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Accueil > Vétérinaires > Animaux de Compagnie > Pathologie > Giardiose à Giardia duodenalis

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GIARDIOSE A GIARDIA DUODENALIS
  • L'agent pathogène
  • Biologie
  • Epidémiologie
  • Symptômes
  • Diagnostic
  • Traitement
  • Prophylaxie
  • Risque en santé publique
  • L'agent pathogène

    La giardiose est une protozoose infectieuse de l’intestin grêle caractérisée cliniquement par le développement d’une entérite avec diarrhée chronique d’aspect stéatorrheuse.
    Les protozoaires du genre Giardia (syn. Lamblia) infectent les batraciens (Giardia agilis), les reptiles (G.muris), les oiseaux (G.muris) et les mammifères (G.muris chez les rongeurs, G.duodenalis (syn. G.duodenalis) chez de nombreux mammifères dont l’homme.
    La giardiose est une protozoose de réparti
    tion cosmopolite, caractérisée par l’existence de porteurs sains qui constituent le réservoir du parasite.
    Il s’agit d’une zoonose, bien que des souches adaptées à cha que espèce hôte soient distinguées.
    Cette parasitose digestive est fréquente chez le chien et le chat, mais sous-estimée en clientèle vétérinaire, du fait notamment d’une difficulté du diagnostic, qui est basé sur l’examen coproscopique des selles.

    Taxinomie
    Giardia duodenalis est un protozoaire flagellé (Mastigophora), appartenantà l’ordre des Diplomonadida (présence d’une symétrie bilatérale du fait d’une division longitudinale incomplète du parasite) et à la famille des Hexamitidae (présence de 8 flagelles).

    Morphologie
    Ce protozoaire se présente sous deux formes, les trophozoites, formes actives, mesurant 6-8 x 12-15 µm, et munies d’un disque adhésif leur permettant de demeurer en surface des cellules épithéliales digestives ; et les kystes végétatifs, émis dans les matières fécales et éléments de résistance et de contamination.
    Les trophozoïtes sont rarement vus, excepté lors d’examen direct de fèces fraîches.
    Les kystes sont subsphériques, renferment 2 à 4 noyaux, ainsi que des résidus de flagelles et de corps médians, donnant l’impression de contenir un S au centre. Ces éléments correspondent à deux trophozoïtes incomplétement formés. Ils mesurent 7-10 x 8-12 µm. Les kystes ingérés par les carnivores libéreront chacun deux trophozoïtes.

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    Biologie

    Les Giardia se multiplient de façon asexuée par division binaire dans l’intestin grêle (duodénum, jéjunum, et iléon antérieur). Ils forment un véritable tapis en surface de l’épithélium digestif, provoquant une irritation de la muqueuse et une gêne de la digestion.
    Ils se maintiennent sur les villosités intestinales grâce aux mouvements de leurs flagelles qui créent un courant liquidien se traduisant par une dépression au niveau du disque adhésif, d’où une action de ventouse.
    La physiopathologie des giardioses reste méconnue et l’objet de controverses.
    Le renouvellement rapide des cellules é pithéliales serait à l’origine d’une moindre efficacité de ces dernières, étant immatures.
    L’atteinte mécanique de la bordure en brosse par les protozoaires, et un possible effet cytopathique, expliqueraient la malabsorption. L’aspect décoloré et pâteux des selles serait dû à l’inhibition de la lipase pancréatique par les protozoaires, expliquant la ressemblance clinique entre la giardiose et l’insuffisance pancréatique exocrine.

    Epidémiologie

    Les sources de parasites sont représentées par les animaux, ou l’homme, porteurs sains. L’infection se fait par ingestion des kystes.
    Ceux-ci étant sensibles à la dessiccation et aux désinfectants usuels, ils sont surtout présents dans les milieux humides (potagers) et sont véhiculés par l’eau ou des aliments souillés (légumes crus).
    Ils résistent plusieurs semaines en milieu humide (2 mois à 8 °C, 1 mois à 21 °C, seulement 4 jours à 37 °C). Il est probable qu’à l’instar de ce qui est observé chez l’homme, toute immunodépression puisse favoriser une expression clinique suite à infection, ou provoquer le passage de l’état d’infecté latent à l’état d’infecté patent.
    La giardiose est une protozoose du chien et du chat fréquente en France, touchant les animaux de tout âge, avec une prévalence plus élevée chez les jeunes du sevrageà 2 ans. Elle peut évoluer sous forme «pseu-doépizootique» dans les collectivités.
    Elle a été dépistée au laboratoire de Parasitologie de l’ENVL ou de l’ENVA dans environ 10 % des coproscopies réalisées à partir des fèces de carnivores ayant une diarrhée, et présentés en consultation.
    Les enquêtes épidémiologiques dans les chenils d’élevage indiquent une prévalence pouvant aller jusqu’à 50% des chiens, tandis que la quasi totalité des élevages sont concernés.
    Ces chiffres sont identiques ou légèrement supérieurs à ce qui est noté en matière d’helminthose, ce qui fait dire que la giardiose est l’une des parasitoses digestives les plus fréquente chez les carnivores domestiques.

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    Symptômes

    Les carnivores ayant ingérés des kystes vont exprimer des symptômes en moyenne 1 semaine après infection, mais la durée de l’incubation est très variable d’un animal à l’autre, certains animaux n’exprimant aucun signe d’infection et devenant porteurs.
    Deux formes sont possibles, une forme aiguë, la plus rare, et une forme chronique, la plus fréquente.

    • La forme aiguë est caractérisée par l’apparition, parallèlement à une altération de l’état général, d’une diarrhée a queuse, rebelle à tout traitement, de coliques et de ballonnement. L’évolution reste généralement apyrétique.

    • La forme chronique est caractérisée par l’apparition d’une diarrhée pâteuse, malodorante, accompagnée d’une stéatorrhée, d’où la coloration souvent jaunâtre des selles, et leur aspect graisseux.
    La fréquence des émissions est souvent augmentée : de 1 fois à 5-6 fois par jour.
    Une douleur abdominale est perceptibleà la palpation.
    L’état général de l’animal s’altère progressivement, un amaigrissement est noté.
    L’appétit est généralement conservé, et une soif importante accompagne ces symptômes.

    Diagnostic

    Le diagnostic clinique est impossible, seule la stéatorrhée et l’aspect chronique de la diarrhée, évoluant depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, entrecoupées de phases de rémission, permettent de suspecter une giardiose.
    Le diagnostic différentiel doit être fait des entérites bactériennes, généralement pyrétiques, et ,chez le jeune chien, d’une insuffisance pancréatique exocrine, donnant un tableau clinique tout à fait similaire.

    • La confirmation repose sur la mise en é vidence dans les selles des kystes de Giardia.
    Leur élimination peut être inconstante, d’où la nécessité lors d’un résultat coproscopique négatif d’envisager une seconde analyse 7 jours plus tard environ.
    L’élimination des kystes est généralement massive, et ils sont facilement mis en évidence par coproscopie microscopique après enrichissement.

    • La technique de flottation, utilisant un liquide de forte densité, est la plus usitée.
    Des liquides de flottation faciles à faire tels que le sulfate de magnésium de densité 1,28 (35 g de sulfate de magnésium pour 95 p 100 ml d’eau) ou le sulfate de Zinc de densité 1,33 (33 g de sulfate de zinc, 15 g d’acétate de zinc, eau 100 ml) conviennent.
    Une centrifugeuse n’est pas nécessaire, une méthode simple, et utilisable pour le dépistage de tous les parasites digestifs, consisteà mélanger 1 g de matières fécales à 10 ml de solution dense dans un tube à hémolyse, de poser une lamelle sur le tube, en contact avec le liquide.
    Au bout de 10 minutes, les éventuels kystes de protozoaires ou oeufs d’helminthes se sont collés sur la face inférieure de la lamelle, il n’y plus qu’à récupérer cette lamelle et la poser sur une lame en vue d’une observation microscopique.

    • Les kystes de Giardia sont plus ou moins arrondis, de taille environ 8 x 12 µm, donc peu visibles à l’objectif 10 utilisés pour les oeufs d’helminthes, ils doivent être recherchés avec l’objectif 40.
    Ils sont assez clairs, ont une coque lisse et mince, et renferment divers éléments parfois peu discernables qui correspondent à 2 à 4 noyaux et à des fragments de flagelles.
    Pour mieux les repérer, il est possible d’utiliser des colorants se fixant dans la paroi des kystes. Leur structure interne est alors plus visible, et il est possible de les discerner dès l’observation de la lame au faible grossissement (x 100 = obj.10).
    Un colorant intéressant est la solution iodo-iodurée, iodine, ou lugol (constitution iode sublimée 10 g, iodure de potassium 50 g, eau qsp 100 ml). Il suffit d’en ajouter une goutte et de regarder le prélèvement là où le colorant se répand. Ce dernier confère une teinte orangée très nette aux kystes de Giardia.
    L’iodine ne colore pas les ookystes coccidiens ou les sporocystes, et permet donc de faciliter la diagnose des kystes de Giardia.
    Ces kystes peuvent aussi être recherchés dans le liquide d’aspiration duodénale lorsqu’une endoscopie est réalisée.
    Cette méthode est beaucoup plus lourde que la coproscopie, pour une sensibilité qui ne semble pas meilleure.
    Il existe des tests ELISA commercialisés en médecine humaine mettant en évidence des antigènes de Giardia (Giardia Specific Antigen, GSA 65 kDa) présents dans les matières fécales des individus infectés. Ils ne semblent pas aujourd’hui présenter un intérêt supérieur à la coproscopie.


    Kystes de Giarda
    duodenalis
    , coloration
    au lugol, obj. 40.

    Kystes de Giarda
    duodenalis
    , obj. 40,
    infestation massive

    Kystes de Giarda,
    sans coloration, obj. 40.

    Kystes de Giarda
    duodenalis
    , sans
    coloration, obj. 40.

     

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    Traitement

    L’évolution est favorable après la mise en oeuvre d’un traitement symptomatique (pansements gastro-intestinaux, antispasmodiques) et étiologique. Ce dernier fait appel soit au métronidazole, soit à certains benzimidazoles.
    Le métronidazole est administré par voie orale, 2 fois par jour, à la posologie de 20 mg/kg, pendant 10 jours. Certains essais ont conclu à une efficacité de 67% (67% des carnivores guéris), et à l’existence de phénomènes d’intolérances tels que nausée, vomissement, ou ataxie.
    Plus récemment, l’activité de quelques benzimidazoles a été suspectée avec une efficacité de 90 à 100% dans certains essais.
    L’emploi de ces molécules pourraient être avantageux du fait de leur très bonne tolérance, même à posologies élevées. Ainsi, L’oxfendazole est actif à la posologie anthelminthique usuelle de 11,3 mg/kg, administré pendant 3 jours de suite.
    L’albendazole semble efficace lors d’administration au chien 2 fois par jour à la posologie de 25 mg/kg pendant 2 jours, tandis que le fenbendazole l’est également lors d’utilisation à la posologie de 50 mg/kg pendant 3 jours.
    Les échecs de traitement ou la persistance des kystes dans les fèces constatés lors d’essais réalisés en chenil sont pour la plupart imputables à des réinfections quasi-immédiates. En effet, les chiens sous traitement continuent à ingérer des kystes qui évoluent très rapidement (en 2 à 3 jours).
    Lorsque les chiens sont mis dans des Box propres (lavés et désinfectés), les traitements sont beaucoup plus efficaces En ce qui concerne les chiens de propriétaires, les recontaminations sont beaucoup moins fréquentes, par conséquent les traitements donnent de bons résultats et les rechutes sont plus rares.

    Prophylaxie

    La prophylaxie est limitée chez les carnivores, elle est surtout réalisée en matière de giardiose humaine par des mesures d’hygiène liées à l’eau de boisson. En chatterie, comme en chenil, elle repose sur le fait de conserver les cages propres et sèches (par élimination fréquente des matières fécales), et de désinfecter des sols. Les kystes sont très sensibles aux ammoniums quaternaires (majorité des désinfectants du commerce), mais paraissent assez résistants au chlore (eau de Javel). Lors d’épidémie dans les collectivité, il est nécessaire de traiter non seulement les malades, mais aussi les animaux porteurs qu’il faudra dépister.

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    Risque en santé publique

    Rappelons que la giardose est une zoonose intertransmissible, même s’il semble exister des populations de parasites adaptés à tels ou tels hôtes.


    Frédéric Beugnet
    DVM - MSc - PhD - Agrégé en Parasitologie et Maladies Parasitaires
    Technical Manager Europe MERIAL

    Bibliographie

    Barr S.C., Bowman D.D.
    Evaluation of two test procedures for diagnosis of giardiasis in dogs.
    Am.J.Vet.Res., 1992, 53 : 2028-2031.

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    Giardiasis in dogs and cats.
    Compend.Contin.Educ.Prat.Vet., 1994, 16 (5) : 603-614.

    Beugnet F.
    Le parasitisme digestif des carnivores domestiques – importance des protozooses.
    L’Action Vétérinaire,
    1998, 1453 : 12-18.

    Beugnet F.
    Une entérite sous-estimée chez les carnivores domestiques : la giardiose à Giardia duodenalis.
    L’Action Vétérinaire, 1357, 22 et 29 Mars 1996.

    Bourdeau P.
    Les giardioses des carnivores.
    Rec.Méd.Vét., 1993, 169 : 393-400.

    Bourdoiseau G.
    Coccidioses digestives des carnivores domestiques.
    Rec.Méd.Vét., 1993, 169 : 387-391.

    Lindsay D.S., Blagburn B.L.
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    The Compendium, 1991, 13 : 759-765.

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    Giardia and Giardiasis.
    Adv.in Parasitology., 1993, 32 : 89-133.

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