteurs aggravants. Des causes similaires
peuvent être rencontrées chez le poulain et le cheval
adulte. Le transport a été associé à des augmentations
du cortisol sérique, témoin de stress.
Stress psychologique
Le stress psychologique est
considéré fréquemment comme une cause d'ulcères gastriques
chez les humains et par extension, les chevaux. Ce n'est
pas démontré chez l'homme, bien que le stress et la dyspepsie
soit liés. Le stress psychologique est difficile à évaluer
chez les poulains et les chevaux, mais un environnement
stressant altère le comportement alimentaire, ce qui allonge
les périodes d'acidité gastrique.
Médicaments
Les effets secondaires négatifs
des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont dus
partiellement à l'inhibition de la synthèse des prostaglandines
avec pour conséquence une diminution de l'irrigation de
la muqueuse gastrique. Des effets toxiques locaux ont
aussi été envisagés.
Les ulcères induits par les AINS affectent essentiellement
la muqueuse glandulaire mais parfois aussi la muqueuse
squameuse. Certains AINS, comme la phénylbutazone,
sont potentiellement plus nocifs que d'autres tels que
le kétoprofène. Les effets secondaires néfastes des
AINS sont démontrés pour des doses excédant les recommandations
du fabricant.
Ces molécules n'étaient pas impliquées dans la forte prévalence
des ulcères lors d'études gastroscopiques réalisées sur
des Pur-Sang de courses en Californie et au Maryland,
ni lors d'une compilation d'autopsies de chevaux de courses
à Hong Kong.

Diagnostic
des ulcères
Les signes cliniques peuvent
suggérer l'EGUS, mais ils sont rarement significatifs
lors d'œsophagite, d'érosion ou d'ulcération gastrique
ou duodénale. L'unique méthode de diagnostic fiable est
la gastroscopie. Cet examen permet de déterminer si un
trouble peptique est présent puis d'adapter le plan thérapeutique.
La taille et l'anatomie du
cheval ne facilitent pas la réalisation optimale d'une
gastroscopie complète, mais l'équipement a évolué ces
dernières années et permet désormais au vétérinaire de
visualiser soigneusement l'œsophage, l'estomac et le duodénum
chez les adultes et les poulains.
Chez le cheval, la longueur
de l'endoscope doit être d'au moins trois mètres, ce qui
est assez long pour atteindre le pylore. Aucun test sanguin
ne permet le diagnostic de l'EGUS et si des anomalies
sanguines sont mises en évidence, une autre hypothèse
diagnostique doit être envisagée. Le cheval peut souffrir
d'ulcères mais aussi d'autres troubles. Le méléna comme
le sang occulte dans les crottins n'est pas un bon indicateur
d'ulcères gastriques chez le cheval mis à part chez le
très jeune poulain.
Chez les poulains plus âgés
et les chevaux, la microflore présente dans le colon digère
l'hémoglobine, ce qui fait que ce test n'est pas fiable
même lorsque les lésions saignent.

Traitement
des ulcères
Le traitement des ulcères vise
à faire disparaître les signes cliniques, faciliter la
cicatrisation ainsi que prévenir les complications et
les récidives. La majorité des ulcères étant liée à
une augmentation d'acidité, la sécrétion des acides doit
être réduite pendant suffisamment de temps pour permettre
à la muqueuse gastrique de cicatriser. Les bonnes
pratiques vétérinaires suggèrent que le contrôle de l'hygiène,
de l'alimentation, de l'exercice, ainsi que les traitements,
ont tous un rôle dans la gestion de l'EGUS.
Gestion de l'entretien
Lorsque c'est possible, l'équilibre entre l'attaque acide
et les défenses épithéliales peut être rétabli en éliminant
des facteurs de risque comme l'entraînement excessif,
l'alimentation excessive en concentré et déficitaire en
fibres, ou l'enfermement en box. Les chevaux subissant
un entraînement intensif qui sont mis au pré voient leurs
ulcères cicatriser sans intervention supplémentaire, même
si c'est plus lent et moins certain que s'ils recevaient
des traitements.
Entraînement
L'arrêt de l'entraînement et de la compétition peut
souvent faciliter la cicatrisation, mais ce n'est pas
très réalisable. Chez des Pur-Sang ne recevant pas
de traitement, la cicatrisation spontanée des lésions
de la muqueuse squameuse gastrique était rare, et les
lésions se sont aggravées avec l'entraînement. Dans une
autre étude, la plupart des chevaux souffrant d'ulcères
gastriques modérés à sévères qui ont été retirés de l'entraînement
mais maintenus en box ont montré une amélioration même
en l'absence d'anti-acides. Cependant, de nouveaux ulcères
se sont développés chez ces chevaux alors même qu'ils
n'étaient pas à l'entraînement.
Maintenant que sont disponibles de puissantes molécules
supprimant la production des acides, il n'est souvent
plus nécessaire de stopper l'entraînement ou la compétition.
Les études concernant l'oméprazole ont montré une guérison
complète des ulcères chez la plupart des chevaux restant
à l'entraînement.
Alimentation
Le libre accès
au pâturage comme au foin est recommandé pour l'obtention
de conditions optimales dans l'estomac. Bien qu'un régime
idéal pour la prévention des ulcères n'ait pas été identifié,
une alimentation riche en céréales et pauvre en fibre
devrait être corrigée pour favoriser une consommation
plus continue et augmenter la teneur en fibres.
Gestion médicale
Les deux
stratégies poursuivies dans le traitement des ulcères
sont les suivantes : augmenter le pH gastrique et promouvoir
les substances endogènes favorables à la cicatrisation
(perfusion, facteurs de croissance). Bien que tous ces
traitements aient été utilisés chez l'homme, les données
chez le cheval sont très variables quant à leur efficacité
sur la cicatrisation des ulcères, leur facilité d'administration
et leur rapport efficacité/prix.
Contrôler le pH intragastrique
: les anti-acides
Les anti-acides développés pour les humains ont été utilisés
sans indication spécifique chez les chevaux. Des mélanges
d'hydroxydes de magnésium et d'aluminium neutralisent
temporairement l'acidité gastrique. Par ailleurs, l'aluminium
peut adsorber les acides biliaires et la pepsine, et l'hydroxyde
d'aluminium stimule l'irrigation sanguine de la muqueuse.
Aucune étude contrôlée n'a été réalisée chez le cheval
pour déterminer l'action des anti-acides sur les effets
secondaires de l'entraînement ni sur la cicatrisation
des ulcères. L'augmentation du pH gastrique due aux
anti-acides est de courte durée. Les anti-acides nécessitent
des administrations fréquentes (4 à 8 fois par jour) pour
faire disparaître les signes cliniques.
Une expérimentation a été effectuée sur cinq chevaux adultes
sains et a démontré que l'anti-acide augmentait le pH
gastrique mais nécessitait l'administration d'au moins
250 mL pour avoir un pH > 4 pendant 2 heures. Il serait
donc difficile d'administrer un anti-acide en quantité
suffisamment grande et suffisamment fréquemment pour obtenir
une réponse clinique durable et une guérison sur du long
terme. Aucun effet secondaire n'a été décrit chez le cheval
mais chez l'homme, ils se manifestent sous l'aspect de
diarrhée (avec les produits contenant du magnésium), de
constipation (avec ceux qui contiennent de l'aluminium)
et d'effet rebond dans la production d'acide (hypersécrétion
soutenue après le traitement).
Les anti-acides peuvent
interagir avec d'autres médicaments administrés par voie
orale, comme la cimétidine, les glucocorticoïdes ou les
tétracyclines, diminuant donc leur concentration dans
l'organisme51.
Les antagonistes des récepteurs
à l'histamine H2
La cimétidine, la ranitidine, la famotidine et la nizatidine
agissent au niveau de la cellule pariétale en interrompant
la stimulation histaminique de la sécrétion acide.
Aussi bien la cimétidine que la ranitidine suppriment
la sécrétion gastrique acide chez l'adulte et le poulain
nouveau-né et la ranitidine prévient en plus l'apparition
d'ulcères dans un modèle de jeûne expérimental. L'efficacité
de ces molécules dépend de leur concentration plasmatique.
La durée et l'ampleur de l'inhibition acide varient grandement
d'un cheval à l'autre53. Un échec complet du traitement
résulte classiquement d'un sous-dosage. Dans une enquête
gastroscopique, 400 chevaux de courses ont été traités
soit avec de la cimétidine soit avec de la ranitidine15.
Les posologies étaient inférieures aux recommandations
pour les deux produits, et la notation moyenne des ulcères
chez ces chevaux traités était la même que chez des chevaux
non traités (2,4 sur une échelle de 0 à 3). Lors d'un
essai contrôlé sur des chevaux, la cimétidine n'a pas
permis la guérison d'ulcères à des posologies atteignant
18 mg/kg toutes les 8 heures54. Dans une publication comparant
deux traitements des ulcères gastriques chez des chevaux
de courses, la cimétidine (20 mg/kg toutes les 8 heures)
n'a pas été efficace alors que l'oméprazole l'a été aussi
bien pour le traitement que pour la prévention de la récidive55.
Une étude rétrospective non contrôlée rapporte que la
ranitidine favorise la cicatrisation des ulcères56. Les
experts recommandent que les chevaux sportifs soient écartés
de l'entraînement si des anti-H2 sont utilisés, car ces
derniers sont sans effet si l'entraînement est maintenu12.
La cimétidine peut interagir avec un grande variété d'autres
médicaments, et en particulier ceux qui subissent un métabolisme
hépatique (comme la phénylbutazone, la warfarine, le diazépam,
la phénytoïne et la théophylline). L'action de la ranitidine
sur le métabolisme des autres médicaments devrait être
minime.
Les inhibiteurs de la pompe
à proton
La suppression de l'acidité
peut être obtenue de manière très efficace grâce à l'inhibition
de la pompe acide (ou pompe à proton). Les inhibiteurs
de cette pompe (inhibiteurs de la pompe à proton ou IPP)
se fixent à l'enzyme triphosphatase-proton-potassium (ATPase
H+,K+), qui est responsable de la sécrétion des ions hydrogène
depuis les cellules pariétales vers le lumière gastrique33.
La pompe à proton est l'ultime étape commune à toutes
les voies de sécrétions acides. Son blocage arrête donc
toute sécrétion quel qu'en soit le stimulus. Les IPP sont
spécifiques de la pompe, car leur molécule change de configuration
dans l'environnement très acide de la cellule pariétale,
ce qui lui permet de se fixer à l'ATPase H+,K+. Seuls
les IPP ont cette capacité, et d'autres molécules de la
classe des benzimidazoles ne peuvent se fixer à la pompe.
Ce mécanisme d'action provoque une suppression durable
de la sécrétion acide quel qu'en soit le stimulus et permet
également une unique administration quotidienne. Du fait
de leur mécanisme d'action, les IPP ont un effet universel
qui leur permet non seulement de faciliter la cicatrisation
des ulcères mais aussi d'en prévenir l'apparition, même
lors d'entraînement intensif. L'oméprazole, un inhibiteur
de la pompe à proton, a été bien étudié chez le cheval,
et est le seul médicament ayant obtenu une autorisation
pour le traitement et la prévention des ulcères gastriques
du cheval et du poulain.
Pansements gastriques
A pH<4, le sucralfate, le sel
d'hydroxy-aluminium d'octasulfate de saccharose, se dissocie
en sulfate de saccharose et en sel d'aluminium. Les groupes
sulfates, ionisés négativement, se fixent aux protéines,
chargées positivement, dans les tissus ulcérés ou en voie
de cicatrisation. Le gel de polymère visqueux qui se forme
alors adhère plus aux lésions ulcéreuses qu'à la muqueuse
saine. L'effet supposé de ce pansement est de protéger
l'ulcère vis-à-vis d'attaques acides ultérieures. Le sucralfate
induit également une stimulation de la sécrétion de mucus,
la fixation de facteur de croissance épidermique salivaire
et l'augmentation de la synthèse de prostaglandine E.
Cependant, du fait que ces effets sont rapportés essentiellement
pour la muqueuse glandulaire, de nombreux experts doutent
que le sucralfate soit efficace lorsque les ulcères sont
situées dans la muqueuse squameuse (zone d'ulcération
la plus fréquente chez le cheval). Peu d'études ont été
réalisées sur des chevaux recevant du sucralfate. Dans
l'une d'elle, le sucralfate n'a pas prévenu l'apparition
d'ulcères gastriques induits par la phénylbutazone chez
des poulains sevrés, de race croisée Belge, âgés de 3
à 4 mois, et dans une autre, le sucralfate n'a eu aucun
effet sur des ulcères de la muqueuse squameuse. Les effets
secondaires du sucralfate sont rarement décrits bien que
peu de données soient disponibles sur son usage chez le
cheval. Le sucralfate peut interférer notablement avec
l'absorption d'autres médicaments, en particulier les
fluoroquinolones, et son utilisation simultanée avec d'autres
molécules devrait être évaluée au cas par cas.
La supplémentation en prostaglandines
Le misoprostol est un analogue synthétique de la prostaglandine
E1. Les prostaglandines augmentent le débit sanguin gastrique,
la production de mucus et de bicarbonate et améliore la
cicatrisation au niveau des cellules de l'estomac. Il
a été prouvé que le misoprostol supprime la sécrétion
gastrique acide61, mais du fait d'effets secondaires potentiels,
il n'est pas recommandé dans le traitement des ulcères
chez les poulains et les chevaux. L'activité de la prostaglandine
sur le tube digestif peut induire de la diarrhée et de
la douleur abdominale, fréquemment rapportés lors d'administration
orale chez les humains, et ces effets secondaires peuvent
survenir chez les chevaux. Le misoprostol est aussi un
puissant abortif.
Les autres traitements
Le sous-salicylate
de bismuth ne peut neutraliser les acides50. Il est largement
utilisé pour traiter l'infection à Helicobacter chez l'humain.
Des molécules prokinétiques, comme le béthanécol, administré
par voie sous-cutanée, ont été recommandées par certains
auteurs afin d'améliorer la motricité et la vidange gastrique
chez des poulains et des chevaux atteints de troubles
duodénaux ou de reflux gastro-oesophagien10,38.
Molécules dont l'utilisation
est décrite pour le traitement de l'EGUS

Conclusion
La forte prévalence des ulcères est maintenant reconnue par les praticiens équins, les entraîneurs et les propriétaires. Les méthodes de diagnostic et les options thérapeutiques soigneusement évaluées sont devenues plus abordables ces dernières années, et de plus en plus de chevaux souffrant d'ulcères sont identifiés et aidés. Du fait des caractéristiques spécifiques de l'estomac équin et des causes de la majorité des ulcères, la suppression de la sécrétion d'acide dans la lumière gastrique est le plus important facteur dans le traitement et la cicatrisation des lésions gastriques.
Le pronostic pour la récupération et la prévention des récidives est bon si le traitement associe la gestion de l'exercice et de l'alimentation à l'administration d'un traitement qui bloque la sécrétion acide. Bien que les connaissances concernant les causes des ulcères soient meilleures qu'il y a 10 ans, il reste à déterminer de nombreux facteurs physiopathologiques et épidémiologiques.

Bibliographie
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