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La leishmaniose générale
du chien est une protozoose,
inoculable, infectieuse, transmise par piqûre de phlébotomes,
due ‹ la présence et à la multiplication
dans les cellules
de la lignée macrophagique de protozoaires flagellés
appartenant à l'espèce Leishmania (donovani)
infantum.
L'agent pathogène
Biologie
Epidémiologie
Symptômes
Diagnostic
Méthodes de lutte
L'agent
pathogène
Elle est caractérisée
cliniquement par une atteinte
viscérale et cutanéomuqueuse, d’où le
qualificatif
de leishmaniose générale, et caractérisée
sur le
plan lésionnel par une atteinte de tous les
organes et tissus contenant des cellules macro-phagiques.
• L. infantum est un parasite zoonosique, agent
chez l’homme de la leishmaniose viscérale
ou
kala-azar méditerranéen.
• L. infantum infecte les Canidés,
domestiques ou sauvages (renards en France), mais les
rongeurs
(rats noirs) peuvent aussi être infectés
par
certaines souches. Chez l’Homme, pendant
longtemps cette infection a surtout touché les
enfants, d’où le nom d’ infantum,
actuellement
la majorité des cas est observée chez les
individus
immunodéprimés.

Importance
L’importance médicale est liée à la
gravité de la
maladie. Elle évolue progressivement vers la
mort de l’animal. Le traitement ne permet
qu’une guérison momentanée, il n’entraîne
pas
l’élimination des parasites et des rechutes
ont
lieu régulièrement.
L’importance hygiénique est liée
au fait que les
chiens représentent le réservoir de parasites
pour l’Homme. Elle n’est cependant pas
contagieuse directement du chien à l’Homme.
Répartition géographique
L. infantum est présent dans le bassin
médi-terranéen,
au proche et au moyen-Orient, en
Asie centrale et en chine, ainsi qu’en Afrique
occidentale sub-saharienne. Elle a été importée
en Amérique du Sud et Centrale par les
colons européens.
En France, 3 foyers de forte endémicité,
présents
dans le Sud sont distingués :
• le foyer Cévenne - Languedoc ;
• le foyer Provence - Côte d’Azur, qui s’étend
au Nord dans la vallée du Rhône ;
• le foyer Corse.
A côté de ces zones, des foyers d’extension
sont
observés. Ils sont liés au retour de chiens
infectés
et à la présence de phlébotomes
pouvant étendre le nombre
de cas. Des cas peuvent être
observés sur tout le territoire et concerner des
chiens ayant séjourné dans les zones d’endémie.
Etude de Leishmania infantum
Les leishmanies sont des protozoaires flagellés
se
présentant sous deux aspects morphologiques
distincts, chez le vertébré et le vecteur
invertébré.
De véritables formes flagellées extracellulaires
appelées promastigotes sont observées chez
les
phlébotomes ou en culture, tandis que les chiens
n’hébergent que des parasites intracellulaires
et
sans flagelles, appelés amastigotes. Les amastigotes
sont présents au sein d’une vacuole parasitophore
dans les macrophages parasités. Ils sont
ovalaires et mesurent 3-4 x 2 µm. Ils renferment
un volumineux noyau et un élément en forme
de bâton, le kinétoplaste. Des leishmanies
peuvent
se voir en position extracellulaire lorsque
des macrophages
sont altérés par les
techniques de prélèvements,
ou lors de
leur lyse et avant
qu’elles n’en infectent
un autre.

Biologie
Les leishmanies vivent au
sein des macrophages
(dermiques, spléniques, hépatiques, ou
de la
moelle osseuse), elles sont exceptionnellement
rencontrées dans les monocytes sanguins. Elles
survivent à la phagocytose puis à l’agression
oxydative
du macrophage. Elles se multiplient par
division binaire longitudinale. Les phlébotomes
femelles, hématophages, ingèrent des amastigotes
au cours d’un repas. Au terme de 15 à 20
jours, des promastigotes infectant pour les vertébrés
sont présents dans les glandes salivaires de
l’insecte.
Le repas du phlébotome est traumatisant, telmophage,
créant un lac hémo-lymphatique,
qui permet aux zromastigotes d’entrer en
contact avec des cellules macrophagiques et
d’être phagocytées. Leur multiplication
peut
ensuite débuter.
Pouvoir pathogène
Il est lié à l’infection de cellules
du système
immunitaire, ce qui provoque un dérèglement
immunopathologique. Une réponse immunitaire
fait suite à l’infection. Elle est cellulaire
et
humorale. La réponse humorale, non protectrice,
est précoce et intense. Elle se traduit par
l’apparition d’anticorps, essentiellement
Ig.G.
Ces derniers pourraient faciliter la phagocytose
par les macrophages, et ne joueraient aucun
rôle protecteur, au contraire. Leur abondance et
leur complexation avec des antigènes est responsable
des symptômes immunopathologiques
relatifs aux immun-complexes : glomérulonéphrite,
arthrite. Ces Ig G sont recherchés
par sérologie.
La réponse à médiation cellulaire
est généralement
insuffisante pour entraîner une disparition
des parasites. Elle est basée sur des phénomènes
de cytotoxicité médiés par les lymphocytes
tueurs (CD8 et NK), ainsi que par une réaction
oxydative des macrophages induites par diverses
cytokines (Il-1, TNFa, IFNg).
Les leishmanies favorisent une réponse immunitaire
humorale par stimulation des lymphocytes
T CD4 + de type Th 2 au détriment d’une
réponse
cytotoxique (T CD4 + de type Th 1).
Epidémiologie
Epidémiologie descriptive
La leishmaniose est endémique là où les
vecteurs sont nombreux, c’est à dire dans le Sud de
la France. La prévalence d’infection dépasse 10%
dans certaines localités en Provence. Les infections
sont saisonnières du printemps à l’automne.
Des cycles épidémiologiques ruraux et péri-urbains
sont décrits. Les plus fortes prévalence
sont observées dans les villages d’arrière pays, mais
les cas sur des chiens vivant dans les banlieues
pavillonnaires sont de plus en plus nombreux.
Epidémiologie analytique
Le réservoir domestique du parasite est la population
canine. Les chiens cliniquement atteints,
avec des lésions cutanéomuqueuses , soit environ
50 % de la population infectée, sont la source
principale. 10 % des chiens auraient une
infection spontanément régressive et ne seraient
pas source. Enfin, les 40 % restant correspondentà
des chiens en incubation ou cliniquement
sains. Ces derniers hébergent des parasites dans
le derme et doivent être considérés comme
source de leishmanies. Les chats, exceptionnellement
infectés, ne jouent aucun rôle épidémiologique.
Les phlébotomes sont la seule source
directe de parasites. Deux espèces vectrices principales
sont connues en France. Phlebotomus
ariasi est un phlébotome actif l’été, essentiellement
présent en Languedoc et Cévennes. Il est
présent à l’extérieur des habitations, sur les
petites collines. Il confère un caractère rural à l’endémie.
Phlebotomus perniciosus est ubiquiste,
présent sur l’ensemble du territoire français.
Il n’est cependant abondant que dans la région
Provence - Alpes – Côtes d’Azur, durant une
période assez longue et avec une densité suffisante
pour maintenir une endémie leishmanienne.
Il vit près des habitations, avec une activitécrépusculaire. Sa démographie montre un pic
printanier et un pic automnal. Il craint le vent et
ne se rencontre pas sur le rivage. Il confère un
caractère rural et sub-urbain à l’endémie. Les
phlébotomes inoculent les leishmanies en
piquant les chiens dans les zones glabres : chan-frein,
conques auriculaires. Le pelage des chiens
ne constitue pas une protection. La transmission
in utero est possible mais probablement exceptionnelle.
Il n’y a pas de variation de la réceptivitédes chiens en
fonction de la race ou du sexe.
L’âge n’est pas directement un facteur de sensibilité.
En revanche, le risque d’infection croît
avec ce dernier. L’état physiologique augmente
la sensibilité des chiens qui risquent de développer
des formes plus accusées, ou de présenter
rapidement des rechutes après traitement.
Les chiens vivant à l’extérieur (chiens de garde,
de berger) ont plus de “chance” d’être piqués.
Le développement des zones pavillonnaires
explique l’extension des foyers leishmaniens
puisque les petits jardins créent des gîtes propicesà
la pullulation des vecteurs.

Symptômes
Les symptômes apparaissent après
une phase d’incubation très variable (entre
3 mois et 1
an). Comme l’incubation est longue, la sérologie
est souvent positive dès le début. La leishmaniose
a une symptomatologie polymorphe,
associant de nombreux signes, généraux
ou
cutanés. La présence d’un seul signe
doit faire
suspecter la maladie.
Signes généraux
• Modification du caractère : le
chien est apathique
triste. Cet état peut aller jusqu’à la
torpeur.
L’appétit est diminué.
• Amyotrophie : les chiens subissent une
fonte musculaire. Elle intéresse la tête
(muscles temporaux
et masticateurs). Les fosses temporales se
creusent : “tête de vieux chien”.
Ultérieurement, même les membres s’amincissent,
ainsi que les hanches qui saillent.
• Amaigrissement : le chien prend une
allure de vieux chien misérable et triste.
• Hyperthermie : très inconstante.
• Modifications sanguines et biochimiques
: une anémie, une leucopénie et une thrombocytopénie
sont notées. La leucopénie s’accompagne
d’une monocytose. Une hyperprotéinémie
est rapidement observée. Les globulines
augmentent (inversion du rapport albumine/
globuline passant de 1 à 0,3-0,1).
Signes cutanéomuqueux dermite sèche
avec squamosis
• Dépilations : alopécie diffuse, éclaircissement
du pelage sans dépilations nettement localisées.
Dépilation plus marquée sur les membres,
la tête (pourtour des yeux, oreilles), la queue.
• Onychogryphose : pousse constante et
rapide des griffes (“ongles de fakir”).
• Troubles de la kératogénèse
: apparition
d’un squamosis important, avec de nombreuses
squames de grande taille et brillantes (“furfur
amiantacé”). Une hyperkératose peut être
associée,
l’épiderme s’épaissit et se
pigmente, d’où un aspect plissé et grisâtre de la peau,
généralement
au niveau de la truffe, des oreilles.
• Ulcères : apparition d’ulcères,
en cupules,
ayant tendance à l’extension, d’où s’écoule
une sérosité riche en leishmanies (forme
humide).
L’ulcère peut cicatriser momentanément
(forme sèche). Les localisations préférentielles sont
le pavillon interne de l’oreille (chancre primaire
d’inoculation par le phlébotome), les
coussinets plantaires (provoquant une douleur
intense et des boîteries réflexes), la muqueuse
pituitaire (engendrant des saignements de nez
ou épistaxis, signe évocateur de leishmaniose,
la
muqueuse buccale, la muqueuse digestive (diarrhée
hémorragique)…
• Nodules sous-cutanés : prolifération
des
lignées macrophagiques dans le derme engendrant
la formation de nodules de plusieurs cm
de diamètre, palpables, non douloureux.
Symptômes liés au S.P.M.
• Polyadénomégalie : noeuds
lymphatiques hypertrophiés, facilement palpables
pour les NL superficiels. Ils ne sont pas douloureux,
leur ponction est intéressante dans le cadre du
diagnostic.
• Splénomégalie : inconstante chez le chien.
Autres symptômes
Symptômes oculaires : kératite bleue, conjonctivite, uvéite
antérieure, choriorétinite. Troubles nerveux, moteurs ou sensitifs.
Insuffisance rénale chronique liée à une glomérulonéphrite,
ainsi que Polyarthrite (immuns-complexes).
Evolution de la maladie
Maladie d’évolution chronique, au cours de la quelle un état
général satisfaisant peut se maintenir pendant plusieurs mois.
Cependant l’évolution vers la cachexie puis la mort est de règle,
seuls 10% des chiens vont rester “porteurs sains” ou se débarrasser
de ce parasite.
Le traitement ne permet pas d’obtenir une stérilisation parasitaire
de l’organisme et les rechutes sont possibles.
Lésions
Les lésions cutanées reposent sur la formation de granulomes inflammatoires
centrés sur des histiocytes parasités (granulomes lymphomo-nocytaires).
Les atteintes générales sont aussi liées à une infiltration
des tissus par des cellules du S.P.M., d’où l’apparition de
granulomes lymphomonocytaires et de manchons périvasculaires histiocytaires.
Des dépôts d’immuns-complexes sont mis en évidence
au niveau des articulations comme des glomérules rénaux.
Pathogénie et immunité
La symptomatologie de la leishmaniose est liéeà l’infiltration
de tous les tissus et organes par des cellules des lignées macrophagiques.
La synthèse de diverses cytokines aux effets variés, comme l’Interféron
g, l’Interleukine 1, ou le TNFa, permet d’expliquer de nombreux troubles.
La leishmaniose est une maladie à dominante immunologique. Les leishmanies
survivent au sein des macrophages, en bloquant leur activité et en modulant
la réponse immunitaire de l’hôte. |
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Diagnostic
Diagnostic de la leishmaniose
• Diagnostic clinique et différentiel
Le diagnostic de la leishmaniose repose
d’abord sur des considérations épidémiologiques
et cliniques. De nombreuses maladies
interviennent dans ce diagnostic :
- des dermatoses :gale sarcoptique, démodécie,
pyodermites et dermatoses auto-immunes,
cliniquement très proches de la leishmaniose.
- des maladies générales :évolutions
cancéreuses,
erhlichiose (abattement et épistaxis),
lupus érythémateux disséminé (tableau
clinique
presque identique à celui de la leishmaniose).
Diagnostic de laboratoire
• Eléménts de suspicion : monocytose (de
4 à
40%), hyperprotéinémie (55 g/l à 85
g/l
voire plus), et hyperglobulinémie dont
gammaglobulinémie (bloc de béta-gamma
globulines).
• Diagnostic
de certitude : réalisable
soit par dépistage sérologique de l’infection,
soit par
recherche des leishmanies.
• Diagnostic
direct : les leishmanies peuvent ê
tre mises en évidence après coloration de
May
Grünwald Giemsa et observation microscopique à
l’immersion (Gx1 000), à partir de
divers prélèvements : calque cutané sur
une
lésion ulcérée humide, copeau cutané,
ponction
ganglionnaire (NL poplité), ou ponction de
moelle osseuse. La ponction de NL est peu douloureuse,
facile à réaliser et sans risque pour
l’animal. La visualisation des leishmamies
nécessite une lecture parfois longue.
• Diagnostic
indirect : les chiens infectés développent
une réponse en anticorps en environ
3 semaines après l’infection. Ces immunoglobulines
peuvent être dépistées par diverses
techniques :
Agglutination de particules de latex,
ELISA, Immunofluorescence indirecte. L’agglutination
ou l’ELISA sont directement utilisables
par le vétérinaire praticien sous forme de
kits.
L’IFI est demandée à des laboratoires
d’analyses.
La sérologie a un intérêt pronostic
: plus le titre
anticorps est élevé, plus le pronostic est
mauvais.
Un traitement doit faire chuter ce titre d’au
moins 2 dilutions, de préférence en dessous
de
1/320. A faire 1 mois après l’arrêt
du traitement,
puis tous les 6 mois de façon à suivre le
patient.
Méthodes de lutte
Traitement
Long et coûteux. Il faut que le propriétaire soit
motivé, et que l’état du chien le permette. Un
chien séropositif mais bien portant, avec un titre
en anticorps faible (1/160 ; 1/320), doit seulement
faire l’objet d’une surveillance clinique
accrue. Du fait caractère zoonosique de la leishmaniose
et du rôle de réservoir joué par les
chiens, l’euthanasie pourra être conseillée sur
un animale en mauvais été général.
Protocole de base : Association antimoniate de
méglumine et allopurinol. L’antimoniate de
méglumine est employée à la posologie de 100
mg/kg, tous les jours, par administration sous-cutanée,
pendant 20 à 30 jours. La dose est
limitée à 5 g. pour un chien de grande taille. Il
est possible d’observer une recrudescence des
symptômes la première semaine (libération
d’antigènes leishmaniens dans l’organisme).
Une thérapie de soutien sera mise en place par
administration de protecteurs hépatiques et de
diurétiques. L’Allopurinol est employé à la
posologie de 30mg/kg en 2 prises par jour pendant 30 jours. Ce traitement
sera poursuivi
par la prise d’Allopurinol 1 semaine par
mois à vie, à la posologie de 20 mg/kg. La
poursuite de l’administration d’allopurinol
semble limiter la reprise des multiplications
parasitaires, d’où l’absence de rechutes
durant parfois plusieurs années.
Traitements associés
Dans certains cas, polyarthrites ou troubles
oculaires, une amélioration clinique peut être
obtenue lors de mise en place d’une corticothérapie à
doses immunosuppressives. Les
symptômes étant liés, pour partie, aux
immuns-complexes, l’administration durant
15 à 20 jours de prednisolone à 1mg/kg/j
freine la synthèse d’anticorps. Cette corticop-thérapie
peut être proposée lorsque l’urée
sanguine est supérieure à 1,5 g/l.
Prophylaxie
La prophylaxie reste très limitée du fait de
l’absence de vaccination anti-leishmanies et de
la difficulté de détruire le vecteur. Il faut éviter
les piqûres de phlébotomes. Pour cela certaines
mesures simples comme le fait de rentrer les
chiens au crépuscule sont utiles.
Frédéric
Beugnet
DVM - MSc - PhD - Agrégé en Parasitologie et Maladies Parasitaires
Technical Manager Europe MERIAL
Bibliographie
Alvar J. et al
canine leishmaniasis
: clinical, parasitological and entomological follow-up after
chemotherapy.
Annals of Tropical Medecine and
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Beugnet F.
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Proceedings of the International
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Ciaramella P. et al
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Leishmaniose canine : difficultés
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