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MORVE

Maladie bactérienne très contagieuse, la Morve est une affection pratiquement spécifique des équidés, connue depuis l'antiquité (première description clinique par Aristote, 330 Av. J.C.), associée à l'utilisation du cheval dans les transports civils et militaires et pouvant contaminer l'homme. Pratiquement éradiquée dans les pays disposant d'une médecine vétérinaire efficace, la morve subsiste en Asie, en Afrique et plus rarement en Europe Orientale et au Moyen-Orient.

Etiologie

La morve est provoquée par un bacille Gram négatif, aéro-anaérobie, non sporulé : Pseudomonas ou Burkholderia mallei (anciennement Malleomyces ou Loefflerella mallei). Cette bactérie fut isolée en 1885 par Loeffler et elle est génétiquement apparentée à Pseudomonas pseudomallei, agent de la mélioïdose ou pseudo-morve.

Alors que P. mallei est un parasite obligatoire de l'homme et des animaux, P. pseudomallei est un germe tellurique pouvant, occasionnellement, parasiter les mammifères. En culture, la croissance est relativement lente et au bout de 2/3 jours sur gélose on observe de petites colonies translucides qui deviennent opaque avec un centre brunâtre. C'est un germe faiblement toxinogène. Toutes les souches de P. mallei possèdent un antigène O majeur (endotoxine thermostable), commun avec P. pseudomallei. Des extraits aqueux de culture obtenus par chauffage, appelés malléine, servent comme antigène pour l'étude de réactions allergiques chez les animaux contaminés. La contamination se fait par contact direct entre sujets malades et sains, mais aussi lors d'ingestion d'eau ou de fourrage contaminé. La porte d'entrée de l'infection est habituellement une érosion de la muqueuse du tractus respiratoire, plus rarement de la peau ou du tractus gastro-intestinal.

Epidémiologie

La morve touche essentiellement les équidés cheval, mulet et surtout l'âne (beaucoup plus sensible que le cheval) mais occasionnellement les ovins, caprins, canins et félins ou également l'homme. Le dernier cas équin signalé en France date de 1964.

Les Etats Unis sont indemnes de morve depuis 1940. Cependant des cas sporadiques ou des foyers sont parfois signalés en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient ou en Amérique du Sud. L'incidence de la maladie était beaucoup plus importante, en particulier au cours des deux dernières guerres mondiales, du fait de l'utilisation massive de chevaux pour les forces armées. P. mallei a même servi d'élément d'une guerre bactériologique sur le front russe durant la première guerre mondiale et sur le front chinois pendant la deuxième guerre mondiale. Par contre, il n'a jamais été décrit d'épidémie humaine de morve, même si durant les deux dernières guerres mondiales, le nombre des cas humains a augmenté de façon significative du fait de l'incidence plus élevée de cas équins.

La période d'incubation est comprise entre 10 et 14 jours après inhalation.

Signes cliniques

Chez les équidés, la morve est caractérisée par 3 formes cliniques différentes :

  • forme aiguë : essentiellement rencontrée chez les ânes et les mulets, la morve se traduit par une brutale et forte hyperthermie, des troubles respiratoires (toux, jetage mucopurulent strié de sang, dyspnée), des ulcères de la muqueuse nasale, une lymphadénite des ganglions sous-maxillaires, une atteinte oculaire (épiphora, photophobie, conjonctivite), une abondante sudation, des myalgies, etc. Ces signes cliniques sévères sont liés à une septicémie due au germe, cependant l'hémoculture n'est positive qu'à la phase terminale de la maladie qui survient en une à deux semaines.
  • forme chronique : elle se caractérise par une incubation plus longue (3/4 semaines) et une évolution plus lente pouvant cependant se terminer par la mort. Cette forme chronique est surtout observée chez les chevaux. Elle débute par une fièvre intermittente puis un jetage purulent. On observe alors des nodules miliaires jaunâtres et des ulcères de la muqueuse nasale. Les ganglions lymphatiques sont hypertrophiés, indurés et douloureux. Progressivement des abcès cutanés et intramusculaires apparaissent sur les trajets des vaisseaux lymphatiques principalement au niveau des membres. Ils laissent sourdre un liquide huileux ou farcin. Un œdème général des membres et des articulations rend la démarche très difficile. Dans certains cas on peut observer des abcédations au niveau de l'encéphale, des méninges ou du squelette. Il peut y avoir guérison après une très longue convalescence ou bien évolution vers une forme septicémique fatale.
  • forme latente : elle atteint presque exclusivement les chevaux et se traduit par la persistance de foyers au niveau pulmonaire. Sur le plan clinique, les seuls signes sont une respiration dyspnéique et un jetage mucopurulent. Les chevaux atteints de cette forme latente restent contaminants pour les autres équidés pendant de très longs mois.

Diagnostic

La détection des animaux porteurs ou malades peut se faire grâce à la mise en évidence d'une hypersensibilité aux antigènes O de P. mallei. Pour ce faire on injecte par voie intradermique une faible quantité de malléine le plus souvent en intradermopalpébral (malléination). Cependant cette méthode donne très souvent des résultats faussement négatifs en particulier lors des formes avancées ou terminales de la maladie. Plusieurs tests sérologiques viennent compléter ce diagnostic d'hypersensibilité : fixation du complément, hémagglutination indirecte et test ELISA.

Traitement

Bien que plusieurs antibiotiques et sulfamides (sulfadiazine, trimethoprim-sulfamethoxazole, doxycycline, rifampicine, etc.) se soient montré très efficace dans le traitement d'infections humaines ou d'animaux de laboratoire, le traitement des animaux atteints de morve est à déconseiller car il n'est pas sûr que ces thérapeutiques blanchissent définitivement l'animal et l'utilisation des antibiotiques doit être poursuivi pendant au moins 3/4 semaines.

Prévention

Il n'existe pas de vaccin tant en médecine humaine que vétérinaire. La prévention repose sur des mesures sanitaires classiques : détection des animaux porteurs, isolement, désinfection, mise en quarantaine et élimination.

Le code zoo-sanitaire international prévoit que les équidés provenant d'un pays considéré comme infecté doivent être accompagnés d'un certificat vétérinaire international précisant qu'ils ne présentent aucun signe clinique de morve, ont séjourné pendant les 6 mois précédant dans une exploitation indemne de morve, et ont été soumis, avec résultat négatif, aux épreuves de malléination et de fixation du complément pendant les 15 jours ayant précédé leur embarquement.

 
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