| EHRLICHIOSE BOVINE à Anaplasma
phagocytophilum
L'agent causal
est une rickettsie renommée
depuis 2001 Anaplasma phagocytophilum. Le premier
cas bovin de cette maladie a été décrit
en France en 1991 en Bretagne et le second en 1998, toujours
en Bretagne.
Concernant ce dernier cas, le motif d'appel de l'éleveur a été un
syndrome respiratoire et une agalaxie sur un nombre de plus en plus élevé de
vaches au pré. Le diagnostic de bronchite vermineuse posé par
le propriétaire n' a pas été confirmé : ni par
la recherche de larves par technique de Baermann, ni par une thérapeutique
spécifique à l'aide d'EPRINEX®. In fine, après 2 mois
de tâtonnement et de thérapeutiques uniquement symptomatiques,
l'ehrlichiose a été confirmée par le LVD 22.
Ce cas a montré la difficulté du
diagnostic différentiel de cette maladie.
Il a certainement été un des facteurs déclenchant de l'enquête épidémiologique
initiée par l'URGTV Bretagne, avec le partenariat de MERIAL, et coordonnée
par notre confrère Guy Joncour de 1999 à 2003. Les résultats
ont permis de montrer que cette maladie vectorielle à tiques :
• a une répartition géographique étendue
et n'est pas une spécificité bretonne
• apparaît en
foyers, essentiellement lors de modification des écosystèmes
(acquisitions de nouvelles parcelles, translocations
d’animaux dans des nouveaux biotopes, achats, repeuplements… )
•touche de nombreuses
espèces : grands et petits ruminants, équidés,
chiens, chats, animaux sauvages et l’Homme.
• a des répercussions
cliniques plus fortes chez les adultes que les jeunes.
Ce point sous-tend une immunité de prémunition.

Clinique
chez les bovins
Cette rickettsiose est une
maladie infectieuse non contagieuse. Elle est ubiquiste
et présente une évolution biphasique (printemps et automne) en
fonction de la biologie de son vecteur principal qui est une tique : Ixodes
ricinus. Elle montre de plus de nombreuses identités sémiologiques
:
• syndrome respiratoire estival
avec toux d’été
• avortements sporadiques
ou enzootiques
• arthropathies
• hyperthermie avec importante baisse
de production laitière.
La phase aiguë dure de 5 à 10
jours en moyenne et survient en pâture. Elle débute
d'abord par une forte hyperthermie (>40°C) avec des
muqueuses oculaires congestives et s'accompagne d'une baisse
de production notable.
De ce fait cette maladie que l'on appelle aussi "fièvre des pâtures" peut
apparaître comme étant une maladie de vache laitière ;
non pas que les vaches allaitantes ne soient pas atteintes mais parce que l'agalaxie
est un signe d'appel plus prononcé et plus précoce dans les élevages
laitiers.
Maladie
des gros pâturons
(Photo Guy Joncour) |
Il peut y avoir ensuite
:
• une atteinte respiratoire qui doit être différenciée
de la dictyocaulose ou de la coxiellose pulmonaire (fièvre Q)
• un oedème des parties distales et déclives des membres.
C'est un signe pathognomonique (0 à 10 % des animaux).
• des avortements plutôt dans le dernier tiers de gestation.
|
Du fait de l'atteinte
de la lignée
blanche, on relève des troubles hématologiques
:
• thrombocytopénie sévère
mais transitoire,
• éosinopénie
et monocytose,
• diminution de l’hématocrite
(possibilité de pétéchies),
• lymphocytopénie
et neutropénie génératrice d’immunodépression.
C'est très certainement à cause
de cette dernière que l'ehrlichiose est responsable
de maladies induites et / ou associées : listériose
oculaire, coxiellose, dictyocaulose, infections à tropisme
respiratoire virales et bactériennes.
Ceci rend le diagnostic clinique d'autant plus difficile.

Epidémiologie
Si Ixodes ricinus est le vecteur
principal de transmission de la maladie, il en est aussi
un réservoir. Dans l'enquête préliminaireà l'élaboration
de la sonde PCR, il a été trouvé 2 % de tiques infectées
par A. phagocytophilum. (NB : une enquête en Italie du nord
donne 24 % de positifs).
Il s'agit d' une tique à cycle biologique triphasique que l'on peut
trouver dans les zones de bocage, de landes, de friches et de haies. L'enquête épidémiologie
a permis de mettre aussi ené vidence sa présence en bordure de
champs de maïs. Il s'agit bien d'une maladie de biotope.
L'inoculation de l'agent pathogène se fera 36 h après la morsure
et l'incubation dure 5 à 8 jours. A noter qu 'il y a une transmission
trans-stadiale, mais pas de transmission trans-ovarienne : de ce fait seules
les nymphes et les adultes femelles sont des vecteurs.

Cycle d’Ixodes
ricinus
De par l'activité des premières
il y a une occurrence de la clinique d’avril à juin.
Puis un autre pic aura lieu en septembre-octobre, dû pour
sa partà l'activité des femelles adultes.
Le climat, le mode d'élevage et l'organisation des espaces ruraux sont
autant de facteurs qui peuvent jouer d'une manière importante sur le
nombre, l'activité et les contacts potentiels arthropodes-hôtes.
Ces facteurs conditionneront l'incidence globale de l'ehrlichiose, qu'elle
soit bovine ou humaine.
Au cours de sa présentationà l'OIE (cf encadré), le Dr
George, médecin généraliste dans la Meuse qui a mis en évidence
les premiers cas français d'ehrlichiose granulocytique humaine en 1998,
a souligné la relation entre les maladies vectorielles à tiques
et la modification de l'espace rural Lorrain. Il existe d'autres vecteurs potentiels
qui sont des insectes piqueurs appartenant à la famille des stomoxidés
ou des tabanidés. De même on peut considérer que la seringue
est un vecteur mécanique possible même si cela na pas été prouvé expérimentalement.
Parallèlement, il existe aussi un
grand nombre de réservoirs. On les classe en grands
réservoirs, permanents et temporaires (chevreuil essentiellement,
cerf élaphe, autres ruminants sauvages ou non, comme
le mouton, mais aussi le sanglier) ou en petits réservoirs
(rongeurs, insectivores comme le hérisson, petits
carnivores comme le renard ou le putois).
Dans l'enquête URGTVB, il a été montré que 75 %
des chevreuils prélevés autour de foyers sont séropositifs.
Le chevreuil et les cervidés sauvages ne sont, en général,
que des réservoirs temporaires et des cul de sac épidémiologiques.
La mise en évidence de leur séropositivité en fait de
bonnes espèces sentinelles pour les animaux de rente, indiquant la présence
de la rickettsie dans le milieu.

Brocard avec tiques
(Photo GJ. Bernard)

Diagnostic
Le diagnostic clinique lors des cas sporadiques
est difficile et hormis l'existence de signes pathognomoniques
lors d'épisode en foyer, il faut avoir
recours au diagnostic de laboratoire.
Les méthodes de routine les plus économiques sont la sérologie
par immunofluorescence indirecte (IFI) et la cyto-hématologie. La méthode
de choix est la PCR. Le diagnostic différentiel est essentiel surtout
lors de syndrome respiratoire ou d'avortements.
| Méthodes |
Support biologique
|
Sensibilité
|
Spécificité
|
Durée**
|
| Examen clinique |
Animal +milieu
|
+/-
|
+/-
|
J0-J15
|
| Cyto hémato. |
Sang sur EDTA
|
+ ou -*
|
++
|
J0-J4
|
| Sérologie IFI |
Sérum tube sec
|
+/-
|
++
|
J21-J120
|
| PCR |
plasma Vecteur
|
Sérum +++
|
+++
|
J0-J14
|
*Fonction
du laboratoire ** J0 = jour du constat par éleveur

Moyens de
lutte
Prévention
La prévention pourra se faire essentiellement en contrôlant les
biotopes pour diminuer les contacts hôtevecteurs par des mesures agri-environnementales
:
• débroussaillage raisonné,
• recul des clôtures électriques.
Sinon on pourra diminuer, voire annuler l'impact clinique de la maladie en
faisant pâturer les génisses dans des biotopes à risque
pour enclencher une immunité de prémunition.
Traitement
Le traitement de choix des bovins est l'oxytétracycline à 10
mg/kg 3 à 5 jours de suite.
Pour les veaux comme pour les animaux de compagnie on pourra utiliser le Ronaxan® à 10
mg/kg par jour pendant 3 semaines.
A noter qu'en fonction de l'état immunitaire des animaux et de la nature
des souches, des rechutes sont possibles quelques mois plus tard !
Enquête
URGTVB
Historique
1991
: 1er cas d'ehrlichiose bovine
décrit par E. Collin
1998 : 2ème cas décrit
par Guy Joncour
1999 : collaboration URGTVBMerial
1999-2001 :
- mise au point techniques de laboratoire dont PCR
- 20 foyers identifiés
2002 :
- 15 structures vétérinaires impliquées et 21 sites
d'enquête
- 80 foyers identifiés
- 3 stagiaires recrutés
2003 :
- traitement des sérologies dans les 21 sites (11 foyers "actifs" et
10 exploitations-témoin (sentinelles)
- analyse du matériel biologique
- mise en évidence de l'implication d'A. phagocytophilum lors
d'avortements tardifs
- colloque à l' ISPAIA des 11 et 12 septembre sur les arbo-rickttsioses
2004 : exportation des acquis vers les régions
: organisation d’un cycle de 17 réunions.
L'ensemble
des résultats est compilé dans le recueil
des conférences du congrès de l'ISPAIA
disponible auprès de l'URGTV Bretagne.
http://www.zoopole.com/ispaia/urgtvbretagne2003.php
|

A l'occasion du lancement du cycle de 17 réunions-débats
sur le thème de : "L'Ehrlichiose à Anaplasma
phagocytophilum : syndrome respiratoire estival
et zoonose".
Merial a convié la presse vétérinaire et
éleveur à une conférence à l'Office
International des Epizooties. Cette réunion d'information
a été animée par les Drs Xavier Gouraud SNGTV, Jean-Claude
Georges Lauréat du prix Epidaure, prix de la recherche praticienne en
humaine, Guy Joncour URGTVB - Commission Environnement SNGTV, et Bruno Courtay,
Responsable Service Technique Ruminants Merial France.
|
|