LYMPHANGITE ULCEREUSE et PIGEON FEVER
Ces deux maladies infectieuses
du cheval sont deux formes cliniques particulières d'une affection
provoquée par une bactérie, Corynebacterium pseudotuberculosis.
Elles se traduisent par l'apparition avec une évolution chronique
de nodules, d'abcès et de plaies ulcéreuses localisés aux
membres le long des vaisseaux lymphatiques (ou lymphangite
ulcéreuse) ou par la formation de volumineux abcès en
région pectorale ou ventrale (ou pigeon fever).
Etiologie
Corynebacterium pseudotuberculosis est un bacille à
Gram positif, immobile, aéro-anaérobie, non sporulé, de forme
irrégulière, de 0,5 à 0,6 µm de diamètre sur 1,0 à 3,0 µm
de longueur, présentant des formes en massue et des granulations
métachromatiques. C'est un germe intra-cellulaire facultatif.
Des tests biochimiques (réduction des nitrates) ont permis
de mettre en évidence l'existence de 3 biovars différents
de ce germe :
le biovar equi : isolé des équidés et de bovins,
le biovar ovis : isolé de petits ruminants, de
bovins et très exceptionnellement de chevaux,
le biovar 3 : isolé de certaines mammites de la vache.
C. pseudotuberculosis est
une germe résistant dans le milieu extérieur (plus de 55
jours), peu fragile et de culture très facile. Son pouvoir
pathogène commence à s'exercer quand le germe pénètre dans
une plaie, se multiplie et est phagocyté. Sa survie à l'intérieur
des macrophages est à l'origine de sa dissémination dans
l'organisme et de la formation d'abcès. Deux facteurs majeurs
de virulence sont actuellement identifiés :
Un lipide pariétal présent
sur la membrane bactérienne permet à la bactérie de résister
à la digestion enzymatique des macrophages et donc de perdurer
à l'intérieur des phagocytes. Cette molécule lipidique est
également cytotoxique, facilite la formation d'abcès caséeux
et résiste à l'action bactéricide des macrophages. Cette
exotoxine est très proche du " cord factor " de Mycobacterium
tuberculosis.
Une phospholipase de type D,
produite lors de la multiplication de la bactérie, inhibe
le chimiotactisme des granulocytes neutrophiles, augmente
la perméabilité des vaisseaux capillaires et favorise la
dissémination de l'infection. Cette exotoxine a des propriétés
hémolysantes et nécrosantes.
L'infection par C. pseudotuberculosis
provoque une réponse immunitaire de type cellulaire induisant
un état d'hypersensibilité de type IV et favorise la formation
de granulomes entourés d'une épaisse zone fibreuse. C.
pseudotuberculosis est sensible à la plupart des antibiotiques
actifs sur les germes à Gram positif. Les souches du biovar
ovis se montrent moins sensibles que les souches
du biovar equi. Cependant la présence d'une épaisse
coque fibreuse autour des abcès produits par ce germe rendent
peu efficace l'antibiothérapie par voie systémique.
Epidémiologie
C. pseudotuberculosis
peut survivre très longtemps dans l'environnement à partir
de contaminations par des animaux infectés. On a pu l'isoler
du sol, de mangeoires, de clôtures, de tondeuses pour ovins,
etc. La source principale de contamination est représentée
par la rupture d'abcès ou de nodules lymphatiques d'animaux
infectés. La bactérie pénètre dans l'organisme par des plaies
superficielles de la peau ou des muqueuses. La contamination
par voie aérienne ou digestive peut également être observée.
Chez le cheval, cette affection
est plus fréquente lorsque les conditions hygiéniques générales
de l'élevage sont médiocres. Elle peut survenir à tout âge.
Dans certaines régions, l'affection se développe surtout
pendant l'été. Les mouches et certains arthropodes seraient
responsables de la dissémination mécanique de la maladie.
Identifiée dans la plupart des
pays, la forme cutanée ou pigeon fever est
surtout observée dans les états de l'Ouest américain (Californie,
Texas, etc.).
Signes cliniques
La lymphangite ulcérative se
caractérise par une inflammation des vaisseaux lymphatiques
sous-cutanés avec formation de nodules qui vont s'abcéder
et s'ulcérer. Les lésions sont essentiellement localisées
à la partie distale des membres. L'affection évolue de façon
chronique, les vaisseaux lymphatiques sous-cutanés forment
une " corde " très épaisse, chaude et douloureuse. L'affection
s'accompagne d'une fièvre modérée (39 à 39,5°C), d'un amaigrissement
progressif, d'une baisse de l'appétit, d'une forte asthénie
et d'une gène à se mouvoir. Des complications par formation
d'abcès internes peuvent survenir.
La forme sous-cutanée ou pigeon
fever est caractérisée par la formation d'abcès
volumineux de 5 à 30 cm de diamètre localisés en région
ventrale ou pectorale. Ces abcès sont entourés d'une coque
fibreuse épaisse et lorsqu'ils se rupturent ils laissent
échapper un pus souvent liquide ou légèrement crémeux de
couleur verdâtre. Les zones atteintes sont souvent œdémateuses.
D'autres signes cliniques accompagnent cette forme cutanée
: fièvre, amaigrissement, asthénie, douleur généralisée,
etc. Des complications par abcédation d'organes internes
ne sont pas rares et on a pu observer des pyélonéphrites,
des avortements, des abcès pulmonaires, etc. Dans ces cas
d'abcédation interne, la mortalité peut dépasser 50% des
animaux infectés.
Dans les autres espèces animales,
C. pseudotuberculosis est responsable de la lymphadénite
caséeuse des petits ruminants, caractérisée par des pyo-granulomes
renfermant un pus crémeux verdâtre. Chez les bovins le germe
est à l'origine de lymphangite ulcéreuse, de mammites et
d'abcès sous-cutanés. De très rares cas de contamination
humaine ont été décrits plus particulièrement chez des éleveurs
ou des vétérinaires en contact avec des animaux infectés.
Diagnostic
Mise en évidence du germe par bactérioscopie à partir du pus. Mise en culture sur gélose au sang. Diagnostic clinique différentiel des autres formes de lymphangites.
Traitement - Prévention
La prévention est basée
sur des mesures sanitaires et hygiéniques : isolement des
animaux infectés, désinfection des locaux, traitement des
plaies dès qu'elles se produisent, lutte contre les insectes
, etc. L'utilisation de l'antibiothérapie est à réserver aux
formes de lymphangite ou d'abcès internes. Pour les formes
cutanées, l'incision chirurgicale et le drainage des abcès
constituent la thérapeutique de choix. En effet, du fait de
l'existence d'une épaisse coque fibreuse autour des abcès,
les antibiotiques diffusent très mal à l'intérieur des lésions.
Références
Welsh, R D
Corynebacterium pseudotuberculosis in the Horse
Equine Practice, Vol 12, No 2, Feb 1990.
Aleman M, Spier SJ, Wilson WD, Doherr M.
Corynebacterium pseudotuberculosis infection in horses:
538 cases(1982-1993)
J Am Vet Med Assoc 1996 Aug 15;209(4):804-9
Poonacha K.B.,Donahue J.M.
Abortion in mare associated with Corynebacterium pseudotuberculosis
infection
J. Vet. Diagn. Invest., 1995, 7, 563-564.
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