BORRELIOSE ou MALADIE DE LYME
La Borréliose de Lyme est une maladie
infectieuse transmise par des tiques et due à un spirochète
Borrelia burgdorferi qui a été identifié aux USA
par Burgdorfer lors d'une épidémie humaine d'arthrite infectieuse
dans la ville de Lyme (Connecticut) en 1982, résolvant
ainsi l'étiologie d'une affection anciennement connue provoquant
divers symptômes dermatologiques, neurologiques et articulaires
chez l'homme et les animaux.
Etiologie
Les Borrelia sont des
bactéries de l'ordre des Spirochaetales et de la famille
des Spirochaetaceae. Ce sont des bactéries mobiles, de forme
hélicoïdale, micro-aérophiles, colorables par la coloration
de Giemsa. Elles mesurent de 5 à 23 µm de long pour 0.2
à 0.4 µm de diamètre. Elles se caractérisent par le fait
qu'elles sont transmises par des arthropodes vecteurs. Elles
sont constituées par :
- une enveloppe externe
: similaire à la paroi des bactéries Gram négatif, l'enveloppe
externe des Borrelia renferme différentes protéines
dont une protéine A de surface (OspA) de 31 kD
(uniquement présente sur la bactérie située dans la tique
ou en culture) et une protéine B de surface (OspB)
de 34 kD. Une autre protéine de surface (OspC) est uniquement
détectée chez les Borrelia présentes dans l'hôte
infecté. L'utilisation d'anticorps monoclonaux et l'électrophorèse
des protéines OspA et OspB a permis de caractériser l'existence
de différentes sous-espèces de Borrelia burgdorferi
en Europe.
- un système locomoteur
: des flagelles sont insérés à chaque
extrémité des bactéries sur un corps
basal. Le nombre de ces flagelles est compris entre 14
et 20. Les souches américaines de B. burgdorferi
ont 14 flagelles alors que les souches européennes
en ont 16. La protéine flagellaire est susceptible
de présenter des réactions sérologiques
croisées avec d'autres espèces de spirochètes
comme les Borrelia, les Treponema et les
Leptospira.
- le cylindre protoplasmique
: il est limité par une membrane cytoplasmique
associée à un peptidoglycane qui assure
la rigidité du corps bactérien. Il renferme
le cytoplasme, le système nucléique et les
plasmides. Un de ces plasmides codant pour une protéine
de 60 kD présente une très forte immunogénicité
et est très proche de protéines semblables
présentes dans différentes bactéries
(E. coli, Pseudomonas, Mycobacterium, Treponema,
etc.). Ceci peut expliquer le manque de spécificité
des tests sérologiques effectués avec des
extraits totaux de Borrelia.
Dans le genre Borrelia,
près de 20 espèces sont associées avec des fièvres récurrentes
transmises par des poux (B. recurrentis) ou d'autres
arthropodes (Ornithodoros ou Argas).
B. burgdorferi peut être divisé en plus de 10 espèces
différentes :
- B. burgdorferi sensu stricto, présent en Europe
et aux USA mais absent en Russie et en Asie,
- B. garinii
- B. afzelii
- B. valaisiana et B. lusitania en Eurasie
- B. japonica au Japon
- B. andersonii et le groupe DN127 aux USA
- B. lonestari, plus récemment été identifiée aux
USA
- B. miyamotoi, plus récemment été identifiée au
Japon
L'analyse génétique de ces espèces
montre que B. afzelii, B. valaisiana, B. lusitania et
B. japonica sont phylogénétiquement proches de B.
garinii, tandis que B. burgdorferi sensu stricto
est très distinct. B. garinii serait l'espèce ancestrale
de l'ensemble du groupe de B. burgdorferi.
Le genre Borrelia peut
être classé en 2 sous-groupes en relation avec leur pouvoir
pathogène :
Groupe des fièvres récurrentes
: Borrelia recurentis, transmise par les poux, est
l'agent de la fièvre épidémique récurrente, maladie humaine
des régions très pauvres. Quelques épidémies sont décrites
en Afrique et les Andes. D'autres fièvres récurrentes sont
transmises par des tiques du genre Ornithodoros,
comme les fièvres à B. hermesii aux USA et Canada,
B. hispanica dans le bassin méditerranéen, B.
parkeri aux USA et B. venezuelensis en Amérique
du Sud et en Amérique Centrale.
Groupe des Borrélioses
de Lyme (Borrelia burgdorferi sensu lato) :
- Borrelia burgdorferi sensu stricto (Burgdorfer,
1982) : isolée en Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest.
Aux USA la souche B31 est la souche de référence, mais
plusieurs variants existent. Provoque l'Erythema Chronicum
Migrans puis des arthrites mais pas d'acrodermatite
ni de signes neurologiques.
- Borrelia garinii (Baranton, 1992) : isolée en
Europe, provoque essentiellement des signes neurologiques
aigus et chroniques.
- Borrelia afzelii (Canica, 1993) ou VS461 : isolée
en Europe Centrale, Europe de l'Est, Scandinavie, Russie
et Japon. C'est l'agent de l'Acrodermatite Chronique
atrophiante.
- Borrelia valaisiana (Wang, 1997) or VS116 or
M19 : isolée de patients en Europe Centrale, UK, Irlande
et Pays-Bas, son rôle pathogène n'est pas complètement
élucidé mais cette souche est surtout isolée de lésions
d'Erythema Chronicum Migrans.

Epidémiologie
Chez le cheval, comme chez les
autres espèces d'animaux domestiques, l'épidémiologie
de la Borréliose de Lyme est liée à
la biologie et l'écologie des arthropodes vecteurs
que sont les tiques ainsi qu'à la présence
de certains animaux sauvages à sang chaud
qui constituent le réservoir de ces bactéries
et assurent la pérennité de l'infection. De
nombreuses espèces de tiques sont susceptibles de
transmettre Borrelia burgdorferi sensu lato à
l'homme ou aux mammifères. En Europe ce sont essentiellement
Ixodes ricinus et Ixodes persulcatus.
Les spirochètes
sont localisés dans la muqueuse intestinale de la
tique et transmis par la salive au cours du repas de sang.
La migration de la bactérie de la paroi intestinale
vers la glande salivaire nécessite 2 à 3 jours.
Les risques de transmission de la maladie par une tique
infectée apparaissent 24 à 48 heures après
la fixation de l'arthropode. Cependant certaines espèces
de tiques (I. persulcatus) peuvent héberger
Borrelia en permanence dans leur salive, auquel cas
la transmission de la maladie peut survenir dans les heures
qui suivent le début du repas de sang.
Chez les Ixodes, la transmission
de Borrelia se fait de façon trans-stadiale,
la transmission trans-ovarienne semble peu probable. Les
larves d'Ixodes sont en effet très rarement porteuses
de Borrelia.
Le cycle complet de développement
d'Ixodes ricinus est en moyenne de 3 ans (1 an pour
chacun des 3 stades) mais peut aller de 2 à 6 ans.
A chaque stade un repas de sang est nécessaire, mais
suivant les conditions climatiques, il peut y avoir un jeûne
de plus d'un an entre chaque stade. La durée moyenne
du repas de sang est de 2/3 jours pour la larve, de 4/5
jours pour la nymphe et de 5 à 7 jours pour l'adulte.
Dans les climats tempérés l'activité
des Ixodes est effective entre les mois de mars et d'octobre,
d'où un certain caractère saisonnier de la
maladie.
Les tiques adultes se nourrissent
presque exclusivement sur de grands mammifères (cerfs,
chevreuils, moutons, vaches, chevaux, chiens), les larves
se nourrissent de préférence sur des rongeurs,
des oiseaux sauvages ou même des serpents, quant aux
nymphes elles ont une préférence pour les
oiseaux sauvages mais peuvent se nourrir sur tous types
de mammifères. L'habitat des Ixodes nécessite
donc la présence de bois ou forêts où
prolifèrent des animaux sauvages et où règne
un certain degré d'hygrométrie. Dans les prairies
ou les landes, leur source principale de nourriture réside
alors dans les mammifères domestiques présents.
Diverses études épidémiologiques
européennes ont montré que le taux d'infestation
des tiques par Borrelia peut aller de 4% à
plus de 50% en fonction des sites de prélèvements.
De nombreuses tiques sont susceptibles d'être porteuses
de différentes espèces de Borrelia.
Parallèlement aux tiques
qui assurent la transmission de la maladie, il existe des
espèces animales qui sont les réservoirs de
l'infection. Parmi ces espèces qui hébergent
Borrelia et assurent ainsi la contamination des tiques
on peut citer en premier lieu les mulots et les campagnols,
mais aussi les musaraignes, les hérissons, les lièvres,
les écureuils, etc. Certains oiseaux comme les faisans,
les merles, les rouges-gorges, les mésanges et beaucoup
d'oiseaux migrateurs sont les principaux réservoirs
de B. garinii et de B. valaisiana.
Les principales études
épidémiologiques de la Maladie de Lyme ont
été réalisées chez les tiques,
l'homme et plus ponctuellement chez le chien. Chez les chevaux
on manque de données précises en Europe. Cependant
du fait de la très large prévalence des Ixodes
en Europe, de leur taux de contamination par les Borrelia
souvent très élevé et de leur biologie,
les chevaux doivent avoir les mêmes taux de prévalence
que les autres animaux. En Allemagne, une étude épidémiologique
réalisée sur 1492 chevaux présentant
des signes cliniques pouvant être en relation avec
la Borréliose, a montré un taux de séroprévalence
de 47,9 %. Par contre on ignore quelles sont les différentes
espèces de Borrelia susceptibles d'infecter
les équidés mais comme les tiques vectrices
sont identiques à toutes les espèces (Ixodes
ricinus et Ixodes persulcatus) il est à
peu près certain que le cheval peut être contaminé
par l'une ou l'autre de ces 5 souches. Récemment,
en Allemagne, on a pu identifier la présence de Borrelia
afzelii chez 4 chevaux présentant des symptômes
évocateurs de la Borréliose de Lyme.

Signes cliniques
Dans les régions d'endémie,
la séroprévalence est souvent très
élevée chez l'homme comme chez les animaux
domestiques. Cette séroprévalence n'est pas
le plus souvent corrélée avec l'existence
d'une maladie clinique. Dans la population humaine, sur
100 personnes mordues par une tique infectée, seules
10% présenteront les premiers signes cliniques (Erythema
chronicum migrans) et moins d'1% présentera les
signes secondaires et tertiaires. Cependant la très
grande majorité de ces individus fera une séroconversion.
Chez le cheval, plusieurs auteurs
font des observations similaires : pour eux seuls 10 à
15% des chevaux contaminés par des tiques porteuses
de B. burgdorferi sensu lato vont présenter
une symptomatologie détectable. En équine,
la symptomatologie est tellement variable que nos confrères
américains l'appellent The great imitator.
C'est dire la difficulté du diagnostic clinique,
car la bactérie peut se localiser à n'importe
quel organe et reproduire des signes cliniques extrêmement
variés et non pathognomoniques.
Lorsqu'ils existent, les symptômes "classiques"
sont les suivants :
10 à 15 jours après
la morsure de tique, il se forme autour du point de
fixation un érythème cutané
dont l'observation est rendue difficile par le pelage. Le
plus souvent cette lésion primaire s'accompagne ou
non d'autres signes cliniques d'intensité très
variable tels que de l'anorexie, une baisse de forme, de
l'hyperthermie et un certain degré de dyspnée.
Dans certains cas on observe de la fourbure, mais à
ce stade primaire de la maladie il n'y a pas d'atteinte
articulaire.
plusieurs jours ou semaines après, la bactérie
peut se disséminer dans tout l'organisme avec cependant
une nette prédilection pour les articulations. Les
articulations du carpe ou du tarse sont oedémaciées,
douloureuses et chaudes. Cette arthrite inflammatoire peut
atteindre une seule ou plusieurs articulations. Il s'en
suit une intense boiterie qui s'accompagne d'un dème
du membre. Sans traitement approprié, cette arthrite
peut persister plusieurs mois, entrecoupée de phases
de rémission. Ces signes cliniques sont plus le résultat
de la formation d'immun-complexes avec formation d'enzymes
qui détruisent le collagène articulaire
qu'une action directe de la bactérie.
Beaucoup plus rarement et beaucoup plus tardivement,
des complications nerveuses et/ou oculaires peuvent survenir.
On a décrit des signes d'encéphalite, de paralysie
de la queue, de dysphagie, de kératite, d'ulcères
de la cornée, d'uvéite et de cataracte.
Cependant ces signes cliniques "classiques" sont
souvent beaucoup plus discrets et se traduisent essentiellement
par une baisse de forme, un changement de comportement (certaine
agressivité ou irritabilité), une réluctance
au travail avec ou non un état fébrile. En
l'absence de traitement ces signes peuvent perdurer sans
qu'il n'y ait d'aggravation de la symptomatologie.

Diagnostic
De ce fait le diagnostic
clinique est très difficile à poser.
Les
examens de laboratoire sont essentiellement basés
sur la sérologie par ELISA ou Immunofluorescence,
ou bien de préférence par Western-blot.
En équine
il est recommandé d'effectuer une sérologie
et un Western-blot pour éliminer d'éventuelles
fausses réactions pouvant être observées
avec les leptospires.
Selon
nos collègues américains, sur 100 chevaux
exposés dans une région où la Maladie
de Lyme est fréquente chez les carnivores et les
humains, environ 1/3 d'entre eux ont une sérologie
ELISA positive mais seulement 1 à 2 sujets voient
leur confirmation de positivité par le Western
Blot.
Concernant les équidés, les tests ELISA développés
et utilisés chez l'homme et le chien n'ont aucune
valeur en équine. Il faut en effet utiliser une
anti-globuline de cheval qui n'est pas fournie avec ces
tests ELISA.La valeur de ces tests est d'ailleurs très
controversée, et en cas de positivité il
est nécessaire de faire un Western-Blot, qui reste
une des méthodes fiables mais dont l'interprétation
n'est pas toujours aisée. En règle générale
la séropositivité se manifeste tardivement
après la morsure infectante par la tique. Dans la
littérature on trouve des délais de 6 à 8
semaines. La séropositivité sans signes cliniques
patents a peu de valeur car de nombreux herbivores sont
séropositifs sans présenter le moindre signe
clinique. Deux prélèvements de sérum
sont à faire à 15/21 jours d'intervalle.
L'isolement de la bactérie à partir de biopsies
cutanées ou de prélèvements du liquide
synovial est également possible. La mise en culture
est souvent délicate, aussi on préfère
effectuer cette recherche par PCR.
Séro-diagnostic...
pour en savoir plus

Traitement
Le traitement est basé
sur l'antibiothérapie qui pourra être
associée aux anti-inflammatoires non-stéroïdiens.
Après 2 à 3 jours d'administration d'antibiotiques
on peut observer une augmentation de l'intensité
des symptômes liés à la lyse des bactéries
et à la dissémination de leurs toxines. Ce
phénomène est susceptible d'entraîner
un épisode de fourbure aiguë.
Les traitements antibiotiques seront maintenus pendant 4
à 6 semaines. Des sérologies de contrôle
sont à effectuer au cours du traitement. L'amélioration
clinique se traduit le plus souvent par une nette diminution
du taux des anticorps.
Les antibiotiques les plus actifs sont l'amoxicilline
et la doxycycline. L'amoxicilline est plutôt
utilisée pour la phase primaire et la doxycycline
pour les localisations articulaires. Ces deux antibiotiques
sont cependant d'utilisation délicate chez le
cheval du fait de leur action sur la flore digestive,
de plus ils n'ont pas d'indications revendiquées
dans l'espèce équine.
Prévention
Il n'existe pas, à l'heure
actuelle, de vaccin commercialisé contre la Borréliose
de Lyme du cheval. Un essai de vaccination a été
réalisé grâce à un vaccin recombinant
exprimant la protéine OspA de B. burgdorferi
sensu stricto. Dans cet essai limité, les animaux
vaccinés ont été protégés
contre une infection expérimentale. L'existence de
plusieurs souches différentes de Borrelia
rend beaucoup plus délicate une éventuelle
approche vaccinale en Europe.
Les traitements de l'environnement pour détruire
les tiques sont illusoires. On peut cependant appliquer
sur les animaux des produits actifs contre les tiques pour
tenter d'éviter leur fixation ou la transmission
de la maladie.

Références
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Proccedings
of the 18th International Conference of WAAVP, 2001, Stresa,
Italy. |