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GOURME EQUINE

La gourme équine est une affection bactérienne contagieuse se traduisant par une pharyngite et une lymphadénite purulente des voies respiratoires supérieures. Très anciennement décrite par J. Ruffus en 1251, ce n'est qu'en 1888 que le germe responsable, Streptococcus equi, fut identifié et cultivé à partir de pus prélevé sur un cheval malade. Nommée Strangles en Grande Bretagne (vient du vieux français estrangler), Papera ou Gurma Equina en Espagne, Garrotilho Equino au Portugal, Adenite equina en Italie, la gourme est connue depuis très longtemps dans tous les pays et continue toujours de provoquer de sévères pertes économiques en élevage équin.

Etiologie : L'agent causal de la gourme équine est un germe aéro-anaérobie, Gram positif, Streptococcus equi var. equi appartenant à la famille des Streptococcacées et se présentant sous la forme de chaînettes dans le pus ou les milieux de culture. S. equi fait partie du groupe C des streptocoques et produit une bêta hémolysine. Un autre streptocoque, S. equi var. zooepidemicus, appartient au même sérogroupe mais intervient essentiellement comme germe d'infections secondaires, particulièrement lors de plaies ou de complications de maladies virales respiratoires.
Différents antigènes sont isolés de S. equi et en particulier au niveau de la membrane bactérienne: le polyglycoside C, antigène de groupe, une mucoprotéine riche en enzymes induisant la lyse de la cellule hôte, et l'acide teichoïque, responsable de l'attachement de la bactérie sur la cellule hôte.
Des antigènes extra-cellulaires sont également produits par S. equi. Ce sont des hémolysines, des toxines et des enzymes responsables du pouvoir pathogène de la bactérie:

  • Streptolysines O et S : ce sont des toxines cytolytiques qui provoquent la lyse des érythrocytes, des thrombocytes et des polynucléaires. Elles agissent en perturbant le métabolisme des phospho-lipides et du cholestérol constituants essentiels de la membrane de la cellule hôte.
  • Streptokinases : elles sont responsables de la lyse de la fibrine et modifient le plasminogène qu'elles transforment en plasmine, facilitant ainsi la dissémination de la bactérie dans le foyer infectieux.
  • Estérases et neuraminidases.
  • Protéine M : c'est l'antigène membranaire le plus important. Il est spécifique de chaque type de streptocoque et représente le facteur majeur de virulence de la bactérie car il s'oppose à la phagocytose par les macrophages et induit une protection efficace et durable. Cette protéine M est présente sous la forme de fibrilles à la surface de la membrane bactérienne. Certaines souches bactériennes de S. equi n'en sont pas pourvues.


Epidémiologie : S. equi est un germe spécifique des équidés, bien que quelques rares cas de contamination humaine aient été décrits dans la littérature. Sa prévalence est directement liée à l'importance de la population équine dans une région considérée ainsi qu'à celle des mouvements d'animaux.
La transmission se fait par voie oro-nasale après contact direct mais peut-être réalisée par des insectes ou des objets inanimés souillés (mangeoires, abreuvoirs, harnais, murs et sols des boxes, etc.). Les endoscopes ou les sondes naso-oesophagiennes sont également de bons vecteurs. Chez les animaux infectés, la bactérie est éliminé par le jetage et/ou le pus pendant 3 à 6 semaines.
S. equi est peu résistant dans le milieu extérieur, mais peut survivre très longtemps (2 à 3 mois) dans le pus et le jetage susceptibles de souiller du matériel. Le germe est sensible à la chaleur, à la lumière ainsi qu'aux antiseptiques acides (phénol, dérivés iodés, chlorhexidine) et aux aldéhydes.
La gourme est une affection très contagieuse plus particulièrement chez les jeunes chevaux et lorsque les conditions sanitaires et hygiéniques de l'élevage sont médiocres (surpopulation, malnutrition, stress, transports prolongés, exposition au froid et à la pluie, etc.). Le portage chronique ne semble pas exister d'une manière générale mais il a été observé des excrétions intermittentes pendant plus de 10 mois chez des chevaux ayant présenté une forme atténuée de la maladie.
La gourme peut se développer chez les chevaux de tout âge, mais elle est plus fréquente chez les jeunes équidés. Elle sévit plus particulièrement dans les haras ou des élevages de poulains et yearlings. Les foyers se développent après introduction dans l'élevage de chevaux en incubation ou en phase de convalescence.

Signes cliniques : Les signes cliniques débutent environ 2 semaines après la contamination. Les animaux présentent une fièvre modérée (39° à 39,5°C), de l'apathie et de l'anorexie. Un jetage muqueux puis rapidement épais et purulent est accompagné d'accès de toux et d'un œdème douloureux de l'auge et des ganglions sous-maxillaires. Les chevaux étendent la tête en position basse pour réduire la douleur à ce niveau.
Ces oedèmes augmentent en taille et s'abcèdent au niveau de l'auge et des ganglions retro-pharyngés au niveau de la gorge. Les ganglions s'indurent, sont très douloureux et peuvent comprimer le pharynx, d'où parfois quelques difficultés respiratoires. Les abcès se percent au bout de 1 à 2 semaines et laissent sourdre un pus très épais et très riche en S. equi. La guérison survient alors assez rapidement, cependant les chevaux continuent d'éliminer S. equi par leurs sécrétions bucco-nasales pendant plusieurs semaines.
Dans certains cas, et plus particulièrement chez les adultes, les signes cliniques sont plus discrets: pas ou peu d'abcès, état général non altéré, courte durée de l'infection. Cela pourrait être dû à une certaine immunité ou à l'action d'une souche bactérienne moins virulente.
Cependant des complications plus ou moins sévères peuvent être observées:

  • Gourme métastatique: à partir des abcès de la gorge, des métastases purulentes peuvent se développer au niveau des poumons, de la cavité abdominale ou du cerveau. Ces abcès peuvent se former plusieurs semaines après que les signes classiques ont disparus. La rupture brutale de ces abcès peut provoquer une mort subite, une pneumonie aiguë ou une septicémie.
  • Purpura hémorrhagique : il survient 4 à 5 semaines après le début de la maladie, pendant la période de convalescence et correspond à la formation d'immuns complexes qui se déposent au niveau des capillaires. Il s'en suit des inflammations et des hémorragies punctiformes de ces vaisseaux entraînant des oedèmes déclives.
  • Myocardite: complication assez rare de la gourme. Il est recommandé de réaliser un électrocardiogramme sur les chevaux convalescents avant de les remettre à l'entraînement.
  • Cellulite purulente : rare complication de la gourme se traduisant par l'inflammation du tissu conjonctif de la tête.
  • Hémiplégie du larynx : liée à la paralysie des muscles de la gorge provoquée par des abcès profonds et se traduisant par du cornage.
  • Anémie : une réaction auto-immune peut entraîner une hémolyse pendant la convalescence.
  • Empyème des poches gutturales : peut survenir pendant la phase clinique ou durant la convalescence. Une infection permanente des poches gutturales peut conduire à l'inspiration de pus dans les poumons ou à la formation de concrétions. L'atteinte des poches gutturales entraîne le plus souvent un état de portage chronique.
Immunité post-infectieuse :Près de 75% des chevaux développent une immunité solide et durable après un épisode de gourme. Les 25% restant sont susceptibles de développer des rechutes de la maladie, leur système immunitaire ne produisant pas un niveau suffisant d'anticorps sécrétoires et/ou systémiques. La protection vis-à-vis de S. equi est sous la dépendance d'IgG et d'IgA dirigés contre la protéine M, produits au niveau de la muqueuse du nasopharynx ainsi qu'à des anticorps opsonisants au niveau humoral. L'immunité locale est d'apparition très précoce alors que les anticorps humoraux sont détectés pendant la phase de convalescence et sur un nombre limité d'individus.
Les anticorps présents au niveau de la muqueuse s'opposent à l'adhérence et à la pénétration des bactéries sur les cellules cibles. Des re-contaminations par S. equi induisent une forte réponse anamnestique de cette immunité locale.
Ces anticorps IgA et IgG dirigés contre la protéine M se retrouvent dans le colostrum et le lait à un niveau équivalent à leur concentration présente sur la muqueuse naso-pharyngienne. Cette protection passive est suffisante pour protéger le poulain jusqu'au sevrage.

Pathogénie : Après son introduction dans le nez ou la bouche, la bactérie se fixe sur les cellules des cryptes amygdaliennes ou des nodules lymphoïdes adjacents. En quelques heures elle franchit cette barrière muqueuse et envahit les ganglions lymphatiques sous-jacents de la région pharyngée. La multiplication a lieu de façon extra-cellulaire en quelques jours. Cette prolifération bactérienne attire un grand nombre de neutrophiles qui du fait des enzymes produits par les germes ne peuvent
assurer la phagocytose et la destruction des streptocoques. Il s'en suit la formation d'abcès et une lymphostase locale entraînant un œdème de la région sous-maxillaire pouvant provoquer une restriction ou un "étranglement" du pharynx et des voies aériennes supérieures. Des métastases peuvent essaimer de ces foyers purulents et gagner des organes divers.
L'excrétion de S. equi par le jetage ou les sécrétions nasales débute 4 à 7 jours après le début de l'infection et se termine 3 à 6 semaines après la phase aiguë de la maladie. Cependant quelques sujets vont excréter le germe pendant plusieurs mois et constituent une des sources principales de contamination pour d'autres chevaux.


Diagnostic : Les signes cliniques suffisent le plus souvent à poser le diagnostic qui peut être facilement confirmé par une recherche du germe en cause à partir du pus. Cette analyse bactériologique peut permettre de détecter des souches atypiques de S. equi.

Traitement : Bien que les souches de S. equi se montrent le plus souvent très sensibles à la pénicilline, l'antibiothérapie systématique n'est cependant pas recommandée. Si le traitement antibiotique est réalisé dès le tout début de l'infection, il n'induit pas d'effets négatifs sur la réponse immune et ne risque pas de prolonger la durée de la maladie. Par contre, dans les formes cliniques bien déclarées, l'antibiothérapie peut retarder le processus de guérison. Lorsque la maladie est à un stade avancé, il est conseillé de ponctionner les abcès et de les drainer ainsi que d'apporter des soins hygiéniques. Dans ces cas, l'antibiothérapie ne sera utilisée que si des complications surviennent.
Les indications majeures de l'antibiothérapie sont: une forte dyspnée due à un œdème des ganglions retro-pharyngés, un forte fièvre (40°C) prolongée, une sévère asthénie ou anorexie.
Lors de purpura hémorrhagique il y a lieu d'utiliser la corticothérapie pour réduire la production d'anticorps et la formation d'immuns complexes tout en pratiquant une antibiothérapie de couverture pour éviter des complications bactériennes secondaires. Lors d'anémie ou de thrombocytopénie, des transfusions sanguines sont à pratiquer.

Prévention
· Détection des porteurs sains :
Le portage chronique de S. equi est principalement observé sur les chevaux atteints d'empyème des poches gutturales. La détection de ce portage peut se faire par mise en culture de prélèvements naso-pharyngés ou par PCR. La bactériologie permet de détecter plus de 60% des porteurs et la PCR plus de 90%. La recherche de ce portage est recommandée lors de l'introduction d'un jeune cheval dans un effectif ou après toute période de convalescence. Lors de résultat positif il y a lieu d'isoler l'animal de ses congénères. Une endoscopie des poches gutturales permet d'évaluer les lésions, d'enlever éventuellement les concrétions purulentes et d'effectuer des infusions locales de pommade à base de pénicilline. Un traitement par voie systémique avec de la pénicilline est effectué pendant 7 jours consécutifs. Des contrôles bactériologiques sont réalisés après ces interventions et suivant les résultats, les mêmes traitements seront entrepris jusqu'à complète négativation bactériologique.

· Prophylaxie sanitaire :
La contamination d'un élevage provient le plus souvent par l'introduction d'un cheval porteur chronique. Il y a donc lieu de placer tout nouvel arrivant dans un box de quarantaine pendant 2 à 3 semaines avant de le mettre au contact des autres animaux. Un examen clinique régulier est fait par le propriétaire ou l'éleveur (surveillance de la température rectale, recherche de signes respiratoires, de jetage, de toux, d'anorexie, etc.).
Les chevaux malades ou suspects de contamination seront isolés des autres. Une désinfection du matériel de pansage, des abreuvoirs, et des locaux sera faite quotidiennement. Les paddocks où ont séjourné des animaux atteints doivent être considérés comme infectés pour une période de 1 mois. Les poulains sevrés et les yearlings seront maintenus dans des parcs séparés des juments, étalons et adultes.

· Vaccination :
Des vaccins inactivés sont utilisés dans certains pays. Ils peuvent induire des réactions locales (douleur, abcédation) et parfois générales (purpura hémorrhagique). Ils provoquent une protection limitée réduisant la sévérité des manifestations cliniques.
Des vaccins vivants atténués administrés par voie nasale favorisent l'apparition d'une immunité locale qui est la base même de la protection vis-à-vis de la gourme. Il est recommandé de ne pas effectuer d'injections lors de l'administration de ces vaccins par voie nasale, car des abcès peuvent se former au site de l'injection. Ces vaccins atténués entraîneraient moins de réactions, bien que l'on ait observé des œdèmes des ganglions sous-maxillaires et des cas de purpura hémorrhagique après vaccination.


Références

Wilson WD.
Streptococcus equi infections (Strangles) in horses
Equine Practice, 1988, 10, 7, 12-25.

Timoney JF.
Strangles
Equine Practice, 1993, 9, 2, 365-374.

Yelle MT.
Clinical aspects of Streptococcus equi infection
Equine Veterinary Journal, 1987, 19, 2, 158-162.

Sheoran AS. et al.
Serum and mucosal antibody isotype responses to M-like protein of Streptococcus equi in convalescent and vaccinated horses
Vet Immunol and Immunopathol., 1997, 59, 239-251.

Newton JR. et al.
Naturally occurring persistent and asymptomatic infection of the guttural pouches of horses with S. equi
Vet Rec, 1997, 140 (4): 84-90.

 
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