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BVD - Maladie des muqueuses

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Depuis sa première identification en 1946, le virus de la Diarrhée Virale Bovine, ou virus BVD/MD, a suscité de nombreuses interrogations.
Même si des incertitudes demeurent, notamment dans la pathogénie du virus, de multiples essais ont permis de faire progresser les connaissances.
Aujourd'hui le génome du virus BVD est parfaitement connu, les outils de diagnostic et les données épidémiologiques se sont améliorées.

Généralités

Le complexe BVD/MD, c’est-à-dire diarrhée virale bovine / maladie des muqueuses est une entité mondialement reconnue.
La prévalence des animaux séropositifs naturellement, donc ayant eu un contact avec le virus sauvage, varie de 40 à 80% dans la grande majorité des pays.
Ce complexe BVD/MD est en fait provoqué par un seul et même virus baptisé virus de la diarrhée virale bovine (virus BVD).
Il fait partie de la famille des Flaviviridae (au même titre que le virus de la fièvre jaune et de l’hépatite C de l’Homme) et plus précisément du genre Pestivirus qui regroupe deux autres espèces :
• le virus de la Peste Porcine Classique (PPC) des porcins
• le virus de la Border Disease (BD) des ovins et caprins.

Rappels pathogéniques

Le virus de la BVD présente deux particularités majeures :

• il entraîne une immunodépression transitoire de 7 à 10 jours environ avec leucopénie, neutropénie, et diminution d’activité des macrophages : le virus BVD est donc considéré comme un facteur favorisant à l’installation de pathologies respiratoires ou diarrhéiques et de surinfections.
• il possède la capacité de franchir la barrière placentaire et de contaminer le foetus pendant la gestation avec des conséquences variables :

a. si l’infection survient en tout début de gestation, elle provoquera une mortalité embryonnaire, et donc un retour en chaleurs de la vache,
b. si l’infection survient entre 40 et 120 jours de gestation, le veau peut naître Infecté Permanent Immunotolérant (IPI), c’est-à-dire que si la gestation va à son terme, le veau sera porteur et excréteur à fort taux du virus BVD, toute sa vie. Il ne développera pas d’immunité efficace contre ce virus, et finira par mourir de la forme MD (Maladie des Muqueuses "vraie"),
lc. l’infection du foetus peut également provoquer des malformations particulièrement au niveau du système nerveux central et oculaire, des avortements,
d. enfin, après 150 jours de gestation, la contamination du foetus se traduira par la naissance d’un veau sain, mais sérologiquement positif avant prise colostrale.

Le génome viral

Le séquençage du génome du virus a permis de mettre en évidence qu’il n’y avait pas un seul virus BVD mais une multitude de souches virales génétiquement différentes. Cela est probablement dû à la grande facilité de mutation des virus à ARN monocaténaire.

Aujourd’hui, plus de 400 souches de virus BVD sont référencées. Leur classement actuel basé sur des critères génomiques, fait apparaître une subdivision en deux sous-familles : BVD de type 1 et BVD de type 2.
Les souches de BVD sont de virulence variable et donnent donc lieu à des manifestations cliniques protéiformes. Ainsi de nombreuses souches sont asymptomatiques lors d’infection horizontale (infections de congénères non gestants), d’autres sont considérées comme hypervirulentes pouvant entraîner la mort de plus de 50% des animaux adultes.

Certaines souches donnent des formes dites hémorragiques provocant une thrombocytopénie très importante, l’apparition de pétéchies et de suffusions hémorragiques généralisées aboutissant généralement à la mort des animaux contaminés.
Même si aucun lien direct n’existe entre hypervirulence et génotype 2, ce dernier semble plus fréquemment isolé lors de manifestations cliniques graves . Le génotype 2 est le génotype majoritairement rencontré en Amérique du Nord, mais il demeurerait rare en Asie et en Europe. Il a été identifié en Belgique, en Allemagne, en Italie, en France et plus récemment en Angleterre et en Slovaquie.

Le génome du virus BVD comprend deux parties non codantes, la 5’UTR et la 3’UTR qui encadrent une partie centrale.
Celle-ci code pour 4 protéines structurales (E0 ou Erns, E1, E2 et C) et pour 7 protéines non structurales (Npro, p7, NS2/3 anciennement p125, NS4A, NS4B, NS5A et NS5B).
La partie 5’UTR présente la particularité de posséder certaines séquences très stables au sein des pestivirus et d’autres séquences très variables d’une souche à une autre. L’étude de ces différentes séquences permet donc à la fois de faire le diagnostic de pestivirus, et de classer la souche isolée en fonction de ses particularités génomiques. Cette partie sert doncde base à la construction d’arbre phylogénique.
La partie codante pour E2, protéine responsable de l’apparition des anticorps neutralisants, présente des particularités similaires et sert également à la classification des différentes souches.
La protéine NS3 (ex P80) est particulièrement bien conservée parmi les différentes souches (présente dans plus de 90% des souches(2) ) et a permis la mise au point de kits de diagnostic ELISA (anticorps et antigène). Attention cependant, les anticorps anti NS3 ne sont pas des anticorps protecteurs, et il existe de rares souches sauvages ne donnant pas naissance à ces anticorps, après contamination naturelle des animaux.

En outre, chaque génotype existe sous deux formes différentes, deux biotypes, différentiables in vitro :
• un biotype non cytopathogène ou ncp, laissant intact les tapis cellulaires,
• un biotype cytopathogène ou cp, détruisant les tapis cellulaires.

Le biotype cytopathogène diffère du biotype non cytopathogène par la présence de la protéine fonctionnelle NS3, qui dérive par clivage de la protéine NS2/3 en NS 2 et NS 3.
Seul le biotype ncp d’une souche est capable d’infecter le foetus in utero, le biotype isolé durant la vie d’un animal IPI sera donc toujours un biotype non cytopathogène.

Par contre, chez l’animal IPI atteint de maladie des muqueuses (forme MD) les deux biotypes sont isolés, ce qui confirme que les deux biotypes homologues d’une même souche sont nécessaires pour déclencher la maladie. Cette présence simultanée résulte soit d’une recontamination par un biotype cp strictement identique au biotype ncp présent, soit d’une mutation du biotype ncp en biotype cp, théorie la plus couramment admise aujourd’hui (2) .

Epidémiologie

Le réservoir de virus BVD est avant tout constitué par les animaux IPI, qui malgré une espérance de vie en général assez courte (1 à 2 ans en moyenne) entretiennent et propagent l’infection.
Toutes les sécrétions et excrétions des IPI sont virulentes et la contamination survient soit par contact direct, soit par une contamination aérienne sur plusieurs mètres, par certains insectes piqueurs, ou par du matériel d’injection contaminé…

A cause de la mort rapide de la plupart d’entre eux, le nombre d’animaux IPI est faible. Classiquement, il se situe entre 0,5 et 2 % de la population bovine totale.

La contamination horizontale d’un sujet sain entraîne une virémie transitoire de 15 jours environ. Dans ce cas, après séroconversion et en l’absence de complications, l’animal élimine le virus. Cependant, suivant vraisemblablement le caractère de la souche infectante, cette virémie peut durer jusqu’à 6 semaines sur certains animaux.
Une vache IPI donnera systématiquement naissance à un veau IPI et donc entretient l’infection dans l’élevage.
Un taureau IPI présente un sperme contaminé et contaminant, ce qui se traduira en général par de nombreuses mortalités embryonnaires précoces et donc une mauvaise fertilité.
Un taureau non IPI après infection transitoire peut conserver un sperme contaminant malgré un statut séropositif. Le virus peut être isolé au niveau de la semence pendant au moins 180 jours et est toujours présent au niveau des testicules 7 mois post-contamination, la capacité contaminante du sperme a été objectivée sur un veau sain. Ainsi le statut séropositif n’est pas une garantie sanitaire absolue lors de l’introduction d’un taureau par exemple.
Enfin la naissance d’un veau IPI s’accompagne d’une possible contamination des autres animaux présents par les eaux foetales expulsées de la mère, même si l’animal IPI est isolé dès la naissance.

La barrière d’espèces pour les pestivirus semble très floue puisque la présence des virus de PPC chez les ovins a été démontrée, le passage des souches BVD aux ovins et BD aux bovins est également établi. Il convient donc d’être vigilant lors d’introduction de bovins mais également d’ovins (dépistage, isolement) dans les troupeaux mixtes bovins-ovins, cherchant à se préserver de l’infection.

Enfin, le rôle de la faune sauvage dans la persistance et la transmission des pestivirus n’est pas encore clarifié à ce jour. De très nombreuses espèces sauvages sont capables d’héberger des pestivirus (girafes, gnous, antilopes, chevreuils, cerfs, daims, sangliers, rennes...). Cependant la contamination des espèces domestiques à partir de ces espèces n’a jamais été objectivée, l’isolement de souches génétiquement strictement similaires serait un premier pas dans la vérification de cette hypothèse.

La protection vaccinale

La diversité antigénique des souches de virus BVD oblige à mettre au point des outils de diagnostic performants, évolutifs et de vérifier la capacité des vaccins à s’opposer à la circulation virale d’un maximum de souches.
Aujourd’hui, l’évolution des outils diagnostiques grâce au développement des techniques PCR en routine, permet l’isolement du virus même en quantité faible (virémie transitoire par exemple).
Le séquençage génétique régulier de souches sauvages permet entre autre de vérifier la pertinence des sondes utilisées et minimise le risque de résultats faussement négatifs. La vaccination doit permettre d’éviter la fabrication d’animaux IPI, clefs de voûte épidémiologiques de la transmission du virus, et cela avec le maximum de souches connues.

Ainsi la vaccination avec MUCOSIFFA d’animaux ayant reçu au préalable une primo injection de MUCOBOVIN permet d’obtenir une protection foetale vis-àvis d’une souche infectante BVDV de type 1 et aussi vis-à-vis d’une souche de génotype 2 hypervirulente (souche CS 8644).
Cela a été vérifié par un challenge expérimental drastique avec inoculation intranasale des deux souches. Tous les animaux nés des animaux témoins sont virémiques alors qu’aucun veau né du groupe vacciné n’a été contaminé. En outre, ces données expérimentales sont confortées par les résultats terrain : le suivi sur 6 années consécutives de 55 fermes, soit 1 485 génisses ayant été vaccinées avec MUCOSIFFA 30 jours après une primoinjection de MUCOBOVIN, a clairement montré la grande qualité de la protection foetale obtenue, avec une absence totale de fabrication d’IPI dans ces cheptels.

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