Botulisme
Le botulisme est une toxi-infection
sévère non contagieuse qui peut affecter
l’homme ainsi que les animaux (mammifères
et oiseaux) et qui est provoquée le plus souvent
par l’ingestion de neurotoxines produites par une
bactérie anaérobie, Clostridium botulinum.
Le nom botulisme vient du latin botulus qui signifie
saucisse car les premières intoxinations décrites
chez l’homme au 17ème siècle provenaient
de l’ingestion de saucisses contaminées.
Etiologie
LLe botulisme est provoqué par
une neurotoxine produite par un germe anaérobie
strict: Clostridium botulinum, bactérie Gram positif
de la famille des Bacillacées. C'est un germe
en forme de bâtonnet de 0,5 x 4 à 8 µm,
avec une spore ovalaire sub-terminale. Sa culture est
relativement facile sur milieux usuels à une température
optimale de 26 à 35°C mais il peut se développer à des
températures plus basses (jusqu’à +3°C)
ou plus élevées (jusqu’à +40°C).
Il a besoin d’un pH proche de la neutralité et
est inhibé à des pH < 4,6. Les nitrates
ou nitrites inhibent totalement sa multiplication ainsi
que le chlorure de sodium, les anti-oxydants, les polyphosphates
et la plupart des antiseptiques d’autant plus que
le pH est inférieur à 4,6.
La bactérie est tuée par exposition à une
température > 60°C pendant quelques minutes,
mais les spores peuvent résister plusieurs minutes à 100°C,
quant à la toxine elle est neutralisée en
1 minute à 85°C, en 6 minutes à 80°C
et en 90 minutes à 60°C.
On distingue 7 types différents de Clostridium botulinum qui différent par les propriétés
antigéniques des toxines qu’elles produisent
: A, B, C, D, E, F, G.
- Le type A
est essentiellement rencontré chez l’homme.
- Le type B est à l’origine
d’intoxinations chez l’homme ainsi que
le cheval (USA, Australie, Russie, Europe du Nord).
- Le type C1 infecte les oiseaux
- Le type C2 infecte les herbivores
(bovins, ovins, équins) du monde entier.
- Le type D est également
responsable d’intoxinations chez les herbivores, plus particulièrement
en Australie et Afrique du Sud.
- Le type E est surtout isolé des
poissons et il est à l’origine d’intoxinations
humaines particulièrement fréquentes aux USA, Canada,
Europe du Nord, Japon et Russie.
- Le type F est rencontré chez
l’homme (USA, Danemark)
- Le type G a été isolé de
Clostridium argentinense et a uniquement été trouvé dans
le sol. Son rôle pathogène est inconnu.
Les types C et D sont donc les
plus fréquemment rencontrés chez les équidés.
Alors que les types A, B, E, F, et G ne produisent
que la toxine correspondante, le type C produit essentiellement
la toxine C1 mais aussi les toxines D et
C2, le type
D produit la toxine D mais en plus faible
quantité les
toxines C1 et C2. Il n’existe pas de neutralisation
croisée entre ces différentes toxines.
Au plan bactériologique, les 7 types de Clostridium botulinum sont répartis en 4 groupes :
- Groupe I : germes protéolytiques produisant
les toxines A, B ou F.
- Groupe II : germes non protéolytiques
produisant les toxines B, E ou F.
- Groupe III : germes faiblement ou pas protéolytiques
produisant les toxines C et D.
- Groupe IV : germes protéolytiques produisant
la toxine G.
Les toxines botuliques sont
associées à des protéines non toxiques
(dont des hémagglutinines) produites également
par Clostridium botulinum et constituent ainsi des complexes
protéiques de très grande taille qui sont
ainsi protégés contre l’atteinte
des sucs digestifs. La toxine botulique est constituée
d’une chaîne polypeptidique de 150 kDa composée
d’une chaîne « lourde » de 100
kDa et d’une chaîne « légère » de
50 kDa réunies par un pont disulfure associé à un
atome de Zinc. Le pont disulfure est essentiel pour la
pénétration de la toxine dans la cellule.
Après ingestion, la toxine n’est pas détruite
par les sucs digestifs et traverse très facilement
la muqueuse intestinale. Elle pénètre par
endocytose dans les extrémités des neurones
moteurs après avoir été véhiculée
par voie sanguine ou lymphatique. La toxine va bloquer
la libération de l’acétylcholine dans
l’espace des jonctions neuro-musculaires du système
nerveux parasympathique d’où l’apparition
de paralysies flasques. En fait la toxine botulique va
cliver la synaptobrévine (ou VAMP : Vehicle Associated
Membrane Protein), membrane protéique des vésicules
synaptiques.
La DL50 chez le singe ou la souris est de 0,4 nanogramme/kg
par voie parentérale.
Epidémiologie
Clostridium botulinum est essentiellement présent
dans les sédiments marins et terrestres du monde
entier où il peut persister de nombreuses années
sous forme sporulée. De ce fait il peut contaminer
les légumes cultivés dans ou sur le sol.
Il est également présent dans le tractus
gastro-intestinal des poissons, des oiseaux et des mammifères.
La flore digestive normale chez les animaux adultes a un
effet inhibiteur sur le développement de ce germe.
Chez l’homme le botulisme est essentiellement provoqué par
l’ingestion d’aliments contaminés par
C. botulinum et dans lesquels la toxine botulique a pu
se développer. La toxine est ingérée
avec l’aliment, habituellement une conserve de fabrication
artisanale, une salaison de viande ou de poisson mal préparée,
et même du miel (forme de botulisme observé chez
l’enfant de moins de 1 an). Ce sont les types A (le
plus pathogène), B, et E (à partir du poisson)
qui sont les plus souvent en cause dans le botulisme humain.
Chez le cheval, les sources de contamination sont multiples
:
- Présence de cadavres de rongeurs ou d’oiseaux
dans le fourrage favorisant la prolifération de
la bactérie et la production de toxines qui vont
fortement contaminer le fourrage. C’est une des
causes principales de contamination des herbivores. L’augmentation
du nombre de cas chez les herbivores serait liée
aux nouvelles méthodes de moissonnage dans la
mesure où les engins utilisés coupent l’herbe à ras
du sol et happent une plus grande quantité de
petits rongeurs. Dans ces cas la toxine de type C est
la plus fréquemment en cause.
- Mauvaise conditions de ramassage ou de stockage de
l’ensilage. La forte humidité, l’absence
d’oxygène et un pH souvent supérieur à 5
sont autant de facteurs qui vont faciliter le développement
des germes et de leurs toxines. Dans ces cas ce serait
la toxine B qui serait le plus souvent responsable.
- Abreuvement à partir d’eau contaminée.
Dans certaines occasions on assiste au développement
anormal de petits invertébrés qui se nourrissent
de matière organique en décomposition.
Ces invertébrés concentrent la toxine botulique
et sont ensuite absorbés par des oiseaux sauvages
(palmipèdes en particulier) qui vont mourir du
botulisme et contaminer tout leur environnement. Là encore
c’est la toxine de type C qui prédominerait.
- Le botulisme par blessure, quoique très rare,
peut se développer par la multiplication de C.
botulinum au niveau d’une plaie cutanée,
de la même façon que le tétanos.
- Il existe également une forme néo-natale
de botulisme que l’on peut observer chez des
poulains de moins de 8/10 mois. En effet chez le jeune
animal, la flore intestinale n’est pas capable
d’inhiber le développement de la bactérie.
Il y a formation endogène de toxine botulique
après germination des spores.
Chez le cheval comme chez la plupart des herbivores et
des oiseaux, les types de toxine les plus souvent en cause
sont les types C et D plus particulièrement en Europe.
Le type B a également été observé chez
les chevaux en Australie, Afrique et surtout aux USA.
Signes cliniques
Chez le cheval, comme chez
la plupart des mammifères, la durée de
l’incubation va de quelques heures (5/6) à quelques
jours (5/8).
Les premiers signes cliniques montrent un brusque changement
de comportement de l’animal qui semble très
fatigué et apathique. Un examen oculaire permet
de constater une très forte mydriase qui apparaît
quelques heures après l’ingestion de la toxine
et qui dure plusieurs jours.
La mastication ainsi que la déglutition sont de
plus en plus difficiles. Progressivement on note une paralysie
flasque de la langue qui pend en permanence. Le cheval
ne peut plus boire et se met à baver car la déglutition
est impossible.
L’état général se dégrade
progressivement, l’animal ne se déplace plus,
reste le plus souvent en décubitus sternal puis
latéral. On note également des tremblements
musculaires qui généralement débutent
par les triceps avant de s’étendre à tous
les groupes musculaires.
La paralysie des muscles respiratoires accompagnée
d’intenses efforts expiratoires entraîne la
mort par asphyxie.
On n’observe pas d’hyperthermie (en dehors
de complications bactériennes) ni de signes neurologiques
centraux.
Dans la forme néonatale on observe une paralysie
progressive, de la dysphagie, du décubitus et la
mort par atteinte des muscles respiratoires.
Diagnostic
Un diagnostic clinique différentiel
(par élimination) doit être fait vis-à-vis
des encéphalopathies équines : rage, forme
nerveuse de la rhinopneumonie, encéphalite à virus
West Nile, etc.
Il est très difficile de mettre en évidence
la toxine dans le sérum du malade ou dans l’aliment
suspecté. L’isolement de la bactérie à partir
de l’aliment est possible, cependant son interprétation
est rendue difficile du fait de la présence quasi
naturelle de spores de C. botulinum dans l’environnement.
Le test le plus classique consiste à injecter du
sérum du malade à des souris qui développeront
la maladie en quelques jours.
Traitement-Prévention
La sérothérapie est rarement employée
chez le cheval car le plus souvent le diagnostic est fait
trop tardivement et il est quasi impossible de s’en
procurer en Europe.
Il existe aux USA un sérum polyvalent (types B,
C, et D) que l’on injecte par voie IV ou IM à raison
de 70.000 UI pour un adulte (500 ml) ou de 30.000 UI pour
un jeune poulain (200 ml). Les résultats thérapeutiques
sont d’autant meilleurs que la sérothérapie
intervient le plus précocement possible. Ces traitements
sont particulièrement onéreux (de l’ordre
de 3.000 US$ pour un cheval adulte).
Deux différents types de vaccins sont disponibles
dans le monde :
- Anatoxine du type B : commercialisée aux USA
et en Australie.
- Anatoxine des types C et D : produite en Afrique du
Sud et autorisée dans quelques pays européens.
Le schéma vaccinal nécessite deux injections à 1 mois d’intervalle
suivies de rappels annuels.
Références
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