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METRITE CONTAGIEUSE EQUINE

La métrite équine contagieuse est une infection génitale bactérienne, contagieuse, se manifestant chez la jument par une vaginite, cervicite et endométrite. Cette affection est asymptomatique chez l'étalon.

Etiologie

La bactérie responsable de la métrite contagieuse des équidés est Taylorella equigenitalis (anciennement Haemophilus equigenitalis) appartenant à la sous-classe des Proteobacteria.

Il s'agit d'un bacille ou d'un coccobacille Gram négatif, micro-aérophile de 1, 5 µm de long sur 0,7 µm de large. Sa culture est délicate et nécessite un taux de CO2, une température de 30 à 42°C et une certaine hygrométrie. On utilise de la gélose chocolat ou des milieux très enrichis par des extraits de foie, de levure et de sérum de cheval. Les colonies sur gélose ne sont visibles qu'au bout de 2 à 3 jours. Elles sont rondes, convexes, brillantes de 0,5 à 2 mm de diamètre et de couleur grise ou blanche.

T. equigenitalis est un germe très fragile et peu résistant dans le milieu extérieur. Il survit près de 4 jours dans le milieu de transport de Stuart et 10 jours dans le milieu d'Amies à la température ambiante. Il se montre résistant à certains antibiotiques (+/-streptomycine, clindamycine, lincomycine, triméthoprim-sulfamides, métronidazole). En revanche, il est sensible aux tétracyclines et aux pénicillines. La chlorhexidine (solution à 1/125000) reste l'antiseptique de choix.

Epidémiologie

T. equigenitalis est spécifique des équidés. Chez l'âne on a pu isoler une nouvelle espèce, Taylorella asinigenitalis dont les caractères phénotypiques sont extrêmement proches de T. equigenitalis. Ce germe a été mis en évidence par PCR chez des bovins, mais il n'exprime son pouvoir pathogène uniquement chez les équidés.

La métrite contagieuse des équidés a été décrite dans la plupart des pays tant en Europe (France, Royaume Uni, Irlande, Suisse, Allemagne, etc..) qu'aux Etats-Unis, au Japon et en Australie. La contamination se fait essentiellement lors de la saillie, cependant la transmission peut également se produire lors d'insémination artificielle (par le sperme ou le matériel utilisé) ou lors de d'explorations gynécologiques non-hygiéniques par le personnel ou le vétérinaire. La transmission de la maladie d'un élevage à un autre se fait par les étalons ou par des juments adressées dans un haras en vue de la saillie et ramenées ensuite dans leur haras d'origine. La prévalence exacte est difficile à déterminer. Lors de la première épizootie anglaise en 1977, sur 17.000 prélèvements venant de juments, 52 furent détectées positives et 2 étalons sur les 3.500 analysés.

Signes cliniques

Chez l'étalon l'affection est totalement asymptomatique, mais le germe reste localisé au niveau du fourreau, de la fosse urétrale, de l'urètre, du liquide pré-éjaculatoire et du sperme. Ce portage asymptomatique peut durer plusieurs mois (jusqu'à 6 mois au niveau de la fosse urétrale) et l'étalon joue le rôle d'un porteur passif du germe qu'il pourra transmettre au moment de la saillie.

Ce sont les juments infectées qui vont développer une symptomatologie particulière. Après contamination, la période d'incubation varie de 2 à 6 jours. Les premiers signes cliniques se manifestent sous la forme de pertes vulvaires de teinte gis laiteuse, qui souillent le périnée et les crins de la face inférieure de la queue. Un examen gynécologique permet de détecter la présence d'un liquide grisâtre et muqueux, souvent abondant, sur le plancher du vagin. Cet écoulement devient mucopurulent une dizaine de jours plus tard, puis franchement purulent par la suite. Il s'accompagne d'une forte congestion des muqueuses du vagin et du col de l'utérus.
Ces écoulements anormaux peuvent persister de 2 à 3 semaines avec parfois des épisodes de rémission. Dans certains cas, plus rares, ces sécrétions restent localisées au niveau du vagin et ne sont détectables que lors d'un examen gynécologique. Il a été démontré que le germe pouvait rester présent dans les voies génitales de la jument pendant de très longues périodes: de 3 semaines à 4 mois au niveau du col et du méat urinaire, et jusqu'à 7 mois dans la fosse clitoridienne.

L'examen des lésions montre la présence d'une abondante infiltration de la muqueuse vaginale par des polynucléaires. Cependant les lésions principales sont localisées au niveau de l'endomètre qui se trouve fortement congestionné. L'examen histologique de ces lésions de l'endomètre montre une forte desquamation des cellules épithéliales, la formation de grosses vacuoles ainsi qu'une infiltration par des polynucléaires et des mononucléaires signant ainsi l'existence d'une métrite aiguë.

La métrite équine contagieuse ne provoque pas de signes cliniques généraux : absence de fièvre, pas de modification de l'état général. Par contre on observe plus fréquemment une baisse importante du taux de fécondité, des inter-oestrus raccourcis, des résorptions embryonnaires et très exceptionnellement des avortements.

Diagnostic

Le diagnostic clinique est basé sur la présence d'écoulements vulvaires mucopurulents, d'un faible taux de fécondité, de cycles oestraux raccourcis et d'une allure contagieuse. Cependant la confirmation de cette affection doit être faite par des examens de laboratoire.

Le diagnostic bactériologique est la base du diagnostic expérimental. Dans un premier temps, il convient de réaliser des écouvillonages des zones susceptibles d'être les plus fortement contaminées. Chez l'étalon il s'agit du méat urinaire, de la fosse urétrale, du fourreau et du liquide pré-éjaculatoire. Chez la jument, les zones d'écouvillonage sont plus difficiles à déterminer du fait de la présence d'une abondante flore saprophyte qui risque de rentrer en compétition avec le germe recherché. Au niveau du col, le prélèvement doit se faire en intra-utérin (difficile en dehors des chaleurs, contre-indiqué en cas de gestation). Le méat urinaire et la fosse clitoridienne sont souvent très fortement contaminés par T. equigenitalis mais aussi par une nombreuse flore saprophyte.

L'écouvillonage doit être pratiqué de façon la plus stérile possible : vaginoscope, porte-écouvillon, écouvillon, gants à usage unique, etc. Les prélèvements ne peuvent être pratiqués que par un vétérinaire sanitaire ayant suivi une formation spécialisée. Les écouvillons sont placés dans les tubes de milieu de transport (milieu au charbon d'Amies) et apportés, avec protection suffisante et dans un emballage sous protection de froid (+4°C°), au laboratoire agréé dans un délai maximum de 24 heures. Les modalités de prélèvement et du diagnostic sont précisées par l'arrêté du 7/02/1992, la circulaire DGAL 92/8006 du 11/05/1992 et la note de service DGAL 8062 du 3/04/1992.

Au laboratoire, les prélèvements sont ensemencés sur 2 géloses chocolat (additionnée d'antibiotique-streptomycine et d'antifongique-amphotericine B pour l'une d'entre elles) placées dans une étuve à 37°C, 70% d'humidité et 7 à 10% de CO2. Un troisième milieu (gélose au sang) est fortement recommandé. On doit attendre 6 jours, après examen quotidien des boites de Pétri, pour considérer que la culture est négative. On doit également contrôler l'efficacité de la technique en réalisant des ensemencements de souches de référence. L'identification du germe est assurée par agglutination sur lame avec un antisérum spécifique.

Du fait de la grande fragilité de ce germe, de l'existence d'une abondante flore saprophyte et des difficultés de réalisation des prélèvements, il y a lieu de multiplier les prélèvements et de soumettre certains d'entre eux à une technique d'immunofluorescence indirecte. La PCR peut également être utilisée, mais elle se révèle beaucoup plus sensible lorsqu'elle est pratiquée à partir des cultures qu'à partir des écouvillons. Le diagnostic sérologique est surtout indiqué pour identifier les porteurs chroniques. Il est basé sur la recherche des anticorps fixant le complément. Ces anticorps apparaissent 15 jours après le début de l'affection et persistent en moyenne 60 à 70 jours.

Traitement

Le traitement est possible, mais il reste étroitement réglementé et ses modalités ainsi que son contrôle sont variables selon les animaux.

Chez l'étalon on désinfecte les organes génitaux externes (3 à 5 fois à 24/48 heures d'intervalle) avec une solution de chlorhexidine suivie de l'application d'une pommade à 0.2% de nitrofurane. Il y a lieu d'insister plus particulièrement au niveau des plis préputiaux et de la fosse urétrale. On peut compléter cette désinfection locale par des injections d'ampicilline qui seront pratiquées pendant 10 jours consécutifs. Le contrôle des étalons, après cette intervention, nécessite la réalisation de 3 prélèvements successifs négatifs. On les réalise une semaine après la fin du traitement, puis 2 fois à une semaine d'intervalle. Par mesure de sécurité, et du fait de période d'éclipse du germe dans les fosses urétrales, on pourra faire effectuer une première saillie sur une jument saine, qui sera ensuite observée pour détecter l'éventuelle apparition de pertes vulvaires.

Chez la jument, on pratique des irrigations utérines quotidiennes avec une solution de chlorhexidine (1/5000), de pénicilline ou de nitrofurazone pendant 3 à 5 jours. Ce traitement local sera complété par une antibiothérapie (ampicilline, pénicillines) par voie systémique pendant 5 à 7 jours. Les contrôles bactériologiques sont ensuite effectués selon des modalités identiques à celles prévues pour les étalons.

Prévention

Il n'existe pas de vaccin disponible et du fait de la localisation externe du germe, l'infection ne développe pas d'immunité solide. Les ré-infections peuvent survenir quelques semaines après une primo-infection. La prévention repose sur des mesures d'ordre sanitaire :

  • tout examen gynécologique doit comporter l'utilisation de matériel stérile et le port de gants à usage unique
  • le personnel des haras doit appliquer des mesures hygiéniques strictes lorsqu'ils manipulent la queue des juments ou les organes génitaux des étalons et des juments
  • les étalons doivent faire l'objet de contrôles bactériologiques réguliers
  • les juments se déplaçant entre les haras pour être saillies, que ce soit en France ou vers la Grande-Bretagne et l'Irlande, doivent également faire l'objet d'examens cliniques et bactériologiques avant leur départ et à leur retour
  • les haras contaminés doivent interrompre la saison de monte le temps nécessaire pour enrayer l'affection.

Le code zoo-sanitaire international prévoit pour les étalons et juments considérés comme indemnes de métrite contagieuse équine l'établissement d'un certificat vétérinaire international attestant que les animaux ne présentent aucun signe clinique de métrite contagieuse, n'ont eu aucun contact avec la métrite contagieuse soit lors d'une saillie avec un étalon infecté ou lors de leur passage dans un élevage infecté, et ont été soumis à un contrôle bactériologique négatif dans les 30 jours précédants.

Lorsque les animaux proviennent d'un élevage infecté, le certificat vétérinaire international doit en outre préciser que les animaux ont été reconnus non contagieux grâce à la réalisation d'épreuves de laboratoire pour la recherche de la métrite contagieuse équine et qu'ils ont été, dès le début de ces épreuves, soustraits à toute source de contagion.

Références

Vaissaire J., Gaillot C., Le Doujet C., et Pirouelle F.
Métrite contagieuse des équidés en France : situation, diagnostic et réglementation
Bull Soc Vét Prat de France, 1992, 76, 365-275.

Tainturier D.J., Delmas C.F. et Dabernat H.J.
Bacteriological and serological studies of Haemophilus equigenitalis, agent of contagious equine metritis
J Clin. Microbiol., 1981, 14, 355-360.

Tainturier D., Ferney J. et Royal L.
La métrite contagieuse de la jument
Revue Méd Vét, 1979, 130, 4, 497-518.
 
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