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EHRLICHIOSES

Les ehrlichioses équines sont des maladies bactériennes transmises par différents vecteurs se caractérisant par des signes cliniques très variables pouvant associer une forte fièvre, des oedèmes des membres, de la fourbure, des troubles digestifs et des perturbations hématologiques. Chez le cheval on identifie deux types d'ehrlichiose :

  • L'ehrlichiose équine monocytaire ou Fièvre équine du Potomac due à Ehrlichia risticii actuellement Neorickettsia risticii.
  • L'ehrlichiose équine granulocytaire due à Ehrlichia equi.

    D'autres ehrlichioses ont été incriminées chez le cheval et chez l'homme, comme Ehrlichia phagocytophilia ou l'agent de l'Ehrlichiose granulocytaire humaine, mais ces différentes espèces sont génétiquement très proches de E. equi. Actuellement E. equi et E. phagocytophilia ont été regroupées dans une même espèce : Anaplasma phagocytophilum.

    Etiologie

    Les Ehrlichia sont des bactéries de l'ordre des Rickettsiales, de la famille des Ehrlichiaceae qui comprennent les genres Aegyptianella, Anaplasma, Neorickettsia et Ehrlichia.
    Ce sont des germes Gram négatif, colorés en rouge par le May-Grünwald-Giemsa, non cultivables sur milieux acellulaires ou sur œuf embryonnés, parasites intracellulaires obligatoires.
    Après pénétration dans le cytoplasme des cellules parasitées, les Ehrlichia se multiplient et forment un amas très dense pouvant contenir plus de 100 organismes, la "morula".
    Ehrlichia risticii ou Neorickettsia risticii se multiplie dans les monocytes, les macrophages et les entérocytes du cheval et appartient au genre Neorickettsia (comprenant N. sennetsu) alors qu'Ehrlichia equi ou Anaplasma phagocytophilum ne parasite que les granulocytes et appartient au groupe Anaplasma (comprenant A. phagocytophila, A. platys, A. bovis, A. ovis). Le groupe des Ehrlichia comporte E. canis, E. chaffeensis et E. ewingii.

    Epidémiologie

    Ehrlichia risticii ou Neorickettsia risticii :

    Décrite aux USA en 1979 lors d'une épizootie sur des chevaux situés en bordure de la rivière Potomac, la fièvre équine du Potomac est surtout répandue aux USA et au Canada. Des foyers sont également signalés au Brésil et en Uruguay. Cependant des séropositivités dues à E. risticii ont été observées sur des chevaux en Europe. E. risticii est spécifique des équidés, mais il existerait une sous-espèce très proche (Ehrlichia risticii atypicalis) pathogène pour le chien aux USA et induisant une symptomatologie proche de celle observée lors d'infection par Ehrlichia canis.
    Il existe plusieurs souches différentes de E. risticii: E. risticii sensu stricto, E. risticii du groupe Kentucky et E. risticii du groupe Ohio 081. Ces différentes souches n'induiraient pas de protection croisée.
    Alors que la plupart des Ehrlichioses sont transmises par des arthropodes hématophages, les vecteurs exacts de E. risticii sont toujours mal connus à l'heure actuelle. Des essais de transmission par différentes espèces de tiques, de puces, de moustiques et de taons se sont toujours montrés négatifs. Par contre, d'autres ehrlichioses, génomiquement proches, sont transmises par certains trématodes d'insectes ou d'escargots aquatiques. Du fait que les zones de contamination se trouvent principalement dans les pâturages bordant certaines rivières, des recherches plus précises ont été réalisées sur ces différents vecteurs.
    C'est ainsi que des séquences d'ADN de E. risticii ont été mises en évidence chez des escargots d'eau douce ou plus précisément dans des métacercaires de trématodes infestant certains escargots ou insectes d'eau douce. La contamination des chevaux par E. risticii se ferait donc par ingestion d'herbe contaminée par ces différents vecteurs. Il a été également démontré la possibilité d'infection des chevaux par ingestion de fèces provenant de chevaux atteints par cette affection. Par contre il n'y a pas de contamination par contact direct entre chevaux infectés et chevaux sains.
    Du fait du mode de contamination, la Fièvre Equine du Potomac est essentiellement observée entre mai et novembre, et plus particulièrement sur des chevaux vivants dans des pâturages bordés de cours d'eau ou d'étangs.

    Ehrlichia equi ou Anaplasma phagocytophilum :

    L'Ehrlichiose Equine Granulocytaire à E. equi a été identifiée en 1969 aux USA. Depuis elle a été diagnostiquée dans la plupart des pays européens (Allemagne, Suisse, Suède, France, Grande Bretagne, Italie). E. equi a de très grandes similitudes génétiques avec E. phagocytophila et l'agent de l'Ehrlichiose Granulocytaire Humaine, qui seraient en réalité des souches particulières plus particulièrement adaptées à certaines espèces animales ou à l'homme. L'inoculation expérimentale de ces 2 autres espèces de Ehrlichia à des chevaux reproduit les mêmes signes cliniques que les souches de E. equi.
    Ainsi que les autres Ehrlichioses du groupe des Anaplasma, E. equi est transmis par différentes espèces d'Ixodidés: Ixodes pacificus, I. ricinus, I. scapularis. Ces tiques peuvent également héberger Borrelia burgdorferi et la contamination simultanée des chevaux par ces 2 agents infectieux est parfaitement possible. Ehrlichia equi est une zoonose et peut contaminer l'homme et les carnivores. Le réservoir de cette ehrlichiose granulocytaire est constitué de nombreuses espèces de rongeurs sauvages sur lesquelles s'effectue le cycle biologique d'Ixodes sp. D’autres espèces de mammifères sont également exposées à l’infection par E. equi : les ovins (avortement), les bovins, les canidés ainsi que la plupart des ruminants sauvages.
    La saisonnalité de l'Ehrlichiose Equine Granulocytaire est liée à la biologie du vecteur. Les cas cliniques apparaissent en milieu de printemps jusqu'en fin d'automne.

    Signes cliniques

    Ehrlichia risticii :

    La fièvre équine du Potomac débute après une incubation de 9 à 14 jours. Les premières manifestations cliniques sont très variables. On peut observer uniquement des troubles digestifs: coliques modérées, apathie, anorexie, diminution très nette des borborygmes ou bien une forte hyperthermie de faible durée qui passe le plus souvent inaperçue, ou encore une diarrhée plus ou moins intense qui peut durer de 1 à 10 jours (la fièvre du Potomac n'induit pas l'apparition de diarrhée chronique). Ce sont cependant les troubles gastro-intestinaux et la diarrhée profuse qui constituent les symptômes les plus fréquents et les plus caractéristiques de cette affection.
    Dans la très grande majorité des cas, l'infection par E. risticii est cliniquement silencieuse ou se traduit par des signes cliniques modérés. C'est en particulier lors d'épisodes diarrhéiques intenses que des complications plus graves vont survenir: déshydratation, œdèmes déclives des membres, congestion des muqueuses, fourbure, typhlocolite pouvant entraîner la mort dans 5 à 30% des cas. Un examen hématologique montre une leucopénie dans les premiers jours de l'infection suivie d'une leucocytose (> 20.000 leucocytes). Une thrombocytopénie peut être observée pendant l'épisode aigu de diarrhée
    L'infection par E. risticii peut entraîner l'avortement lorsque la contamination survient dans la première moitié de la gestation. Il se produit alors une placentite, la mort du fœtus avec souvent des complications bactériennes. Les poulains nés à terme de juments contaminées sont parfaitement viables et indemnes.

    Ehrlichia equi :

    Comme pour l'ehrlichiose équine monocytaire, de nombreuses infections liées à E. equi demeurent asymptomatiques et sont révélées par une sérologie positive.
    L'incubation dure de 2 à 12 jours après fixation des tiques infectées. Les premiers signes cliniques observés sont une forte asthénie accompagnée d'une importante hyperthermie, une baisse de l'appétit, de l'ataxie, de la répugnance à se déplacer et un œdème des membres. Des signes d'orchite ont été signalés chez les étalons. Ces signes cliniques vont durer une huitaine de jours et évoluer le plus souvent vers la guérison.
    Dans la plupart des cas ces symptômes vont s'accompagner de troubles hématologiques: thrombocytopénie, anémie, leucopénie, pétéchies des muqueuses buccales, oculaires et génitales et sub-ictère.
    En l'absence de traitement, le taux de mortalité reste faible, la guérison clinique est suivie d'une longue période de convalescence.

    Diagnostic

    Le diagnostic clinique différentiel de la Fièvre équine du Potomac doit être fait vis-à-vis de certaines affections intestinales: salmonellose, parasitisme intestinal, entérotoxémies. L'ehrlichiose granulocytaire équine doit être différenciée de l'artérite virale, de l'anémie infectieuse, des babésioses et des leptospiroses.
    Le diagnostic expérimental est basé sur :

    • La mise en évidence d'inclusions intracellulaires (monocytes et macrophages pour E. risticii, neutrophiles et éosinophiles pour E. equi). Ces inclusions sont souvent difficiles à observer et ne sont présentes que pendant la phase aiguë de la maladie.
    • La sérologie (Immunofluorescence indirecte, ELISA ou Western-blot): une séroconversion est souvent observée 7 à 10 jours après le début de l'infection avec des titres maximum atteints au bout d'un mois. Des titres post-infectieux de 1/2560 sont fréquemment observés. Ces anticorps peuvent subsister plusieurs mois, mais certains chevaux se négativent très rapidement. Une augmentation de titre de 4 dilutions entre 2 sérums prélevés à 2/3 semaines d'intervalle permet de conclure à une infection, cependant il n'est pas rare que le niveau des anticorps IFAT atteigne son maximum dès le début de l'infection.
    • La Polymérase Chain reaction permet une identification plus précise et plus spécifique du germe en cause.
    Traitement

    L'antibiothérapie à base de tétracyclines représente le traitement spécifique de ces 2 ehrlichioses. L'oxytétracycline (6 à 7 mg/kg/jour) sera prescrite pour une durée de 7 à 10 jours. Son utilisation en tout début d'affection entraîne une cessation très rapide des signes cliniques alors que les résultats thérapeutiques seront plus longs à obtenir lors d'intervention plus tardive. Cependant l'utilisation des tétracyclines chez les équidés peut être à l'origine de graves troubles intestinaux. Il y a lieu d'en tenir compte avant d'initier le traitement des ehrlichioses.
    L'association érythromycine (25 mg/kg) + rifampicine (10 mg/kg) per os, 2 fois par jour, est également efficace, mais semble donner des résultats thérapeutiques plus tardifs bien que ne nécessitant que 3 à 5 jours de traitement. Les souches d'E. equi sont résistantes à l'amoxicilline, le ceftriaxone, l'érythromycine, et l'amikacine.
    Des traitements complémentaires symptomatiques seront également utilisés: anti-inflammatoires non-stéroïdiens, anti-diarrhéiques, réhydratants, etc.

    Prévention

    Des vaccins inactivés contre Ehrlichia risticii sont commercialisés aux Etats Unis. La protection conférée est satisfaisante mais pas absolue. L'existence de différentes souches d'E. risticii nécessiterait l'utilisation de vaccins renfermant ces différentes souches. La vaccination entraîne une diminution de l'intensité des signes cliniques.

    Références

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