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TETANOS
Parmi les mammifères, le cheval
est l'espèce la plus sensible à l'intoxination tétanique,
lorsque l'on se réfère à la quantité de toxine tétanique par
kilogramme de poids vif nécessaire pour entraîner la mort.
Le mot tétanos vient du grec et signifie rigidité. La première
description clinique de cette affection fut faite par Hippocrate,
vers 400 ans avant JC.
Etiologie
Le tétanos est provoqué par une
neurotoxine (ou tétanospasmine) produite par un germe anaérobie
strict Clostridium tetani, bactérie Gram négatif de
la famille des Bacillacées. C'est un germe en forme de bâtonnet
de 0,5 x 3 µm, avec une spore terminale de 0,7 x 5 µm, lui
donnant l'apparence d'une baguette de tambour (d'où l'ancien
nom de Plectridium venant du grec plectridion signifiant
baguette de tambour). Au bout de 2 jours de culture, Cl.
tetani sporule. Ces spores résistent 15 minutes à 100°C
ainsi qu'à de très nombreux désinfectants (plus de 2 mois
dans l'alcool à 90°). Dans le milieu extérieur elles peuvent
résister de nombreuses années (plus de 30 ans) à l'abri de
la lumière. C'est Nicolaier (1884) qui identifia le germe
responsable du tétanos, souvent appelé Bacille de Nicolaier.
Les spores qui pénètrent accidentellement dans une plaie où
règne un certain degré d'anoxie des tissus, vont très rapidement
germer. La bactérie va se multiplier et produire la tétanospasmine.
La contamination secondaire de la plaie par des germes aérobies
va diminuer la tension d'oxygène dans les tissus lésés et
faciliter ainsi le développement de Cl. tetani.
La toxine tétanique est surtout produite pendant la phase
exponentielle de croissance de la bactérie. C'est une protéine
assez simple d'un poids moléculaire de 150.000 et qui demeure
stable pendant plusieurs jours à +4°C. A partir du foyer infectieux,
la toxine tétanique va atteindre le système nerveux soit par
voie sanguine soit directement par adsorption au niveau des
synapses neuro-musculaires et ensuite migrer le long des troncs
nerveux.
L'action pharmacologique de la toxine tétanique est comparable
à celle de la strychnine, produisant des spasmes et des convulsions
par inhibition des nerfs moteurs, qui vont répondre de façon
exagérée et permanente aux stimuli extérieurs. Son action
est localisée au niveau des synapses cholinergiques avec une
nette diminution de la sécrétion d'acétyl-choline. La toxine
agit en bloquant la transmission cholinergique neuro-musculaire.
La tétanospasmine se fixe initialement sur les terminaisons
des nerfs périphériques. Elle migre le long de l'axone, franchit
les synapses et atteint le système nerveux central. A ce niveau,
elle se fixe sur les gangliosides GT et GD1b et bloque la
sécrétion des neurotransmetteurs d'inhibition comme la glycine
et l'acide gamma-amino butyrique. Dès lors que l'influx nerveux
ne peut plus être sous le contrôle de ces neurotransmetteurs,
il s'en suit des spasmes musculaires généralisés caractéristiques
du tétanos. La fixation de la toxine tétanique sur les récepteurs
gangliosides est irréversible.
L'activité de la tétanospasmine est mesurée par son pouvoir
létal sur l'animal. Un nanogramme de toxine tétanique représente
la dose létale minimale pour la souris. Elle est un million
de fois plus toxique que la strychnine pour la souris. Chez
les animaux à sang chaud, la dose létale minimale de toxine
tétanique varie considérablement en fonction des espèces.
Pour un premier groupe d'animaux (chevaux, moutons, chèvres,
souris et singe) la dose minimale létale est de 1 à 12, pour
les chiens et les chats elle est de 300 à 1.200, alors que
chez les oiseaux elle se situe entre 6.000 et 180.000!
Le dosage de la toxine tétanique est exprimé en unité floculantes
(Lf ou UF = la quantité de toxine montrant une floculation
après adjonction de 1 UI d'antitoxine tétanique) ou en dose
létale pour la souris ou le cobaye (DL = quantité minimale
de toxine entraînant la mort de la souris dans les 96 heures).
Epidémiologie
Cl. tetani est un des composants
habituels de la flore intestinale des herbivores. Quotidiennement
ces animaux excrètent de très grandes quantités de spores
tétaniques qui vont largement contaminer le milieu extérieur
et l'environnement. Lors de blessures accidentelles, surtout
si elles sont anfractueuses ou renferment un corps étranger,
les spores peuvent pénétrer dans l'organisme et induire le
tétanos. Les chevaux, qui vivent dans un environnement très
contaminé, sont de ce fait beaucoup plus exposés à l'infection
d'autant qu'ils sont beaucoup plus sensibles à la toxine tétanique.
Les conditions climatiques (climat chaud et humide) sont très
favorables au développement de l'affection. Dans les zones
tropicales, le tétanos est considéré comme une maladie enzootique.
Chez le cheval les causes de tétanos sont multiples. On en
dénombre quatre principales sources:
- tétanos accidentel après une plaie anfractueuse.
- tétanos chirurgical après intervention chirurgicale.
- tétanos obstétrical de la jument après poulinage.
- tétanos ombilical du poulain nouveau-né.
Signes cliniques
La durée de l'incubation varie
en fonction de la localisation de la porte d'entrée de l'infection.
Dans des régions très vascularisées l'incubation peut aller
de 2 à 4 jours, alors qu'elle sera d'au moins une semaine
dans des zones moins irriguées ou très distales. Plus rarement
cette incubation peut durer plusieurs semaines voire plusieurs
mois. C'est le cas de spores qui demeurent à l'état latent
dans des plaies anciennes qui ont cicatrisé, mais qui vont
se "réveiller" lors d'un traumatisme ultérieur de
la même région.
Plusieurs formes cliniques de la maladie sont observées chez
le cheval :
- Forme aiguë ou généralisée
Après une incubation de 4 à 8 jours, les premiers signes
cliniques apparaissent: procidence de la troisième paupière,
démarche hésitante, queue incurvée et raide, difficulté
de la mastication, rigidité musculaire, coliques sourdes.
Dans tous les cas, la procidence de la troisième paupière
doit être considérée comme un signe prémonitoire du tétanos.
Durant cette période, une hyperthermie est souvent notée.
Progressivement d'autres signes cliniques sont observés:
réactions violentes aux stimulations tactiles et auditifs,
contractions toniques généralisées, opisthotonos, convulsions
de type épileptiformes.
Dans beaucoup de cas les oreilles sont raides et dressées,
les lèvres sont pendantes (expression d'un "rire sardonique")
avec trismus lié à l'atteinte des muscles de la mastication.
L'animal ne peut manger du fait des spasmes musculaires,
il a souvent des paquets de foin qui pendent de sa bouche
(on dit "qu'il fume sa pipe"). La déglutition
étant difficile et douloureuse, on note une hypersalivation.
La tête est étirée dans le prolongement de l'encolure, le
cheval semble observer le ciel ("signe de l'astronome").
La démarche est très raide. On a l'impression que l'animal
se déplace sur des poteaux. Des crises paroxystiques se
produisent de plus en plus fréquemment en durée et en intensité.
La respiration devient difficile. Rétentions urinaire et
fécale sont fréquentes du fait de la contraction permanente
des sphincters.
Une issue fatale survient lorsque les spasmes et les contractions
atteignent les muscles respiratoires. La mort peut aussi
survenir lors de complications : fractures multiples des
membres, fausses déglutitions entraînant une broncho-pneumonie
gangreneuse, collapsus du à un arrêt cardiaque, etc.
- Forme suraiguë
Après une incubation de 2 à 3 jours, une évolution très
sévère et très rapide des symptômes déjà évoqués entraîne
la mort par atteinte très rapide des muscles respiratoires.
- Forme subaiguë ou chronique
Après une incubation de 3 semaines,
on note une évolution plus lente de la symptomatologie. Les
crises paroxystiques sont moins fréquentes et moins marquées
que dans la forme aiguë. L'évolution peut se faire soit vers
une guérison spontanée sans séquelles ou vers la forme aiguë.
- Forme localisée
Dans ce cas, le tétanos reste localisé à la région proche de
la plaie infectée, la plupart du temps il s'agit de l'extrémité
d'un membre. Le membre est alors très raide, l'articulation
est soit fléchie soit en extension. L'évolution de cette forme
vers la généralisation se fait lentement.
- Forme retardée
Les spores tétaniques localisées dans une ancienne plaie ou
dans une ancienne cicatrice chirurgicale vont pouvoir se développer
lors d'un traumatisme ou d'une nouvelle intervention chirurgicale
sur le même endroit.
Diagnostic
Le diagnostic différentiel vis-à-vis
de la rage (absence de trismus dans la rage) et des encéphalites
doit être effectué. Lors de tétanos le taux de creatinine
phosphokinase (CPK) est très élevé et en relation directe
avec la sévérité de l'affection.
Traitement
Lors de tétanos déclaré il faut
arrêter la production de la toxine au niveau du foyer infecté,
neutraliser la toxine tétanique non fixée, tenter de neutraliser
les effets de la toxine fixée au niveau des synapses neuro-musculaires,
et enfin prodiguer des soins hygiéniques de qualité.
La pénicilline reste l'antibiotique de choix pour l'élimination
du bacille tétanique localisé dans le foyer infectieux. Des
injections par voie IV (15.000 UI/kg toutes les 4 heures)
et dans la plaie (500.000 UI), seront suivies par des injections
IV (les injections IM entraînent très souvent des crises paroxystiques)
de pénicilline dans un soluté de Ringer-lactate pendant une
quinzaine de jours.
Des injections IV de Sérum Antitétanique (100 à 200 UI/kg)
seront réalisées le plus précocement possible pour assurer
la neutralisation de la toxine circulante. Comme il n'y a
pas d'immunité induite par le tétanos maladie, il faut stimuler
la réponse immune du sujet par des infections répétées d'anatoxine
tétanique (3 injections à 4/5 jours d'intervalle).
Les anticorps antitoxine ne peuvent assurer la neutralisation
de la toxine fixée sur les synapses. Par contre on utilisera
des substances médicamenteuses pour diminuer et contrôler
les spasmes et convulsions. La chlorpromazine, les barbituriques,
les benzodiazépines sont particulièrement recommandés. Pour
des chevaux de valeur et sévèrement atteints, l'anesthésie
générale avec intubation et respiration assistée représente
une excellente solution.
L'animal sera placé dans un box, au calme et à l'obscurité.
Tout sera fait pour faciliter son alimentation et son abreuvement.
Il est recommandé d'assurer la réhydratation de l'animal par
des perfusions. Des complications sont fréquentes lors de
tétanos: plaies de décubitus, rétention urinaire et fécale,
hernie hiatale. Les corticostéroïdes ne sont pas à recommander.
Prévention
Bien que non rendue obligatoire,
la vaccination des chevaux contre le tétanos devrait être
systématique du fait des risques encourus et de la grande
efficacité de cette vaccination.
Le vaccin antitétanique, mis au point par Ramon en 1925 à
l'Ecole Vétérinaire de Maisons Alfort, est produit à partir
de la toxine tétanique qui est soumise à la double action
de la chaleur et du formol. Ce traitement physico-chimique
entraîne une modification structurale de la toxine qui est
alors de structure moins hélicoïdale ainsi qu'une modification
du site toxinogène alors que les sites antigéniques ne sont
pas modifiés.
La meilleure prévention consiste à vacciner le cheval. Deux
injections espacées de 4 à 6 semaines sont nécessaires pour
la primo-vaccination, suivie d'un premier rappel un an plus
tard, puis ensuite des rappels tous les 3 ans sont nécessaires
pour maintenir la réponse immune à un niveau suffisant.
Seule la vaccination des poulains peut poser problème. En
effet la transmission des anticorps maternels est extrêmement
variable d'un animal à un autre et la grande majorité des
poulains demeure réfractaire à la vaccination pendant plusieurs
mois après la naissance. En pratique, il faut attendre l'âge
de 3/4 mois pour espérer obtenir une réponse immune post-vaccinale.
Certains poulains ne sont "vaccinables" qu'au-delà
de 6 mois d'âge.
Lorsque l'on s'adresse à un cheval non vacciné ou dont les
rappels vaccinaux sont très lointains, on utilisera la sérovaccination.
Ainsi que l'a démontré Ramon, il est tout à fait possible
d'obtenir une immunisation très rapide et durable en injectant
en deux points séparés du sérum antitétanique (1.500 UI pour
un cheval) et du vaccin antitétanique. La protection conférée
par le sérum est immédiate mais dure au maximum 21 jours.
Il faut donc poursuivre les injections de vaccin antitétanique
pour prendre le relais immunitaire. Cette méthode est très
efficace.
La prévention réalisée par injection unique de sérum antitétanique
est à proscrire dans l'espèce équine. En effet, il n'est pas
rare de voir un tétanos se développer quelques temps après
que les anticorps passifs aient été éliminés. L'injection
de sérum à titre préventif peut toutefois trouver une indication
dans la prévention du tétanos ombilical du poulain nouveau-né.
Références
Valette L., Petermann HG.
Clostridium Tetani
Manual Bact
Inf Anim, 1980, 92/2, 667-690.
Liefman CE.
Combined active-passive immunisation of horses against
tetanus
Australian Vet Journal, 1980, 56; 119-122.
Muntajib Ansari M., Matros LE.
Tetanus immunoprophylaxis in the horse
Equine Practice, 1983, 5 (8); 27- 32.
Mailhac JM
La prévention du tétanos chez le cheval
1982,
Sem Vet, 242; 4-5.
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