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L'ascaridose du chien
est une parasitose due à la présence
et au développement dans l'organisme puis à l'installation
dans l'intestin grêle du chien de nématodes
de grande taille,
de l'ordre Ascaridida du genre Toxocara ou Toxascaris.
L'agent pathogène
Biologie
Epidémiologie
Etude clinique
Lésions
Diagnostic
Méthodes de lutte
L'agent
pathogène
Les ascarides font partie
des helminthes les plus
fréquents chez les chiots et les femelles.
Environ 10 à 20% des chiens de milieu urbain
ou rural sont parasités par des helminthes, cette
fréquence atteint environ 60 % en chenil.
Les ascarides se trouvent chez les femelles
d’une part et chez les jeunes d’autre part,
où ils
sont responsables de divers troubles cliniques
(toux, diarrhée, vomissement, ballonnement,
douleurs abdominales) ou subcliniques
(retards de croissance, fragilité osseuse).
La lutte fait appel à des mesures hygiéniques,
mais surtout aux traitements réguliers des
reproducteurs et des jeunes.
La toxocarose présente une importance en
santé publique puisque l’Homme peut être
infesté par ingestion des oeufs larvés
de
Toxocara canis.
Morphologie et identification
Deux espèces d’ascarides parasitent le chien
:
Toxocara canis et Toxascaris leonina.
• La toxocarose, due à T.canis, est de loin
la
plus importante, de par sa fréquence et ses
conséquences chez les chiots.
Les vers adultes sont observés lors des autopsies
de jeunes carnivores massivement infestés
ou lorsque les animaux infestés les éliminent
entiers dans leurs matières fécales ou
les vomissent.
Ils mesurent 5 à 15 cm de long pour
2 à 3 mm de diamètre. Ils apparaissent
comme
de gros vers blancs et sont faciles à reconnaître.
Les oeufs pondus par les femelles sont aisément
observables par examen coproscopique.
Ils sont de grande taille, environ 75 à 85 µm
de
diamètre, sphériques à subsphériques.
Ils contiennent une cellule, brunâtre, qui n’occupe
pas la totalité de l’oeuf. La coque, brune,
est épaisse, elles présentent des stries
concentriques.
Dans le genre Toxocara, la couche
externe de la coque présente des aspérités,
elle é
tait dite en «dé à coudre», tandis
que la
couche externe de Toxascaris est totalement
lisse. La distinction est importante car seul
Toxocara peut infester l’Homme. Les oeufs
sont présents en grand nombre dès l’apparition
des vers adultes dans l’intestin grêle, du
fait de
la grande prolificité des femelles (environ
200 000 oeufs pondus par jour).


Biologie
Les ascarides sont ne sont
pas hématophages,
mais consomment une grande quantité de glucose,
acides aminés, vitamines, oligo-éléments
et de minéraux tels que calcium et phosphore.
Cette spoliation peut expliquer les troubles
osseux constatés chez les chiots fortement
infestés et la possibilité de crises convulsives
liées à des hypoglycémies.
Les vers peuvent obstruer l’intestin grêle
des
jeunes carnivores en se mettant en pelotes,
d’où des signes d’obstruction (diarrhée
et
constipation).
L’irritation digestive qui y est liée peut
se traduire
par une perforation intestinale et l’apparition
d’une péritonite rapidement mortelle.
Les ascarides sont des parasites n’ayant qu’un
seul hôte : cycle monoxène.
Les oeufs éliminés avec les selles par
les jeunes
ou les femelles infestés évoluent dans
le milieu
extérieur en 3 à 4 semaines pour devenir
infestants. Ils sont extrêmement résistants
et
survivent à des températures comprises
entre
10°C et 45 °C. Ils ne craignent pas la
sécheresse ni le milieu liquide. Ils peuvent
demeurer infestant pour les chiens plusieurs
années (2 à 5 ans).
Lorsque ces oeufs, contenant une larve, sont
ingérés par un jeune carnivore de moins
de
6 mois, ils évoluent jusqu’à donner
des adultes
intestinaux. Les larves libérées dans l’intestin
traversent la paroi intestinale, gagnent le foie
puis le coeur par le système circulatoire. Elles
atteignent ensuite les poumons via les artères
pulmonaires, elles sortent alors des vaisseaux
pour entrer dans les alvéoles pulmonaires.
Elles remontent ensuite jusqu’aux bronches
puis à la trachée, avant d’être
dégluties et de
revenir à l’intestin où elles deviennent
enfin des
adultes et s’accouplent. Cette migration, dite
entéro-pneumo-trachéo-entérale prend
5 semaines. Le passage par les poumons
explique les symptômes respiratoires (toux sans
hyperthermie) qui précèdent ou accompagnent
les troubles digestifs. Seul ce cycle existe pour
Toxascaris leonina, tandis que des variations
sont possibles pour Toxocara canis.
Lorsque les oeufs larvés sont ingérés
par des
chiens de plus de 6 mois, les larves ont une
migration semblable jusqu’aux poumons, mais
elles ne rentrent pas dans les alvéoles et repartent
vers le coeur via les veines pulmonaires.
Elles sont ensuite distribuées dans tout l’organisme
par le système circulatoire.
Elles vont s’enkyster dans de nombreux
organes tout en demeurant vivantes.
Elles finiront par y mourir, généralement
en
1 an environ chez les mâles. En revanche, les
larves enkystées demeurent vivantes et infestantes
durant plusieurs années chez les
femelles.
• Chez les chiennes, les larves de Toxocara
canis sont susceptibles de se “réveiller” lors
de
la période d’oestrus ou avant et après
la mise
bas. Cette activité parasitaire dépend du
cycle
hormonal des chiennes.
Il s’agit essentiellement des larves enkystées
(en
diapause) dans la mamelle, l’utérus ou le
tissu
musculaire. Les larves qui reprennent leur activité aux alentours de l’oestrus
vont gagner les poumons pour reprendre un cycle évolutif
classique et donner des vers adultes intestinaux
5 semaines après. Les larves qui se réactivent
dans les 15jours avant et après la mise bas
vont donner des vers adultes d’une part, mais
elles vont surtout infester les chiots soit directement
dans l’utérus, avant la naissance, soit
après la naissance par l’intermédiaire
du
colostrum puis du lait.
• Chez les chiots les larves ayant pénétré avant
la naissance ont un cycle classique et aboutissent à
la présence d’adultes dès l’âge
de 10
jours (puisque que le cycle évolutif a commencé avant la naissance). Les larves ingérées
par le
colostrum ou le lait migrent par le système circulatoire
et les poumons avant de donner des
adultes intestinaux.
Si un rongeur vient à ingérer un oeuf larvé (contenant une L2), il hébergera
dans ses tissus des larves quiescentes. Il se comporte
comme
un hôte paraténique. Ce rôle est très
important
dans l’ascaridose à Toxascaris leonina.
Epidémiologie
• Sources de parasites : elles sont constituées
du milieu dans lequel se trouvent les oeufs, très
résistants, et des chiennes elles-mêmes
qui
hébergent dans leurs tissus des larves capables
de reprendre leur évolution et d’infester
les
jeunes carnivores.
La longévité des ascarides est relativement
faible. Ils disparaissent naturellement en 4à 6 mois. Les parasites sont très prolifiques, d’où une importante contamination du milieu.
• Modes d’infestation des chiots : la connaissance
du cycle évolutif de T.canis permet
d’identifier les 3 modalités d’infestation
des
chiots.

Ces derniers peuvent être contaminés
avant
même leur naissance par les larves qui étaient
enkystées chez leur mère. Une femelle peut
contaminer plusieurs portées successives. Ils
présentent une toxocarose dès la fin de
leur première
semaine de vie.
Les chiots peuvent s’infester juste après
leur
naissance et durant environ 10jours par l’intermédiaire
du colostrum puis du lait.
Ils peuvent enfin s’infester en ingérant
des oeufs
larvés présents dans leur environnement.
Ces
oeufs proviennent des vers formés chez d’autres
jeunes ou de ceux éliminés par les femelles.
• Existence d’hôtes paraténiques :
les oeufs
présents dans le milieu peuvent être ingérés
par
d’autres animaux que les chiens, et notamment
les rongeurs (rats, souris). Chez ces derniers,
les larves gagnent divers organes et s’y enkystent.
Des jeunes chiens chassant et consommant
des rongeurs peuvent s’infester.
Ce mode de contamination est la principale
modalité évolutive de Toxascaris leonina.
• Animaux réceptifs
: les jeunes carnivores de moins de 6 mois et les femelles
hébergent des
ascarides adultes. Les chiens mâles de plus de
6 mois sont rarement infestés mais peuvent
l’être à l’occasion d’immunodépressions
passagères.
Cette limite de 6mois est en fait très progressive.
En ce qui concerne Toxascaris leonina,
le facteur âge est moins important et les infestations
s’observent à tout âge.

Etude
clinique
La
toxocarose à T.Canis se caractérise
par :
• Des troubles
respiratoires :toux, avant les
autres signes d’appel (ces signes correspondent
au passage des larves des artères pulmonaires
dans les alvéoles) ;
• Une atteinte
générale :croissance ralentie
des chiots, appétit irrégulier, maigreur,
pelage
terne, piqué, douleurs articulaires (avec rachitisme
et déformations osseuses, surtout chez
les grandes races) ;
• Des
troubles digestifs :diarrhée (alternant
avec des phases de constipation), mais
surtout un ballonnement abdominal, parfois
très marquée et accompagné par des
vomissements de paquets de vers. Une élimination
des vers dans les matières fécales
est possible.
La toxocarose favorise l’apparition d’autres
maladies, notamment digestives, telles que
les coccidioses. Elle diminue également
l’efficacité des vaccinations par un effet
immunodépresseur.
• Evolution
:l’évolution peut être
fatale pour
les animaux lors d’infestations massives. Les
pelotes ascaridiennes entraînent l’obstruction
de
l’intestin, accompagné de météorisme,
de
désordres bactériens (autointoxication),
et parfois
d’une déchirure intestinale conduisant à une
péritonite mortelle (lésion “d’ascaridose
chirurgicale”). Lors de réinfestations successives,
des phénomènes d’hypersensibilité peuvent
se traduire par la mort des larves en migration
pulmonaire avec apparition de signes respiratoires
(toux asmathiforme). Dans ces cas, il
n’y a pas d’adultes intestinaux et les examens
coproscopiques restent négatifs. Dans certains
cas, lors d’infestations massives, la lyse brutale
des ascarides après traitement se solde par la
libération de nombreux antigènes au pouvoir
allergène important. Des phénomènes
d’hypersensibilité sont
alors possibles : troubles diarrhéiques marqués,
choc allergique avec détresse respiratoire. Pour
cette raison, il est parfois recommandé de ne
traiter une première
fois les animaux qu’à demi-dose, avant
d’employer la posologie adéquate une semaine
après.
Lésions
L’infestation ascaridienne
induit localement des lésions d’entérite congestivo-hémorragique.
De nombreux vers sont visibles dans
l’intestin grêle. Des granulomes d’origine
parasitaire
peuvent être retrouvés dans divers
organes dont les poumons.
Diagnostic
La suspicion clinique
est aisée sur des jeunes
carnivores venant d’être achetés.
Elle doitê
tre confirmée par le diagnostic expérimental.
Au terme de la période prépatente, des
oeufs sont éliminés en grande quantité.
Un examen coproscopique microscopique
permet en général de mettre en évidence
les
oeufs d’ascarides et de distinguer l’espèce
(Toxocara ou Toxascaris).

Méthodes
de lutte
• Prophylaxie
en élevage
Mesures défensives en milieu sain (cas des élevages).
A
l’introduction d’un animal (achat d’un
reproducteur
en élevage), il faut éviter d’introduire
un porteur de
parasites. Un dépistage coprologique est nécessaire.
S’il est positif, un traitement approprié sera
mis en oeuvre.
Circulation dans l’élevage : les personnes
qui
circulent dans un chenil sont susceptibles d’entraîner
avec elles des éléments infestants (par
exemple avec de
la boue sur les chaussures). Elles peuvent ainsi les
apporter de l’extérieur, ou au contraire
les emporter et
les véhiculer d’un enclos à l’autre.
Ceci explique l’intérêt
d’installer un ou plusieurs pédiluves entre
les enclos
et à l’entrée du chenil. Les désinfectants
actifs sur les
oeufs sont peu nombreux : formol à 3%, crésyl à 2%,
ou mélange formol à 3% + CuSO4 à 2%.
L’eau de
Javel, les dérivés phénoliques,
les iodophores et les
ammoniums sont peu actifs.

• Prophylaxie sanitaire
Il s’agit de l’hygiène générale
de l’élevage. Les
oeufs de parasites sont résistants plusieurs années
(pour les oeufs d’ascarides et de trichures).
•
Limiter la contamination du milieu : éviter le
surpeuplement, isoler les jeunes des mères dès
que
possible et n’amener les mères que pour
les tétées.
•
Nettoyer le milieu :
- sol ou parcours en terre, terre battue, sable : gravillonner.
Le gros gravier laisse passer les oeufs qui évolueront
mais seront inaccessibles aux chiens. Il est possible
de
retourner la terre pour enfouir les oeufs.
- sol dur (béton, ciment), niches et cages : le
lavage au jet
d’eau de façon quotidienne ou biquotidienne
est essentiel.
Il élimine les matières fécales
et un grand nombre
d’éléments parasitaires. Le Karcher
ou jet d’eau sous
pression est plus efficace qu’un jet simple. Il
est intéressant
d’associer un brossage du sol et des anfractuosités
une fois par semaine.
•
Désinfecter le milieu : cette désinfection
est
inutile si elle n’est pas précédée
d’un nettoyage.
• Prophylaxie médicale
En milieu contaminé, il est nécessaire
d’associer des mesures
médicales aux actions sanitaires.
Ceci contribue à diminuer le taux
d’infestation des animaux.
• Vermifugation des femelles après
la mise bas
• Vermifugation des femelles en période
de reproduction et début de gestation.
Les femelles sont vermifugées lors des chaleurs,
ce qui
permet la destruction des vers adultes et une destruction
partielle des larves somatiques. Les anthelminthiques
nématodicides classiques sont employés dans
un but de destruction des adultes, en revanche une
activité sur des larves en réveil ou en migration
n’est
obtenue qu’avec des vermifuges diffusant dans les
tissus
(fenbendazole, flubendazole, oxfendazole, léva-misole)
et administrés plusieurs jours de suite.
Les chiennes et les chattes sont traitées 15 jours
après
la mise bas puis toutes les 2 semaines jusqu’au sevrage
des jeunes (8e
semaine).
•Vermifugation en élevage et chez le propriétaire
- Traitement des chiots : les chiots sont vermifugés
dès l’âge de 15 Jours (parfois dès
10 J lors de
problèmes sévères d’ascaridose),
puis tous les 15
jours jusqu’au sevrage. La vermifugation est ensuite
mensuelle jusque 6 mois. Lors d’infestation massive,
il est possible de traiter en plusieurs fois en commençant à
demi-doses durant 2 jours, puis une dose
pleine 2-3 jours après, de façon à éviter
tout phénomène
allergique.
Le rythme de vermifugation des chiots est lié à la
présence supposée de larves d’ascarides
en migration à
divers stades, d’où la possibilité d’apparition
de vers dès l’arrêt des traitements.
Les vermifugations
débutent avant le sevrage du fait des contami-nations
par le lait maternel.
En milieu sain, la fréquence des traitements peut être
allégée avec une vermifugation à 8
semaines,
puis une à 12 semaines (au même moment que
les
vaccinations).
- Traitements des chiens adultes : une vermifugation
semestrielle est conseillée en l’absence de
dépistage
coproscopique.
• Risques pour l’homme
Toxocara canis et T.cati ont un potentiel
zoonotique, à l’inverse,
Toxascaris leonina ne présente
pas de danger
pour l’Homme. D’après les études
sérologiques réalisées
chez l’homme, Toxocara cati aurait un caractère
zoonosique
semblable à T. canis : il serait responsable
d’un
tiers
des larva migrans, contre deux tiers dues à T.
canis. Les
oeufs larvés infestants, s’ils sont consommés
par un être
humain, libèrent une larve qui va migrer un certain
temps avant de mourir (Larva migrans ascaridienne).
Il s’agit d’une zoonose incomplète (le
parasite meurt)
mais qui peut être grave médicalement, notamment
lors
de migration dans l’encéphale ou au niveau
de l’oeil.
Les enfants sont les sujets à risque, car des oeufs
se
trouvent souvent dans leur environnement : jardins
publics, bacs à sable, jardins particuliers lors
d’achat
d’un chiot ou d’un chaton.
Frédéric
Beugnet
DVM - MSc - PhD - Agrégé en Parasitologie et Maladies
Parasitaires
Technical Manager Europe MERIAL
Bibliographie
Beugnet F.
Helminthoses digestives
et choix des vermifuges chez les carnivores.
L’Action
Vétérinaire, 1998, 1436 : 33-44.
Beugnet F.
Les ascaridoses du chien et du chat.
L’Action
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Bourdoiseau G.
La thérapeutique anthelminthique
chez les carnivores domestiques.
Point Vét., 1997,
28 : 1517-1527.
Bourdoiseau G.
Le parasitisme de chenil.
Point Vét.,
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Georgi’s Parasitology for veterinarians.
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Magnaval J.F., Glickman L.T. et Dorchies P.
La toxocarose,
une zoonose helminthique majeure.
Rev.Méd.Vét.,
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des carnivores domestiques, 1993, Vol 169.
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