INFECTION à Rhodococcus
equi
Rhodococcus equi (anciennement
Corynebacterium equi) est un germe très répandu dans l'environnement
et le sol, susceptible de provoquer de sévères pneumonies
chez le poulain et pouvant sévir sous forme enzootique
dans certains élevages. Il peut ainsi provoquer des pertes
économiques considérables du fait des coûts élevés du
diagnostic et du traitement, et aussi des mortalités induites
chez les poulains.
Etiologie
Rhodococcus equi est un
germe Gram positif, aérobie strict qui peut être considéré
comme un constituant de la flore normale du sol particulièrement
là où sont élevés des bovins, des équins, des porcins et
même de la volaille. Bien qu'essentiellement saprophyte,
R. equi peut devenir un important pathogène opportuniste
particulièrement chez le jeune poulain ainsi que chez l'être
humain immuno-déprimé. Il se présente sous la forme de cocci
ou de petits bâtonnets parfois assemblés en palissade. Il
cultive assez facilement sur gélose au sang et produit des
colonies mucoïdes souvent de couleur rose saumon.
Son pouvoir pathogène est susceptible de varier suivant
les souches. Les facteurs de virulence de R. equi
sont représentés par une protéine (VapA de 15/17 kDa encodée
par un plasmide de 80 à 85 kDa) qui est une lipoprotéine
de la membrane bactérienne, ainsi que d'autres facteurs
comme un polysaccharide capsulaire, une cholestérol oxydase
et des acides mycoliques de la paroi cellulaire. Ces différents
éléments assurent la pénétration et la survie de la bactérie
à l'intérieur des macrophages et des histiocytes. R. equi
est phagocyté par les macrophages qui, en présence d'anticorps
opsonisants, vont pouvoir l'éliminer. Si ces anticorps opsonisants
ne sont pas présents, la bactérie peut survivre et se multiplier
à l'intérieur des macrophages induisant ainsi une infection
pyo-granulomateuse. Des lymphocytes CD+4 sont également
indispensables pour assurer l'élimination de l'infection.
Espèces
Tous les équidés:
chevaux, poneys, ânes, mulets, etc.
Epidémiologie
Rhodococcus equi est largement
présent dans les pâturages car il est éliminé dans les matières
fécales de nombreuses espèces animales. Il peut se développer
et se multiplier à des températures comprises entre +10° et
+37°C. Lorsque les conditions de survie lui sont favorables
(présence d'excréments, température, pH du sol), son taux
de multiplication fait qu'en moins de 2 semaines il passe
de 1 à 10.000 organismes.
Les chevaux adultes hébergent le germe au niveau intestinal
où il ne semble pas se multiplier, cependant ils en assurent
la maintenance et la diffusion. Ils développent d'ailleurs
une réponse immune qui est d'autant plus élevée que la présence
de R. equi dans l'environnement est importante. Par contre,
chez les poulains infectés on note une multiplication massive
de la bactérie au niveau intestinal. Il s'en suit une excrétion
de R. equi pendant de nombreuses semaines contribuant ainsi
à une contamination importante de l'environnement.
La contamination des poulains se fait essentiellement par
voie aérienne lorsque le sol est poussiéreux et chargé en
bactéries. La détection de R. equi peut d'ailleurs se faire
à partir de l'air et des poussières dans les fermes contaminées.
De ce fait les risques d'infection sont particulièrement élevés
pendant la saison chaude, lorsque les chevaux sont élevés
dans des paddocks pauvres en herbe, poussiéreux et où les
crottins ne sont pas enlevés régulièrement, et bien sûr si
les souches présentes sont virulentes. L'existence de cas
d'infection à Rhodococcus equi dans un élevage est un facteur
prédisposant très important pour de nouveaux cas. Sur un plan
épidémiologique les élevages de chevaux peuvent être totalement
indemnes d'infection à R. equi, connaître quelques cas sporadiques,
ou bien être confrontés annuellement à de véritables épizooties
sur les poulains.
Ce sont les poulains âgés de 2 à 6 mois qui vont présenter
les signes de l'infection. Leur grande sensibilité à cette
bactériose est liée à plusieurs facteurs :
- développement insuffisant ou incomplet des défenses
immunitaires
- multiplication abondante de R. equi dans l'intestin
des poulains entre 8 et 12 semaines d'âge
- absorption souvent massive de R. equi par les
poulains liée à leurs habitudes de coprophagie
- absence d'anticorps d'origine maternelle
- immunodepression due au parasitisme interne, à des maladies
intercurrentes, à des stress (transport, regroupements,
etc.)
- élevage dans des paddocks poussiéreux.
Il a été également démontré que
les infections à Herpès virus équin de type 2 (ou cytomégalovirus
équin) représentaient un facteur favorisant au développement
de Rhodococcus equi au niveau respiratoire.
Signes cliniques
Les poulains sont susceptibles
de présenter les signes cliniques entre 1 et 6 mois d'âge,
cependant la plupart des cas sont observés entre 2 et 4
mois d'âge. Certains poulains peuvent présenter une forme
atténuée de la maladie, mais la plupart d'entre eux vont
développer la forme sévère d'évolution progressive. La gravité
de cette affection est due au fait que les poulains vont
manifester les premiers symptômes alors que l'infection
a déjà gagné l'appareil pulmonaire sans que des signes cliniques
nets ne soient remarqués.
Les premiers signes sont peu caractéristiques. On note une
baisse de l'appétit, une certaine apathie, une respiration
accélérée si le poulain est sollicité pour courir, et une
élévation de la température rectale (de 38,8° à 40°C°).
Progressivement des signes respiratoires vont apparaître:
jetage muqueux devenant mucopurulent, tachypnée (40 à 80
mouvements/minute), efforts inspiratoires. A l'auscultation
on perçoit des râles et des sifflements, à la percussion
du thorax on met en évidence des zones de matité correspondant
aux zones d'abcédation. La toux peut être discrète, intermittente,
très sonore, grasse ou bien très fréquente, sèche, quinteuse
et improductive, entraînant des plaintes sourdes. Ces derniers
symptômes sont dus à une abcédation importante du parenchyme
pulmonaire ou à une hypertrophie très importante des ganglions
bronchiques qui compriment la trachée en région thoracique
ou les grosses bronches.
L'anorexie s'accentue et le poulain se déshydrate rapidement.
Des complications digestives surviennent du fait d'une lymphadénite
des ganglions gastro-intestinaux et une diarrhée peut s'installer
augmentant le processus de déshydratation. L'état général
se dégrade progressivement, la croissance est ralentie ou
stoppée. Dans certains cas, l'atteinte digestive est massive
provoquant de l'ascite, une colite ulcérative et une hypoprotéinémie.
Les poulains ont alors une allure caractéristique en "panse
de vache" qui est renforcée par la fonte musculaire.
Dans d'autres cas les bactéries se développent dans d'autres
organes et peuvent provoquer des arthrites septiques, de
l'ostéomyélite ou des dysplasies épiphysaires provoquant
de la fourbure. D'autres abcès peuvent survenir au niveau
abdominal, sous-cutané, etc. Des phénomènes immunitaires
peuvent également assombrir le tableau clinique: polysynovite,
uvéite, kératite, anémie hémolytique et thrombocytopénie
auto-immunes.
Les examens sanguins montrent une importante leucocytose
(>20 000/mm3), une neutrophilie, une augmentation du
fibrinogène (> 5,0 g/l), une anémie, une thrombocytopénie.
Dans les formes diarrhéiques on note des perturbations électrolytiques;
hyponatrémie, hypochlorémie, augmentation de la créatinine.
Les poulains les plus sévèrement atteints survivent rarement,
le taux de mortalité dépasse 25%. La convalescence est longue,
et la plupart des poulains qui "guérissent" auront,
à l'âge adulte, des performances sportives beaucoup plus
réduites.
Il est à signaler que Rhodococcus equi peut contaminer l'homme,
et plus particulièrement des sujets immunodéprimés (traitements
immunodépresseurs, infection par le HIV). Sur l'ensemble
des cas humains recensés, moins de 25% étaient en relation
avec des chevaux.
Lésions
Les lésions principales provoquées
par R. equi sont celles d'une broncho-pneumonie
suppurée à évolution subaiguë avec des phénomènes d'abcédation
multiple et une lymphadénite suppurée. A l'autopsie on découvre
de très nombreux abcès coalescents au niveau des lobes pulmonaires
caudaux. D'autres lésions de pneumonie interstitielle et
d'abcédation des ganglions bronchiques sont aussi présentes.
Dans plus de 50% des cas on observe une colite et une typhlite
ulcérative au niveau des plaques de Peyer avec inflammation
granulomateuse ou suppurée des ganglions mésentériques.
Une péritonite accompagne le plus souvent ces lésions intestinales.
Diagnostic
Le diagnostic différentiel doit
être fait vis-à-vis d'autres affections du parenchyme pulmonaire
chez le poulain. L'âge d'apparition de l'affection (2/4
mois), la fièvre, le faible jetage nasal, la neutrophilie
sont autant d'éléments qui doivent faire suspecter l'infection
par R. equi. Dans les autres affections pulmonaires
du poulain (comme l'infection par Streptococcus zooepidemicus)
l'hyperthermie est moins marquée voire absente, il n'y a
pas de neutrophilie et le taux du fibrinogène plasmatique
n'est pas augmenté.
La confirmation est faite par la mise en culture et l'identification
du germe à partir de lavages tracheo-bronchiques ou de ponction
trans-trachéale pour prélever des exsudats bronchiques.
L'endoscopie des voies respiratoires supérieures est possible,
mais représente un risque non négligeable sur des jeunes
sujets présentant des insuffisances respiratoires. Les prélèvements
pour examen bactériologique sont réalisés, si possible,
avant tout traitement antibiotique.
La radiographie et/ou l'échographie du thorax permet de
détecter les lésions d'abcédation, la densification du tissu
pulmonaire, l'hypertrophie des ganglions et également d'effectuer
le suivi du traitement et l'évolution des lésions.
Des tests sérologiques permettent également de confirmer
le diagnostic: immunodiffusion en gélose pour détecter les
anticorps précipitants vis-à-vis des enzymes produites par
R. equi ou test ELISA pour rechercher les anticorps
dirigés contre les antigènes de surface de la bactérie.
Traitement
Dans un premier temps il y a
lieu d'isoler les sujets malades et de les mettre dans des
locaux bien ventilés. L'hospitalisation en clinique spécialisée
est parfois nécessaire.
Le traitement de base est réalisé par une antibiothérapie
associant l'érythromycine (25 mg/kg 3 à 4 fois par jour
per os) et la rifampicine (5 mg/kg 2 fois par jour ou 10
mg/kg/ jour en prise unique per os). Les aminoglycosides
(streptomycine, kanamycine) et les bétalactamines (pénicilline,
céphalosporines) sont parfois actifs in vivo mais ne sont
pas absorbés suffisamment par les macrophages alvéolaires
et ne sont donc pas conseillés. Au tout début de l'affection
ou dans des cas cliniques moins sévères des résultats positifs
ont été obtenus par l'administration de trimethoprim et
de sulfamethoxazole (30 mg/kg 2 à 3 fois par jour per os).
L'association érythromycine / rifampicine représente la
thérapeutique la plus efficace et recommandée par tous les
auteurs. Elle peut entraîner des manifestations diarrhéiques
dans les premiers jours du traitement qui seront jugulés
par une réduction de la posologie de l'érythromycine et
l'administration de solutés de Ringer. Lorsque la température
ambiante dépasse 30°C, des réactions idiosyncrasiques (tachypnée,
hyperthermie) peuvent être observées à la suite de ce traitement.
Il y a lieu d'administrer des antipyrétiques et de placer
le malade dans une ambiance plus fraîche. L'administration
de cette association antibiotique sera maintenue jusqu'à
la cessation des symptômes, la réapparition d'images radiographiques
pulmonaires normales et le retour à la normale du taux de
fibrinogène plasmatique (en moyenne la durée du traitement
varie de 4 à 9 semaines).
Des traitements symptomatiques seront également associés
à la thérapie antimicrobienne: réhydratants, oxygénothérapie,
nébulisation de solutions salines pour faciliter les expectorations
(2 à 3 fois par jour), antibiothérapie de couverture contre
des germes de surinfection (gentamycine, ceftiofur). Les
bronchodilatateurs ne sont à utiliser que sous couverture
d'une bonne oxygénothérapie. L'utilisation des corticostéroïdes
reste très controversée. La sérothérapie, qui a montré son
efficacité à titre préventif, ne semble pas donner de résultats
probants pour résoudre ces cas cliniques.
Prévention
Il n'existe pas de vaccin
pour prévenir les affections à R. equi. Un vaccin
expérimental contre le cytomégalovirus équin (EHV2) a permis
une réduction significative de l'incidence de cette bactériose
par rapport à des témoins non-vaccinés.
L'utilisation de sérum hyperimmuns injectés aux poulains
10 jours après la naissance donne des résultats variables
en fonction de la qualité des antigènes utilisés pour immuniser
les chevaux donneurs et de l'âge des poulains auxquels ce
sérum est injecté. Les sérums hyperimmuns faciliteraient
la phagocytose et l'élimination de R. equi au niveau pulmonaire.
Ils sont surtout utilisés dans les élevages confrontés à
des épizooties régulières.
Des mesures hygiéniques et sanitaires peuvent également
aider au contrôle de cette maladie (paddocks herbeux et
non poussiéreux, ramassage régulier des crottins, pas de
trop grande concentration de poulains, limiter le nombre
de juments suitées dans le même enclos, surveillance attentive
et régulière de l'état de santé des poulains, etc.).
Références
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